X PRÉFACE
d'industrie et de trafic , choses raisonnables ; comment s'expliquer l'immense ascendant qu'ont acquis sur eux quelques esprits dévoyés et tournés vers l'inaccessible? Pourquoi la masse des gens sensés s'est-elle inclinée devant quatre ou cinq fous , et pourquoi , malgré tous nos progrès , sommes-nous encore tentés de leur reconnaître du génie ?
La même objection se présente sous un autre aspect : Voyez la place immense qu'occupent dans nos arts , dans nos littératures et jusques dans la langue de la conversation familière, les opinions, les préjugés répandus par les religions et par les pbilosophies sur tous ces sujets interdits. Si l'on effaçait avec conséquence tout ce qui provient de cette source , que resterait-il ? Que serait un art , que serait une langue où les éléments sensibles auraient cessé de servir de symboles à l'immatériel? Que ferions-nous pour nous amuser^ et comment nous y prendrions-nous pour nous entendre, quand tout ce qui nous vient du monde moral aurait disparu?
Les philosophes du positivisme ont sans doute une réponse à toutes ces questions, mais ces philosophes ne sont pas des esprits positifs, et leurs tentatives pour formuler l'opinion régnante en détachant la société des idées morales exciteraient la risée universelle , s'ils n'étaient protégés par l'inattention qui enveloppe indifféremment tous les systèmes.
Les croyances religieuses n'ont pas seulement formé l'art, la langue et la littérature, elles sont à la base de toutes les créations historiques, elles ont présidé visiblement à l'organisation des sociétés. De nos jours encore, elles en forment le ciment, c'est un fait reconnu des hommes