‹ La raison dans la folieChapitre 73 sur 84 · Krusiuc, Éloge de la folie · texte numérisé non relu

Krusiuc, Éloge de la folie

ERREURS DANS l'aPPRÉGIAÏION JJE LA EOLIE. 3t)9

eût été invraisemblable, avant ce siècle, de dire que la parole pouvait, à l'aide d'un fil de métal, se transmettre d'un bout de la terre à l'autre. Il est presque invraisem])lable aujourd'hui de dire que les ballons sont dirigeables. On a traité de fous ceux qui ont découvert et célébré les avantages de la vapeur. Galilée était regardé comme fou, parce qu'il prétendait avoir découvert le mouvement de la terre. Christophe Colomb le fut également pour avoir parlé de découvrir un nouveau monde. Leurs idées étaient invraisemblables pour l'époque où elles se produisaient. L'événement a montré qu'on les qualifiait à tort de folie. D'après de tels exemples, il n'est donc pas possible de prendre l'invraisemblance comme caractère général des idées délirantes.

Mais voici des cas qui achèvent de prouver que les idées sont délirantes, non par rapport à elles-mêmes, mais par rapport à l'état de l'individu qui les exprime.

Il y a des délires qui sont basés sur des faits vrais ou vraisemblables. M. le D''J. Falret les a signalés à l'attention des observateurs et a montré combien il était difficile d'en reconnaître la nature morbide ^

Comme exemple, M. J. Falret rappelle l'histoire de ce malheureux qui, dans sa jeunesse, avait subi une violence honteuse de la part d'un homme; pendant vingt ans, cet acte parut être pour lui sans importance; mais au bout .de ce temps, des idées délirantes en même temps que des hallucinations, ayant pour origine le fait vrai et le reproduisant dans son imagination, sont survenues et ont poussé le malade au meurtre. Dans ce cas, et dans bien d'autres du même genre, en quoi les idées délirantes différaient-elles des idées non délirantes? Il est tout à fait impossible de le dire.

On a étudié spécialement depuis peu une forme de folie qii'on a appelée la folie à deux ou folie simulta-

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