‹ La raison et le christianismeChapitre 16 sur 57 · XXIV PREFACE · texte numérisé non relu

XXIV PREFACE

Dans ce sens la liberté politique et l'Etat sont des buts; comme la science est un but aussi, puisque le complet développement de notre intelligence tient une grande place dans cette réalisation de nous-mêmes que réclame notre condition d'êtres libres. Mais la science, la liberté, l'Etat ne sont pas les vrais buts, ce sont des puissances : leur prix intrinsèque disparait devant celui qu'ils acquièrent par un bon emploi. Ce sont des valeurs relatives et finies, qui se transforment en valeurs négatives lorsqu'on veut les élever à l'infini. Le but véritable est à la fois infini et positif. Il ne se peut qu'absolument parlant la science soit préférable à son objet. La liberté qui se prendrait pour but se condamnerait à l'inimobilité, et n'y pouvant rester, elle se détruirait elle-même. Notre but est de servir Dieu dans les bommes. Néanmoins il reste que la science et le droit, entre lesquels nous n'établissons point un parallélisme arbitraire, ont leurs lois propres, leur intérêt propre, et qu'il les faut respecter. En cultivant la science, en poursuivant le droit pour eux-mêmes, on sert les fins que la cbarité nous propose ; tandis qu'on s'en éloigne, lorsque par cbarité l'on altère la science, ou qu'on opprime la justice. C'est ainsi, par exemple, qu'en elfaçant les inégalités de fortune les plus choquantes, en forçant les avares à donner, on arriverait rapidement à la misère universelle, et la conscience n'approuverait pointées mesures, quoique prises ;i bonne intention. Le sens moral condamne également les persécutions religieuses, qui ont pour objet d'empêcher la propagation de l'hérésie et d'en préserver les générations futures. L'histoire nous enseigne qu'elles atteignent très-imparfaitement leur but. L'Inquisition a bien préservé du Proleslanlisme l'Espagne et l'Italie; mais sans

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