XXII PREFACE
e sorber la morale dans le culte, et la religion naturelle à « absorber le culte dans la morale. » Sans méconnaître ce qu'il peut y avoir de fondé en fait dans cette opposition, elle ne nous paraît pas absolue. Au vrai point de vue tout est culte et tout est morale. La vie entière est un culte lorsqu'elle est dirigée par le désir de [plaire à Dieu, qui veut que nous servions nos frères, et le culte direct rentre à son tour dans la morale, parce que ce que nous y cherchons essentiellement, ce sont des forces pour accomplir notre destination. Le vrai culte consiste à rallumer sa lampe au foyer de la charité.
Telle est donc la plus haute sphère, où règne l'amour, et par conséquent la liberté, car la contrainte est impuissante à nous faire aimer, et les manifestations extéi'ieures qu'elle imposerait n'auraient aucune valeur morale. Le but de cette activité spontanée, religieuse et morale à la fois, c'est la communion du bonheur dans la réciprocité du sacrifice. La société fondée sur ce principe serait la véritable Eglise.
Mais « pour se donner il faut s'appartenir. » L'amour sincère est gratuit. La distinction entre l'activité morale proprement dite et l'obligation juridique est légitime, parce qu'elle est nécessaire. En l'elfaçant, on enlève au domaine supérieur son caractère essentiel. Le droit est donc un intérêt, un ordre à part. Soit qu'il place le but de ?a vie où nous l'avons trouvé, soit qu'il s'en fasse une autre idée, l'homme devra toujours déployer ses forces pour atteindre celui qu'il aura conçu. 11 faut donc qu'il cultive et qu'il étende celles-ci par la science ; il faut qu'il s'en assure le libre exercice contre les entreprises de voisins tentés de les