XVIII PRÉFACE
La raison appuie par son évidence cette impérieuse déclaration du cœur, en nous enseignant que nous sommes libres. Nous avons l'intuition de notre liberté , et nous en restons convaincus malgré les difficultés qu'elle présente à la pensée spéculative et les doutes bien plus sérieux que nous suggère l'expérience. Mais si nous sommes libres, si nous voulons, il est certain que notre volonté , c'est nousmêmes , que ce qui constitue l'essence de notre être est aussi notre premier intérêt, et que les plus grandes différences entre les individus sont celles qui tiennent à la direction de leur volonté.
L'intelligence qui donne l'éveil à celle-ci , qui lui propose des buts à poursuivre, lui fournit aussi les moyens de les atteindre^ et c'est un assez juste instinct qui a porté le peuple à nommer les dons de l'esprit des moyens.
Il est remarquable que dans les deux systèmes d'appréciation que nous venons d'opposer l'un à l'autre : l'ordre de la conscience et celui de notre pratique habituelle, l'intelligence occupe le rang intermédiaire. C'est qu'en effet l'intelligence est le moyen par excellence , pour arriver où l'on veut : moyen pour jouir, moyen pour acquérir, moyen pour dominer, moyen pour nuire, moyen pour être utile et pour rendre efflcaces les bons desseins qu'on a formés. Or le sens commun dit à chacun que le moyen est subordonné au but. 11 est vrai ([ue l'intelligence peut se prendre pour but elle-même : disons plus, elle y est naturellement portée. Si telle était vraiment sa loi , il faudrait la placer au premier rang. C'est l'opinion d'un petit nombre ; c'est celle des adorateurs absolus de la science désintéressée, persuadés que les fleurs ne s'ouvrent que pour les botanistes et que les empires ont été fondés et détruits pour les