‹ La raison et le christianismeChapitre 22 sur 57 · XXXII PREFACE · texte numérisé non relu

XXXII PREFACE

Canon des Ecritures, puis la doctrine de leur inspiration absolue.

Mais il fallut interprêter ces documents, les accorder, en tirer les conséquences, y retrouver tout un vaste système, déjà plus ou moins arrêté. Un impérieux besoin fit surgir la distinction des laïques et du clergé et l'autorité doctrinale des prêtres, qui aboutit finalement à l'infaillibilité du Pape.

L'Eglise ainsi transformée en corporation distincte du peuple chrétien, entra dans des rapports nécessaires avec le droit. Le principe religieux absorba le principe juridique. C'était encore unprogrès, enveloppé dansune altération : un progrès, parce que le droit ancien n'était pas le droit véritable. Sans cette bienveillance universelle qui est comme la note fondamentale du Christianisme, l'arrogance des individus et des peuples ne saurait ni se soumettre à la justice, ni l'apercevoir. La nécessité ne produit qu'un droit imparfait et précaire, l'amour positif est nécessaire pour amener les égoïsmes à cette limitation qui fait l'essence de la justice. Mais un amour obscurci, qui se comprend mal lui-même, supporte impatiemment la barrière du droit. L'Eglise, qui combattit l'esclavage, qui accueillit les nations nouvelles sur le pied de la fraternité, favorisa bientôt les missions conquérantes et plaça ses dogmes et ses préceptes sous la sanction du glaive. L'Eglise entra dans l'Etat par la force des choses, elle y resta pour l'engloutir. Elle exerça le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire, elle gouverna directement de vastes domaines, dont il lui reste un lambeau. Elle se proclama souveraine absolue, dispensatrice de toutes les fonctions. C'était la con-

Page 1