‹ La raison et le christianismeChapitre 8 sur 57 · XIV PRÉFACE · texte numérisé non relu

XIV PRÉFACE

de notre nature et qu'elle ne réponde à rien. F^harmonie n'est pas une chimère, quoique beaucoup de gens aient l'oreille fausse , et l'existence des aveugles ne m'empêche pas de croire au soleil. Peut-être y a-t-il plus d'incrédules rt d'indifférents qu'il n'y a d'aveugles; mais la question n'est pas là, surtout si les indifférents eux-mêmes sentent le besoin de la religion pour les autres, et si d'autres symptômes moins équivoques nous montrent en effet dans l'affaiblissement des croyances religii' :sos une calamité présente, une menace pour l'avenir.

Faire de la religion un accident , c'est tout simplement une absurdité. Mais s'il en est autrement, si le sentiment religieux, quelqu'obscurci qu'il soit chez certains individus, chez certains peuples même , est essentiel à l'humanité ; on peut parler de crises religieuses , de révolutions religieuseSj on ne saurait raisonnablement espérer ni craindre que la religion disparaisse jamais. Le peu d'influence qu'elle exerce n'est donc pas un signe de maturité , c'est un symptôme de maladie.

En effet, cette éclipse de la pensée religieuse, sur la profondeur de laquelle les plus bruyantes affections ne réussissent pas à donner le change^ ne sentez-vous, pas qu'elle coïncide avec une singulière prostration de la littérature, comme avec le plus complet désenchantement sur toutes les questions politiques au bout desquelles on ne voit pas une autre répartition de la richesse? L'argent est la seule distinction sociale qui subsiste, et sur tous les degrés de l'échelle il n'y a qu'un seul amour : l'argent. Dans ce sens tout le monde est d'accord : si c'est un gage de paix, à la bonne heure! Chacun est plus ou moins entraîne dans ce monvenient; mais ceux qui en profitent et qui l'exaltent

Page 1