AYANT-PROPOS
La lanj^rue d'un peuple réflécliit son liistcjire et forme sa pensée : il est maintenant reçu en français qu'un philosophe ne saurait admettre la leligion révélée, l.e théâtre de la guerre est déplacé. La doctrine d'un Dieu vivant, qui avait semblé reprendre faveur pendant quelques années, est aujourd'hui l'objet d'attaques assez incisives pour ne permettre l'indifférence à personne.
Un groupe de philosophes fort estimables essaie de les repousser. Je ne vois pas ce qu'ils peuvent espérer en restant dans la position que jai marquée. Il n'y a de salut pour eux que dans l'Evangile. La foi en Dieu, c'est l'optimisme, puisque Dieu est le bien absolu. S'il existe, le mal ne peut pas être. Mais l'optimisme n'est rien moins que certain; l'opinion contraire a toules les apparences en sa faveur. L'optimisme exprime le droit, le pessimisme traduit le fait. L'expérience nous atteste la réalité du mal, la raison consiste à comprendre que le mal est impossible. Pour accorder ces deux puissances , qui ont un droit égal sur nous et qui nous déchirent, il faut reconnaître dans le mal une réalité positive, mais dont la cause est en dehors, au-dessous de l'Etre absolu, un accident qui a
commencé, qui doit trouver un terme, et servir en délinitive à la glorification du bien.
Cette manière de voir est conforme aux indications de la conscience morale, selon laquelle nous ne sommes pas seulement victimes, mais auteurs du mal, et responsables.
Ainsi la pensée qui cherche à se mettre d'accord avec elle-même ne trouve de solution que dans les doctrines chrétiennes.
Telle est la donnée de ces lectures, qui se lient assez naturellement aux Discours sur la vie éternelle de ÏNI. Ernest Naville. Suivant l'éloquent professeur, les personnes qui croient en Dieu n'ont pas de raison suffisante pour repousser les miracles d'une relijiiion dont la vérité seule donnerait un fondement à leur espoir d'immortalité. J'ai essayé de faire un second pas dans le même sens, et d'établir que sans le christianisme la croyance en Dieu ne peut pas se soutenir.
Un motif particulier m'engage à placer le nom de M. Naville au commencement de ce petit volume. Il a été écrit sous son toit hospitalier et rustique , sur les pentes méridionales du mont Salève, en face des neiges éblouissantes. J'aurais voulu l'intituler les Loisirs DE Grange-Gaby ; mais comment donner le nom de Loisirs au travail hâtif de quelques semaines ?
Puisse-t-il, de son lieu natal, avoir gardé quelque chose de salubre et de franc, comme l'air de montagne et la vieille amitié.
Lausanne, le 18 mai 1863.