PREFACE. XI
pratiques. Ceux qui s'avisent de le contester sont des rêveurs, des philosophes, que le sentiment puhlic condamne aussi bien que les dévots soumis par conscience aux préceptes d'une religion positive et que les penseurs qui osent affirmer quelque chose de leur chef sur l'âme et sur Dieu. Ce que les gens éclairés demandent de leurs pareils, c'est qu'ils soient affranchis de préjugés et de préoccupations religieuses, assez du moins pour ne pas les ennuyer de leurs pratiques et de leurs scrupules, mais qu'ils respectent la religion comme institution sociale. C'est aussi l'intérêt social de la religion que ses défenseurs attitrés allèguent aujourd'hui presque exclusivement, parce qu'ils savent bien que c'est le moyen d'être écoutés. Il ne faudrait pas les presser beaucoup pour leur faire avouer, dans l'intimité, que leur partie serait perdue, s'ils étaient réduits à la piété de ceux qui croient, mais ils trouvent un puissant auxiliaire dans l'intérêt de ceux qui ne croient pas. Aux yeux du siècle présent, la religion est donc un moyen politique^ et ce point de vue prévaut tellement que plusieurs ont conclu de l'utilité des institutions religieuses à la vérité de leur principe^ et sont devenus non-seulement des professants , mais des croyants sincères dans l'intérêt de l'ordre public et par amour pour la propriété. Ou plutôt, malhoureusement, nous précisons trop, ils professent et pensent bien faire, du moment que la chose est utile ; quant à ce qu'ils croient personnellement^ ils ne le savent pas eux-mêmes. La merveille de noire époque c'est j.ustement que la question de la vérité ne se pose plus , même dans le for intérieur. Mais on reconnaît bien haut l'utilité dont est, pour les classes aisées, le maintien des croyances et des habitudes religieuses dans les masses, et cela suffit à régler les dehors.