‹ La raison et le christianismeChapitre 4 sur 57 · PREFACE. IX · texte numérisé non relu

PREFACE. IX

(lit clairement ces vérités que beaucoup de gens avaient déjà comprises. Les gens d'esprit se sont toujours douté qu'il n'y a pas d'esprit ; aujourd'liui la chose est évidente, il n'y a pas moyen de la déguiser.

L'avouerai-je? malgré la grandeur du témoignage que notre âge se rend à lui-même sous tant de formes, cette négation du monde moral ne laisse pas d'éveiller en moi des scrupules obstinés. Les animaux sont aussi des êtres sensibles, qui ont des besoins pareils aux nôtres et qui travaillent à les satisfaire; ils sont heureux à leur façon, sans nous ils le seraient bien davantage : si rhomme et les animaux sont organisés pour les mêmes fins, il n'y a pas entre eux une très-grande différence. Notre amour -propre aime à se persuader que les animaux nous sont inférieurs: si cette opinion n'est pas erronée, n'ost-il pas singulier que le perfectionnement consiste pour l'homme à se rapprocher de plus en plus des animaux? Pourtant c'est bien là ce qu'on nous enseigne. Le rêveur, qui cherche à connaître Dieu, le niais qui cherche son devoir et qui s'y sacrifie, obéissent à im principe que l'animal ne possède pas, tandis que celui qui poursuit des jouissances sensibles et qui combine les moyens d'y arriver fait la même chose que l'animal. 11 la fait mieux, dira-t-on? — Je le veux bien; mais d'où vient cela? — Sans contredit de la supériorité de son intelligence. Et n'est-ce pas la même supériorité de l'intelligence humaine qui nous a donné ces idées de Dieu, de devoir, d'immortalité, dont l'influence snlutaire ou fâcheuse est si considérable dans notre histoire, et dont nous avons tant de peine à nous dépouiller? En tout temps, le plus grand nombre des hommes se sont occupés de labours,

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