PREFACE. XLV
lait les prendre au sérieux , ces tentatives seraient dangereuses ^ car les sociétés ne survivent guère à leurs religions. Cependant si la vérité était de ce côté, nous devrions bien y aller. Nous ne pensons pas qu'on l'y trouve. Le Christianisme ne nous semble point épuisé. Hors de l'Europe, il fait chaque jour des conquêtes. L'idéal qu'il nous propose est encore infiniment au-dessus de nous. Le christianisme n'est pas épuisé , à peine est-il compris ; dès le premier jour on a voulu l'immobiliser, et dix-neuf siècles d'insuccès n'ont pas pu faire abandonner cette tentative.
Mais ne regardons pas autour de nous, rentrons en nousmêmes. Après le grand travail critique que ces dix-neuf siècles ont accompli dans les chaires et dans les livres, sur les champs de bataille et sur les échafauds , la foi capable de vaincre et de rallier ne peut plus sortir que du fond de la conscience. Il nous faut une religion dont nous trouvions les preuves en sondant notre cœur. 11 nous faut une religion naturelle, plus conséquente, plus conforme aux faits , plus naturelle en un mot que le détritus connu sous ce nom. La théologie de notre époque ne se distinguera pas de sa philosophie. iMais si la conscience humaine^ après s'être recueillie avec sincérité, ne savait que balbutier des obscurités et des merveilles écrites il y a déjà longtemps dans l'Evangile , nous n'affecterions pas de ne les y point avoir lues ; nous ne refuserions pas le nom de disciples parce qu'une évidence intérieure nous atteste la vérité des paroles du maître ; mais nous comprendrions mieux ce qu'il disait un jour* du grain qui doit mourir pour porter son fruit.
* Evangile de St. -Jean, XII, 24.