PRÉFACE. XXVII
politique opposé ; mais l'une et l'autre de ces mesures diminueront la valeur et le produit des terres ; et le moment viendra où l'Etat n'étant plus assez riche pour se permettre des fantaisies , prendra conseil de l'économie et s'efforcera de régler les questions matérielles dans l'intérêt delarichesse collective.— Mêmes remarques sur les rapports des Etats entre eux. Par une sollicitude naturelle pour leurs ressortissants et surtout dans le but d'augmenter leur propre puissance^ la plupart des gouvernements se sont efl'orcés d'exciter le développement de l'industrie dans les pays qu'ils administrent. Ils ont établi pour cela des douanes, des primes d'exportation, des monopoles, afin de vendre le plus possible aux étrangers et d'acheter d'eux le moins possible. Mais ces restrictions au commerce étant réciproques, en dernière analyse tout le monde a fini par y perdre. Le surcroît de profits que les manufacturiers doivent à ces mesures ne représente qu'un surcroît de dépense imposé aux consommateurs , et qui paralyse l'accumulation du capital entre leurs mains. Dans chaque pays il se trouve un certain nombre d'ouvriers occupés à produire chèrement des articles que le commerce étranger offrirait à meilleur compte, tandis qu'une partie des richesses du sol est stérilisée par l'absence de débouchés. Ainsi les douanes françaises obligent l'agriculteur indigène à payer un tribut énorme aux maîtres de forges^ tandis que les douanes britanniques interdisent au peuple anglais l'usage du vin, et privent les vignes de France d'une grande partie de leur valeur. Ruiner le voisin, c'est le triomphe de la politique, mais pour le commerce, ruiner le voisin c'est s'ôter un chaland. Si l'industrie était libre de s'organiser conformément à sa nature, sans subir la loi de la politique,