PREFACE. XXXIX
l'état abstrait écrase toutes les personnalités réelles. Les garanties de l'indépendance individuelle n'ont de prix que comme condition des buts positifs que l'on poursuit, et pour les conserver, il faut avoir des buts dignes d'elles. Le maintien des institutions libérales n'est possible que par une modération des individus, par une absence d'ambition qui suppose l'action d'un autre amour dans les cœurs. Il n'est possible en un mot que chez uu peuple religieux. Mais quand l'Etat est le Dieu , l'homme s'adore, quand la politiq'ie est une religion , c'est l'ambition qui remplit les âmes, chacun veut le pouvoir et le dispute aux autres. Et la démocratie se meut à travers une série de révolutions qui se terminent invariablement au profit de la tyrannie.
Nos vieillards ont l'ait ces expériences ; nos jeunes gens en ont profité. La science, la liberté, idoles de nos pères, sont aujourd'hui les superstitions d'esprits en retard. Notre âge , qui n'y croit plus , les exploite. Ce qui le caractérise c'est le dégoût de la philosophie et de la politique. Nous voyons maintenant comment cet état moral s'est produit. L'indifférence religieuse est de plus vieille date. Nos désenchantements actuels ne sauraient l'augmenter; ils tendraient plutôt à nous en guérir, et cet effet se produit réellement chez un certain nombre. Mais comme l'esprit, impuissant à des créations neuves, ne peut se rattacher (ju'à des symboles déjà jugés par l'analy^^e, à des églises discréditées autant par leur récente servitude que par les souvenirs fâcheux de leur domination; comme les anciennes prétentions ne sont pas abandonnées et que la logique des choses ne montre dans une restauration religieuse qu'un retour