VIII PRÉFACE
A ce discours les véritables représentants de notre époque se borneront à lever les épaules ; mais voici, je crois, quel est le sens de leur dédaigneux silence : « 11 est « vrai, les matières philosophiques ont de l'intérêt pour « les enfants ; les hommes en sont revenus ; c'est pour cela « qu'ils sont des hommes. La limite qu'ils s'imposent fait « leur force. Les questions que vous voulez réchauffer ont « été agitées pendant des milliers d'années sans le moindre « résultat positif. On ne peut rien savoir d'une vie à venir. « Le cœur humain est toujours le même, ses passions ne « changent pas. Nous savons ce que nous voulons et nous « savons aussi ce que vous voulez. Notre but nous est dicté « par la nature, il restera le même^ qu'on y pense ou qu'on « n'y pense pas. L'affaire c'est d'arriver, et c'est à cela « qu'il faut mettre son talent, quand on en a. Pendant les ff siècles de la Théologie, l'Europe était pauvre et la guerre « régnait dans tous les villages , les philosophes nous ont « donné la révolution et la banqueroute. Cependant, malgré « les théologiens et les philosophes, la société s'est sou- « tenue parle travail. Depuis qu'il n'y a plus de tels songe- « creux ou qu'on n'y prend plus garde, elle a fait d'im- « menses progrès. En s'enrichissant, on accroît la fortune « publique ; en pensant aux moyens d'abréger son propre « travail, on fait des découvertes. Travailler, jouir, voilà « le sérieux de la vie , au delà il n'y a que des rêveries et « des contes. Ce qui est sacré, c'est la propriété qui nous « permet de vivre sans trop de peine, et l'ordre social qui « garantit nos biens. »
Les intérêts matériels , telle est donc la seule chose réelle. Les perfectionnemens matériels sont le seul objet de la civilisation, et la supériorité de notre siècle consiste à s'être