PRÉFACE. XXXV
de lourdes charges pour subvenir aux pompes de l'Eglise. Dépositaire des grâces spirituelles, celle-ci ne craignit pas d'en battre monnaie. Elle lit comprendre sous toutes les formes que s'attaquer à ses biens était le plus grand de tous les péclics, et que nulle offense à la loi naturelle ne saurait fermer le séjour des délices à celui qui l'aurait enrichie, même par une simple disposition pour cause de mort.
Toutes ces conséquences devaient inévitablement se produire du moment où une société d'hommes, mêlée par ses intérêts à toutes les affaires du monde, avait pu substituer son autorité à l'autorité de la conscience.
La notion historique de la souveraineté nous offre un exemple bien saillant de la pénétration absolue de tous les ordres qui caractérise l'ancienne Europe. C'est une magistrature, qui exprime le droit, et qui se fonde à la fois sur l'idée d'une délégation divine et sur celle de la propriété territoriale. Le sujet est en quelque mesure le bien du prince, un accessoire de sa terre, et pourtant il y a dans son obéissance du dévouement, de l'amour, quelque chose de filial et de religieux. C'est par ce mélange de tous les principes que le passé s'efforçait de réaliser l'unité dans la vie. Il n'a réalisé que le chaos; et ce passé n'est pas encore liquidé.
Cependant il est déjà bien loin de nous. L'unité grandiose^ mais factice de la société religieuse devait finir par céder à la réaction de tous les principes qu'elle opprimait. La Religion s'était assujetti l'intelligence; mais la science, condamnée à chercher des preuves pour des thèses soustraites à son examen , n'était plus vraiment la science ; la pensée se corrompait ou s'insurgeait. La religion créait le
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droit et dominait l'Etat ; mais les pouvoirs militaires^ que l'Eglise avait opprimés sans les détruire, entrèrent en lutte avec elle aussitôt que la centralisation leur eût rendu quelque force : la tenant par ses biens, ils lui portèrent les coups les plus rudes; ils finirent par rasservir, et l'organe ^^e Dieu sur la terre devint l'instrument des Césars.
Quand l'Eglise fut affaiblie, les richesses qu'elle avait amassées restèrent l'objet de toutes les convoitises, et ne firent plus qu'augmenter ses dangers.
La confusion du principe moral et du principe juridique avait profondément altéré le dogme ^ la préoccupation des intérêts mondains avait avili ses représentants : l'Eglise , incapable de se régénérer , se déchira. La Réforme donna un corps aux réclamations de la conscience, de la pensée et des intérêts , sans satisfaire entièrement les besoins qui l'avaient produite. Elle ramena la religion de la matière à l'intelligence; mais elle ne sut pas se maintenir dans la sphère de l'Esprit, où elle était née. Son dogme caractéristique: le don gratuit de la foi justifiante aux élus ébranle, sans le surmonter, le principe juridiiiue du système romain, il relève le point central du christianisme, que le catholicisme obscurcissait, mais c'est pour le défigurer. Mettant sa force dans la précision des formulaires plutôt que dans la vie intérieure^ qui se traduit en faits, la Réforme ne parvint qu'à substituer l'autorité infaillible de la lettre à l'autorité infaillible des docteurs. Dans la pratique, elle renforça la confusion de la morale et du droit, elle consacra le principe de la contrainte religieuse, et consomma bientôt l'assujettissement de l'Eglise au pouvoir civil.
Le réveil de la vie et de la foi qui signala ce'.tc crise dans les deux camps, ralentit sans l'arrêter un mouvement