PREFACE. XXI
il nous faut le parfait; au commencement de tout, l'unité; c'est pourquoi nous ne saurions admettre que le meilleur sorte du moindre, et que notre pensée , par exemple , résulte de la façon dont quelques grains de poussière se sont accrochés par hasard. Les lois de l'esprit humain^ telles que je les entrevois, lui font attribuer à Dieu tout ce qu'il conçoit d'excellent. L'idée de Dieu grandit en lui et s'élève avec son propre idéal. Puisque nous avons fini par trouver que le bien moral est le bien suprême, et que ce bien consiste dans l'amour, nous ne pouvons concevoir Dieu que sous les traits d'une personne remplie d'amour. Nous devons donc penser qu'il nous aime, nous qu'il a rendus capables d'aimer, et puisque l'amour fait notre bien, puisque le Dieu qui nous aime peut être aimé, nous devons l'aimer, et le lui dire, puisqu'il nous entend. Ainsi la religion naît de la conscience , et le culte prend place dans la morale.
Si, comme toutes les religions l'affirment, l'homme peut soutenir des rapports avec le divin, si la religion n'est pas une pure mômerie, il va de soi qu'elle est notre première affaire, notre premier intérêt. Elle est tout ou rien : cela ressort immédiatement de sa notion, et ceux qui s'arrangent pour lui donner une place à part , pour en faire un détail de leur vie , imitent machinalement ce qu'ils voient faire, ou, si leur conduite est rélléchie, c'est qu'ils partent de l'idée que la religion n'a pas de réalité par elle-même. Reste à savoir dans quels actes la religion doit consister : cela dépend de la manière dont Dieu est conipris :.ceux qui ne lui attribuent rien d'arbitraire n'imagineront pas de l'honorer par des cérémonies arbitraires. <( Les religions « positives , dit un écrivain contemporain ', tendent à ab-
* M. Jules Simon. La R.eligion naturelle, p. 402.