‹ La raison et le christianismeChapitre 26 sur 57 · PRÉFACE, XXXVII · texte numérisé non relu

PRÉFACE, XXXVII

que leurs épouvantables collisions servirent à précipiter. La religion, profondément altérée par l'absorption des principes inférieurs qu'elle dénaturait, succomba sous la réaction de ces principes : réaction des sens, de la raison^ de la liberté, de tous les intérêts, de toutes les passions, bonnes et mauvaises. On combattit la religion en baine du bien, on la combattit en haine du mal. Le gouvernement des esprits lui échappa; Tintérét religieux cessa d'être le premier, c'est-à-dire qu'il s'évanouit complètement. Après une lutte violente pour déposséder l'Eglise de la place qu'elle occupait extérieurement dans la société, l'aversion fit place à l'indifférence religieuse.

L'ordre supérieur ayant disparu , l'intermédiaire , celui des moyens , se trouva porté en tête. La science devint la religion d'un petit nombre, la politique devint la religion de la société. Le besoin d'infini inhérent à la nature humaine s'efforça de se satisfaire dans ces conditions nouvelles. 11 réclama d'un côté la science absolue, de l'autre la liberté absolue, ou mieux la monarchie universelle. La religion, un moment proscrite, reparut bientôt dans le cortège, comme parure plutôt que comme instrument, retour dont un livre immortel , le Génie du Christianisme , mesure à peu près le sérieux. JSe la craignant plus, espérant s'en servir encore , il fut de bon goût de la respecter , et l'on vit s'établir les conventions sur lesquelles nous vivons aujourd'hui. L'industrie en revanche, ne sentant plus- sur elle qu'un poids fort allégé, prit un élan considérable. L'amour de posséder s'ennoblit, la fortune compta davantage, la production matérielle s'accrut eu tous sens, et le capital se forma par l'épargne. Sans être encore mise par

XXXVIH PREFACE.

l'opiniou au service exclusif de Tindustrie , la science ne l'aidait pas moins , et la politique en favorisait le progrès de toutes ses forces. Cependant l'intérêt économique restait tout-à-fait subordonné à l'intérêt politique. Tout convergeait à l'Etat. Le Concordat et le Système continental marquent la culmination de ce point de vue , (jui régnait déjà dans les siècles précédents, et dont nous ne nous détachons qu'à la longue.

Cette phase de l'esprit humain ne fut pas stérile. La science et l'art, le droit et l'Etat profitèrent de leur émancipation. On détermina les méthodes , on formula les garanties. La pensée scientifique , s'appliquant à la liberté, marqua les principes du système constitutionnel. Partout on améliora la procédure. D'immenses progrès scientifiques, économiques . juridiques, moraux mêmes, s'accomplirent en peu de temps. Mais avant que le but fût atteint , l'impulsion s'était épuisée. Il ne pouvait en être autrement, puisque ce but était chimérique. La science n'est pas le terme de nos efl'orts , car il ne nous est pas donné d'arriver à la science parfaite. Pour être réellement sa propre fin, la science devrait être son propre objet, prétention qui ne s'est formulée chez le plus grand peuple scientifique, en Allemagne, que pour manifester son inanité et pour dégoûter les esprits de l'idéalisme et de la science même. Pareillement, la politique ne renfermant rien d'absolu, ne saurait devenir notre religion sans consumer l'humanité dans nu effort contradictoire. C'est la maladie dont nous guérissons et qui nous a laissés si faibles. La liberté positive serait un pouvoir sans limites, dont un seul peut approcher, que nul ne saurait atteindre. L'absolutisme de

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