PRÉFACE. XLI
étroit pour ne s'en point réjouir. Tandis que les chemins de fer, supprimant les distances, ouvrent !e monde aux petites gens, l'association fait entrer les moindres épargnes dans les profits des plus vastes entreprises. Ces puissances nouvelles pèsent sur la politique des plus grands états, les moins considérables sont leur conquête. De ce côté-là un champ sans limites s'offre à l'initiative individuelle. Moralement, tout n'est pas mauvais dans la révolution contemporaine. L'hypocrisie n'est plus aujourd'hui qu'un vernis si transparent et si mince que personne n'y est trompé s'il n'y met du sien. L'esprit des affaires sied mieux à la Bourse que dans le gouvernement des intelligences, qu'il s'arrogeait encore il y a dix ans, et les actions industrielles sont pour notre vieille avarice un aliment plus convenable que des évêchés et des abbayes. Notre siècle a sa tâche, qu'il la fasse.
La situation actuelle pourra se prolonger assez longtemps, car il n'y a plus guères à descendre, et tout paraît fort simplifié. Cependant il ne faudrait pas s'abuser sur la solidité d'une civilisation purement matérielle. C'est la science qui a lancé hier l'industrie dans des voies sur lesquelles elle peut marcher quelque temps encore. Mais de nouveaux besoins exigeront de nouveaux efl'orts. Si la science n'est cultivée qu'en vue des application;, elle dépérira promptement; et si au contraire elle redevient l'objet d'un intérêt propre, elle reprendra bientôt tous ses problêmes, et passionnera de nouveau les esprits. L'industrie abesoin de liberté sans doute, et la conquiert ; mais l'ordre et la paix ne lui sont pas moins nécessaires. Quand un petit nombre possède, et que tous prétendent jouir, lasécuriié n'est pas complète :