PRÉFACE. XXV
compter les pertes matérielles, les souffrances et le sang répandu, il ne semble pas que la religion de l'Espagne porte les fruits qu'on devrait attendre d'une foi pure et sincère, et les soldats étrangers cantonnés à Rome ne témoignent pas que le principe catliolicjue y soit bien affermi. La France nous donne une leçon du même genre. C'est en vain que la Saint Barthélemi, les dragonnades et le reste y ont considérablement réduit l'importance du Protestantisme; à l'hérésie de Calvin succéda bientôt celle de Voltaire, et dans un jour qui pèse encore sur le présent d'un poids terrible , les députés de la nation française prononcèrent l'abolition du Christianisme. Si les moyens de contrainte religieuse ont atteint leur but, comme on le prétend, il importerait qu'on nous dît exactement quel était ce but. Il faut donc protéger le droit contre une charité mal avisée. 11 en est de même de la vérité. Les fraudes pieuses ont toujours leur source dans une absence de foi ou dans l'altération de son objet. C'est sacrifier la vérité à une charité fausse , c'est une sorte de fraude pieuse que de défendre la religion que l'on croit vraie par des arguments dont on a reconnu soi-même l'insuffisance scientifique, sans parvenir aies remplacer. En agissant de la sorte, on met la vérité en contradiction avec elle-même. Non, l'injustice et le mensonge ne sauraient jamais contribuer au bien. Quand on ne voit pas le moyen de le servir sans employer de telles armes^ c'est une marque certaine qu'on est dans le faux^ et qu'on doit s'abstenir.
Enfin pour atteindre sa vocation , pour acquérir la culture et la liberté civile sans les(juelles il ne saurait y parvenir, il faut que l'homme vive, et toutes les richesses de
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la naliire ne sont pas trop pour donner de quoi vivre au genre humain. Pour déployer toutes ses forces, l'homu ■ a besoin de bonheur; et quand il pourrait s'en passer, il ■ poursuivrait encore. Le désir de jouissance peut être subordonné, nous pouvons refuser de le satisfaire, mais nous ne saurions le supprimer. La nature ne nous fournit des moyens d'exister et de jouir qu'à la condition du travail. L'appropriation et la transformation de la nature par le travail, et son fruit qui est la richesse, forment une troisième sphère d'activité , un troisième but, inférieur en dignité aux deux précédents^ mais qui ne conserve pas moins sa valeur propre; car pour obtenir ces biens supérieurs, pour les rechercher même, il est indispensable que celuici soit atteint en quelque mesure.
La sphère du travail et de la richesse a ses lois particulières, qui sont celles de la nature, des lois non de liberté^ mais de nécessité , que les sciences physiques et l'économie ont mission de saisir et de formuler. iN'étant pas tenus de faire produire au sol tout ce dont il est susceptible, ni de capitaliser tout ce qui pourrait être épargné, l'ien ne nous oblige à suivre en tous points les conseils do ces sciences; mais il ne dépend pas de nous d'en changer les résultats. Nous pourrons chômer IVéïiuerament paimotif religieux — nous ne ferons pas que le travail de deux cents jours soit égal à celui de trois cent soixante. Par scrupule de conscience le législateur jtourra proscrire l'intérêt de l'argent; mais s'il est obéi, les riches dissiperont dans le luxe un trésor stérile, l'agriculture ne trouvant de capitaux nulle part dépérira, et la misère en sera le fruit. Nous pouvons empêcher la division des héritages dans un intérêt aristocratique, ou la rendre obligatoire dans un but