‹ La raison et la religion [microform]Chapitre 3 sur 13 · MONDE IMAGINAIRE OU MONDE VERITABLE · texte numérisé non relu

MONDE IMAGINAIRE OU MONDE VERITABLE

VIII. — « Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie. » Qu'elle soit destinée à traduire l'impression propre de Pascal, ou qu'elle soit placée dans la bouche du libertin que l'auteur des Pensées travaille à convertir, la phrase du manuscrit posthume dénonce avec un éclat singulier ce qu'on pourrait appeler le mal de V époque. L'éternel et l'infini, qui d'eux-mêmes paraissent faits pour conduire l'homme vers un Dieu lui-même éternel et infini, semblent l'en éloigner et l'en détourner. Gomment comprendre cela ? Devant les révélations prodigieuses que l'astronomie moderne avec les conceptions rationnelles de Copernic et les découvertes télescopiques de, Galilée lui apportait, il est arrivé que l'homme a perdu le contact de son monde, d'un univers restreint à la portée de ses sens, et qui lui parlait un langage familier. Tout y était expliqué par son intérêt, et derrière la gravité trompeuse d'un réalisme finaliste et théocentrique se développait, à l'abri d'une fausse sécurité, l'imagination anthropomorphique des peuples enfants. De même que le problème religieux se met différemment en équation suivant le niveau où le moi se considère, de même la conception du rapport entre la nature et Dieu se transforme suivant la norme de vérité à laquelle on se réfère.

Que la physique n'ait eu que l'apparence d'un savoir positif tant qu'elle n'était pas en possession de ces instruments que sont conjointement la coordination mathé-

matique et la technique expérimentale, nous le savons assurément ; mais nous le savons seulement depuis trois siècles, bien court intervalle dans l'histoire de la planète et même de ses habitants humains, depuis le moment où la raison a pris conscience d'une méthode qui lui permet de mordre sur le réel en même temps que prenaient leur forme définitive les victoires les plus mémorables de l'intelligence : découverte du principe d'inertie, composition mécanique des mouvements, identité de la matière céleste et de la matière terrestre.

Comment saura-t-on se prononcer entre les faux Dieux et le vrai, si l'on ne commence par opposer la fausse image du monde et son idée véritable, si l'on ne distingue pas radicalement dans l'usage du même terme vérité le mirage d'une imagination puérile et la norme incorruptible de la raison ?

La physique dont le jeune Descartes avait reçu la tradition de ses maîtres les Pères Jésuites de La Flèche, se présente sous un double aspect, suivant qu'elle traite des phénomènes sublunaires et des phénomènes supralunaires. Ici-bas nous sommes témoins de changements; pour en avoir la clé il suffira de \se rappeler la parole de saint Augustin aux premières lignes des Confessions : « Notre cœur demeure inquiet jusqu'à ce qu'il lui soit donné de se reposer en Dieu. » Selon Aristote, en effet, le bien de toute chose et de tout être est dans le repos. Pour les Anciens le loisir, otium, était une fin en soi, tandis que les Modernes ont fait de la négation du loisir, du négoce, une réalité positive. Si donc la pierre ou la fumée ne restent pas en place, si d'elle-même l'une descend et si l'autre monte, c'est qu'elles souffrent de cette inquiétude que saint Augustin devait attribuer à l'âme chrétienne. C'est qu'elles se trouvent, par on ne sait quel manquement à l'ordre de l'univers, dans un lieu qui n'est pas celui que la nature leur assignait (ici le centre de la terre qui est supposé le centre du monde, là l'orbite lunaire),

et auquel on devra bien comprendre que l'une et l'autre ne cessent d'aspirer. Les phénomènes de la pesanteur seront donc susceptibles d'une explication qu'Aristote, et le Moyen Age à sa suite, considèrent comme raisonnable quand ils classent les objets en graves et en légers, et qu'ils considèrent, ainsi que font de tout petits enfants, ces qualités comme des absolus, donnés en soi et irréductibles. L'opposition du haut et du bas servira de modèle à l'opposition du chaud et du froid, du sec et de l'humide, formes élémentaires dont le conflit évoque les luttes des puissances surnaturelles selon les cosmologies primitives. Aristote n'a rien fait que les transposer dans un langage auquel l'abstraction conceptuelle confère un aspect de gravité prestigieuse.

La physique terrestre d'Aristote s'éclaire par la psychologie de l'âme inquiète ; la cosmologie céleste fait appel à la psychologie de l'âme bienheureuse. En effet, tandis que le mouvement rectilïgne semble s'échapper sans cesse à lui-même par sa double indéfînité, le mouvement circulaire, fermé sur soi, offre le spectacle d'une harmonie qui satisfait l'esprit comme elle séduit le regard. Dans cette sphère supérieure l'être atteint immédiatement son but ; et cette perfection de finalité a elle-même sa source dans Vacte pur sans changement, auquel sont suspendus la vie et le développement de tous les êtres, soulevés vers- lui par l'attrait de sa beauté.

La vision du monde aristotélicien est toute transcendante, et par là même, évidemment, toute subjective. L'homme, non seulement projette au-dessous de lui et au-dessus de lui l'image qu'il s'est faite de sa .propre finalité ; mais, victime de l'illusion de perspective qui est au principe du réalisme, il se situe, lui et le groupe qu'il commande, les animaux et les végétaux, entre ces deux plans de physique animiste, de telle sorte que l'ensemble général des choses présentera l'unité d'un système hiérarchique, toute matière étant relative à la forme et toute

forme étant matière par rapport à une forme de type plus élevé. Cette -hiérarchie se reflète à son tour dans le cadre du syllogisme, où le moyen terme exprime la capacité de la forme, essence spécifique, pour opérer le passage de la puissance à l'acte.

Ces allusions au vocabulaire métaphysique et logique d'Aristote suffisent peut-être à faire comprendre l'appui qu'ont cru y trouver les théologies des divers cultes constitués durant les siècles du Moyen Age. Là encore il semble qu'ilfaudrait remonter jusqu'à l'Egypte pour apercevoir la force de séduction que comporte toute tentative de fusion entre les représentations collectives qui sont nées de la terre et les représentations collectives qui semblaient descendre du ciel. C'est un conflit, mi-social mispéculatif, entre les prêtres d'Osiris, le Dieu d'outre-tombe, et les prêtres de Râ,Je Dieu soleil, qui se résout par un « compromis ». Sous la VI^ Dynastie « le roi mort devient Râ sans cesser d'être Osiris. En la personne de Râ, Osiris monte au ciel et partage l'empire avec Râ. » (1) Toute trace pourtant de ce dualisme radical ne s'est pas effacée ; les dates auxquelles ont lieu dans notre hémisphère les cérémonies^de Pâques et de Noël montrent en évidence que l'Europe du xx6 siècle célèbre ici une fête solaire et là une fête agraire. Malgré donc l'effort de la doctrine pour s'arracher au langage mythique du Timée et intégrer la finalité dans le système rationnel des causes, on peut dire que la théologie a simplement repris son bien lorsque les scolastiques arabe, juive ou chrétienne, ont emprunté les cadres de la métaphysique péripatéticienne pour superposer au contenu d'une philosophie soi-disant naturelle les données surnaturelles de la révélation. Chez Aristote, tant du moins qu'il demeure fidèle à sa cosmologie et ne l'abandonne pas pour reprendre brusquement les thèmes de l'intellectualisme platonicien, l'activité sublunaire dont l'homme parti-

(1) Moret, Le Nil, p. 195.

. cipe est séparée de l'acte pur par la hiérarchie des « moteurs mus » que constituent les astres qui occupent les différentes sphères du ciel. Dans l'aristotélisme médiéval, particulièrement dans celui de saint Thomas, la hiérarchie des intermédiaires change de nom, sans cependant changer de rôle : les âmes astrales sont remplacées par les créatures angéliques dont un écrivain néoplatonicien, Denys le Pseudo- Aréopagite, a dressé le protocole, en même temps que; sous l'influence combinée de la Genèse et du Timée^ la finalité qui a présidé à la création et à l'organisation de l'univers renonçait à dissimuler son caractère anthropomorphique. De quelque autorité, tout à la fois profane et sacrée, qu'il aimât à se prévaloir, l'édifice commun de la théologie naturelle et de la théologie révélée était évidemment à la merci de la plus simple chiquenaude. L'ordre déductif qu'il invoque aurait dû lui assurer l'appui de la logique ; mais cet ordre logique, outre qu'il demeure perpétuellement incertain et divisé entre le processus de V extension qui seul rend le syllogisme correct, et le processus de la compréhension qui seul le rendrait fécond, implique, dès qu'on veut lui faire supporter le poids d'une ontologie, la pétition dfr ses principes ; et, logiquement parlant, la pétition de principe est un sophisme. A l'intérieur même de l'École, durant le xiv^ siècle, la critique nominaliste des maîtres parisiens avait mis en lumière la faiblesse irrémédiable du dogmatisme thomiste. Ce sont eux (écrit M. Emile Bréhier) « qui font place nette pour le développement de la physique moderne, fondent la mécanique, remplacent la mythologie des intelligences motrices par une mécanique céleste qui a des principes ide^itiques à ceux de la mécanique terrestre, et en même temps rompent le lien de continuité que l'ancienne dynamique établissait entre la théorie physique des choses et la structure métaphysique de l'univers ». (1)

(1) Histoire de la Philosophie, t. I (III), 1928, p. 726.

Cependant il a fallu attendre que les nuées accumulées par la curiosité rétrospective et l'imagination confuse de la Renaissance se fussent dissipées, pour que la chute du dogmatisme médiéval apparût comme le signe précurseur d'un renouvellement des valeurs spirituelles, lié à l'intelligence de la vérité indivisiblement scientifique et religieuse.

IX, — La manière même dans le rationalisme cartésien justifie le doute méthodique, atteste l'intention de son auteur. Du moment en effet qu'on insère entre l'homme et Dieu quelque chaîne de puissances surnaturelles, il est impossible de décider si elles sont bonnes ou mauvaises, ayant pour effet, dans le domaine spéculatif comme dans l'ordre moral, d'élever l'homme au divin, ou au contraire de l'en séparer. Qui croit aux Anges ne peut manquer de croire aux démons. La tradition, qui tient lieu de preuve, apparaît pour les uns et pour les autres d'une même origine et d'une même qualité. Dès lors il suffira de prononcer le nom de malin génie pour que la métaphysique du réalisme sensible s'effondre comme la fantaisie d'un enchanteur qui serait peut-être un « trompeur », pour que la voie soit ouverte à l'instauration de l'univers véritable.

De cet univers il semble d'abord que Dieu soit absent. Descartes se fait scrupule de substituer notre psychologie à celle du Créateur, qui n'a pas daigné faire confidence de ses desseins à ses créatures. Pourtant Dieu nous a donné la raison pour nous guider dans la recherche des causes naturelles ; et ce serait, assure Descartes, « lui faire injure d'imaginer qu'il nous ait laissés imparfaits à ce point que nous soyons sujets à nous méprendre quand nous usons correctement de la raison ». (1) Or la seule chose qui puisse satisfaire la raison, c'est l'évidence. Cette pleine clarté, l'antiquité l'avait déjà conquise en élaborant

(1) Les Principes de la Philosophie, III, xliii ; A.-T., t. ix (2), p. 123.

méthodiquement les combinaisons des nombres et des figures ; mais elle n'avait pas aperçu la portée de sa conquête, faute d'avoir poussé assez loin l'effort, d'une^ part pour l'appliquer à la réalité physique, d'autre part^ pour en scruter les fondements intellectuels. La double lacune se comble par la double découverte de la physique: mathématique et de la géométrie analytique.

Pour Descartes, il n'y a rien à considérer dans l'univers sinon des mouvements susceptibles de se résoudre en. mouvements élémentaires qui permettent d'en rendrecompte selon les lois d'une composition simplement additive, pourvu qu'on pose en règle que tout mouvement sepoursuit spontanément en ligne droite et avec une vitesse uniforme. Tandis que le mouvement, tel que l'envisageaient les philosophes à l'ancienne mode, s'arrêtait de lui-même, puisque l'aspiration au repos était de l'essence de sa nature, qu'il ne pouvait se prolonger que par une sorte de violence exercée d'en haut, l'univers cartésien se suffit à soi sur le plan horizontal du mécanisme, englobant les phénomènes célestes au même titre que les phénomènes terrestres, ne laissant d'ailleurs aucun privilège de référence centrale à la planète que nous habitons. « Si on s'imagine qu'au delà des cieux il n'y a rien que des espaces imaginaires, et que tous ces cieux ne sont faits que pour le service de la terre, ni la terre que pour l'homme, cela fait qu'on est enclin à penser que cette terré est notre principale demeure, et cette vie notre meilleure ; et qu'au lieu de connaître les perfections qui sont véritablement en nous, on attribue aux autres créatures des. imperfections qu'elles n'ont pas, pour s'élever au-dessus d'elles et en entrant en une présomption impertinente,, on veut être du conseil de Dieu, et prendre avec lui la charge de conduire le monde, ce qui cause une infinité de vaines inquiétudes et fâcheries. » (1)

(1) Letîre à la princesse Elisabeth, du 15 septembre 1645, A.-T., IV, 293..

De l'étendue qui est l'objet des « spéculations de la géométrie » à la -matière dont le physicien détermine les lois, il n'y a aucune distance à franchir. L'intelligibilité de l'une garantit donc l'intelligibilité de l'autre. La physique mathématique s'édifiera suivant les mêmes procédés de raisonnement et avec même assurance de réussir que la géométrie euclidienne. Encore est-il vrai que la géométrie euclidienne, par son imitation maladroite de la déduction syllogistique, encourt ce reproche, grave au regard du savant comme du philosophe, qu'elle voile le dynamisme intérieur d'où naissent les rapports que lescombinaisons spatiales se bornent à illustrer pour l'imagination. Chez Descartes, le parallélisme de la courbe et de l'équation, en même temps qu'il permet de faire servir les relations constitutives de l'algèbre à la solution des problèmes géométriques, donne occasion de dégager ces relations pour elles-mêmes, en tant qu'elles sont réductibles aux formes simples des opérations arithmétiques et qu'elles ofîrent à la réflexion qui s'y attache le type le plus pur de l'intellectualité.

Le renversement de perspective qu'entraîne avec soi. l'avènement de la physique moderne s'exprime d'un mot : la nature conduisait à la surnature ; elle conduit désormais à l'esprit. Pour les enfants comme pour les primitifs,, la vérité réside dans les choses ; l'homme la reçoit du dehors comme l'œil la reçoit du soleil, si bien qu'à mesure que les choses s'éloignent de la source de l'être la connaissance dont elles sont l'objet perd elle-même de sa plénitude et de sa pureté. C'est un lieii commun de la tradition péripatéticienne que la science des réalités célestes est une science du nécessaire, les âmes des astres, toutes proches, de la perfection divine, participent à l'infaillibilité de l'absolu ; la science des réalités sublunaires, où la nature est sujette aux mêmes défaillances que le grammairien et le médecin, est simplement la science du général, qui n'exclut pas l'exception fortuite des erreurs et monstruo-^

sites. Or voici qu'à la construction verticale, dogmatique et fragile puisqu'elle suspend l'équilibre de l'architecture à la pétition de son principe suprême,- succède la conscience du progrès que l'esprit accomplit effectivement. Le foyer de lumière immatérielle a passé du dehors au dedans.

Un tel effort de spiritualisation ne peut manquer de retentir sur l'idée de la religion, qu'elle va spiritualiser à son tour. La scolastique, qui demandait Dieu à la nature, l'y aurait trouvé si elle avait jamais obtenu pour son système du monde l'assentiment du contrôle expérimental. Les Principes de la philosophie, premier manifeste et premier manuel de la science moderne, sont principes de la connaissance, non principes de Vêtre. Mais le sujet connaissant, dont procède Tunivers de la physique véritable, ne se confond pas avec le sujet personnel, qui, lui, ne connaît de l'univers que ce qui en est apporté par la perception sensible. C'est par delà l'horizon auquel le, moi organique se restreint, que Descartes découvre dans la profondeur de son intimité l'infini caractéristique de la raison, témoignage immédiat d'une présence divine si du moins l'on reconnaît Dieu, non à la puissance sûr les choses, mais à la vérité de l'esprit.

La révolution a donc été totale dans l'ordre religieux comme dans l'ordre profane. Ce n'est pas une solution nouvelle du problème que Descartes apporte, c'est une autre manière d'en définir les termes. Non certes que les lecteurs de Descartes n'eussent déjà rencontré la formule chez saint Augustin : Deus intimior intimo meo; mais, éclectique impénitent, saint Augustin ne la sépare pas de la formule contraire ; tout l'effet de la réflexion en profondeur se trouve immédiatement compromis, radicalement détruit par l'imagination en hauteur : Deus superior summo meo, {Confessions, III, 6.)

D'une semblable faute nous ne sauriops soutenir que Descartes lui-même soit exempt. Pour avoir proscrit prévention et précipitation, il n'est pas sûr qu'il y ait

échappé. Particulièrement, dans le domaine limitrophe de la théologie où il se sent menacé ou, si l'on préfère, surveillé quant à la libre diffusion de sa doctrine, Descartes apparaît moins préoccupé de suivre jusqu'au bout les exigences de la méthode que d'y parer par un habile détour d'exposition. Du Dieu intérieur que manifeste la fécondité infinie de l'esprit dans le développement de l'analyse mathématique, il passe brusquement au Dieu dont la volonté uniforme et constante se traduit par la détermination des lois primordiales de la mécanique. Et je ne parle pas du désaveu au moins apparent de la. cosmologie copernicaine dans Les Principes de la Philosophie, ni des précautions de sa Correspondance, encore aggravées pour la postérité par les retouches et les additions que Clerselier y introduira de son autorité privée.

Mais, pour le profit de notre méditation actuelle, peu importent les résistances que Descartes s'oppose à luimême, et grâce auxquelles certains commentateurs, en s'attachant à la lettre de quelques textes, ont pu tenter de le tirer en arrière de notre civilisation. L'essentiel, c'est que l'intelligence a pris son élan, A mesure que se multiplieront les ressources extraordinaires que fournissent la mathématique pour coordonner les phénomènes et la technique pour en soumettre les résultats à l'objectivité de l'expérience, à mesure aussi la vérité du monde cessera d'être centrée sur la terre et sur l'homme. Le soleil et son système apparaîtront comme des choses infimes, eu égard à l'immensité des mondes qui viennent porter témoignage de leur présence et de leurs mouvements, inscrire, après des siècles et des siècles, leur message dans le minuscule réduit où s'opère la détection extra-fine d'un décalage des raies. Et, qu'il s'agisse d'atomes physiques ou de cellules vivantes, la recherche de l'élément que l'on 5'était d'abord cru capable de saisir au niveau du sensible, entraîne les savants vers des profondeurs littéralement inouïes, dont ils ne font encore que mesurer les contours,

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mais avec la certitude que là se trouve le facteur décisif des phénomènes qui affleurent dans notre expérience quotidienne.

Plus rien ne subsiste donc des spéculations soi-disant I rationnelles qui réservaient à notre planète et à notre I espèce un rôle privilégié dans un concert dont l'harmonie !i était escomptée à l'avance. Depuis que s'est évanouie cette / hiérarchie d'intermédiaires qui allait, soit de la fumée et de la pierre à l'homme, soit, par les astres ou les Anges, de l'homme à Dieu, les cieux ont cessé de chanter la gloire d'un Créateur. Mais n'a~t-il pas fallu que Vunivers matériel devînt muet pour que Vesprii se fît entendre ? Seul a pu le regretter et le déplorer une religion à base naturaliste dans le cadre du réalisme péripatéticien. Or déjà la physique d'Aristote représentait une déviation ~ et une décadence par rapport à l'inspiration qui était celle du Verbe chez Heraclite et celle aussi de la dialectique platonicienne. Par toutes les vertus que les plus purs parmi les saints ont pratiquées et recommandées, par les valeurs de patience et d'humilité, de désintéressement et de scrupule^ qui permettent de parler d'esprit en tant qu'esprit, de vérité en tant que vérité, l'homme est parvenu à comprendre un univers qui n'est pas à l'échelle humaine. Et, comme l'a pressenti Pascal, cet élargisse-;| ment vertigineux de notre horizon, cette descente non moins vertigineuse à la poursuite dès éléments, signes du triomphe sans cesse remporté par la réflexion méthodique et virile sur l'imagination immédiate et naïve, posent de la façon la plus aiguë la question devant laquelle la conscience hésite depuis les trois siècles de notre civilisation : Entre la vie scientifique et la vie religieuse doit-il y avoir | séparation radicale, dualité de rythme et d'orientation ? \ La religion conserve-t-elle encore un sens si elle se fait à son tour inhumaine, si elle refuse la consolation que dès le lointain des âges le sentiment a puisée dans l'espérance et dans la promesse de l'au-delà ? Ou n'est-ce pas

la tâche qui apparaît héroïque et pieuse par excellence, de dépouiller le vieil homme^ et, quoi qu'il en coûte à notre amour-propre, de déborder les limites mesquines de la chronologie mosaïque ou de l'horizon géocentrique pour substituer au Dieu du réalisme physique ou biologique le Dieu de l'intelligence et de la vérité ? '

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