XXX PRÉFACE
Voilà une esquisse bien insuflisante des rapports essentiels entre les principales sphères de notre activité, tels qu'une vraie civilisation les devrait établir. En comparant ces idées générales à la marche de l'Histoire, il me semble qu'on s'explique assez naturellement le scepticisme de notre époque et son matérialisme pratique. On en saisit les causes, on aperçoit de quelle évolution normale, de •juel progrès relatif cet état aflligeant des esprits pourrait bien être un symptôme, on se réconcilie un peu avec le présent, et l'on entrevoit le remède propre à le guérir. Je ne m'abuse pas absolument sur la rigueur de mes déductions, ni sur ce que valent après tout les raisonnements les plus sévères; mais est-il permis de désespérer, lorsqu'on croit en Dieu, et n'est-ce pas désespérer que de ne point rechercher les sujets d'espérance? Le monde se remplit de si belles choses et de si vilaines gens que le mépris et l'admiration qu'un tel spectacle nous inspire se confondent dans une sorte de terreur. Je philosophe pour me rassurer^ comme les enfants chantent dans les corridors sombres. Je cherche le bon coté de ce que je vois. La tâche est assez belle, et la difficulté surtout m'en a séduit.
Puissant de la supériorité de son principe, le Christianisme, prêché par la charité, attesté par le sacrifice, a con- (juis rapidement le monde ancien. Il a été bientôt porté aux nations sauvages, qui, se mêlant aux rares héritiers de la vieille civilisation dont elles achevaient la ruine, ont formé comme une humanité nouvelle. Pendant quelque temps l'Europe fut si dépeuplée iju'on put se demander si notre