PRÉFACE. XXIII
exploiter à leur profit. Comme il est d'ailleurs très-faible à lui seul, comme il a impérieusement besoin du secours des autres, il faut qu'il puisse les lier à lui en s'engageant vis-à-vis d'eux par un consentement réciproque. Assurer la liberté personnelle et l'observation des contrats, tel est le double objet des institutions politiques. Les lois civiles garantissent en effet à chaque ressortissant de l'état la disposition de sa propre personne, Tusage des fruits de son travail et l'exécution des engagements pris en sa faveur. Les forces de tous sont appliquées par des chefs choisis pour cela, soit à la protection des particuliers^ soit à Ja défense du corps entier des associés et du sol qu'ils habitent. Sans l'état, l'individu dépendrait entièrement du boa-vouloir de ses semblables. L'expérience nous montre qu'il n'a pas sujet de se fier à leurs sentiments ; mais quand il en serait autrement , quand la personne et le travail de tous seraient naturellement respectés, sans qu'il y eût besoin d'une force publique; quand la bonne foi générale répondrait assez de l'accomplissement des promesses, cet heureux état de fait ne rendrait pas les lois superflues, parce qu'il serait précaire. Non-seulement la possibilité de la violence et du mal sont inséparables de la liberté morale, de sorte que la prudence demanderait toujours des précautions pour l'avenir; mais la personnalité a besoin de l'Etat et du droit pour s'accomplir en se constatant elle-même. Elle a besoin d'être reconnue et respectée. Le bien permanent que nous acquérons en participant aux charges inséparables d'un état policé, c'est la proclamation de notre droit. Nous vivons au bénéfice de l'engagement que tous nos concitoyens ont pris de le respecter, aussi longtemps que nous ne l'aurons pas détruit par le crime.