‹ La raison et le rationalismeChapitre 14 sur 49 · PREFACE XXVII · texte numérisé non relu

PREFACE XXVII

de sa philosophie. Il avait pour cette œuvre — et il ne l'ignorait point — à lutter contre des influences intellectuelles puissantes, acceptées plus ou moins par beaucoup de ces jeunes gens à qui il avait mission de s'adresser. On ne saurait analyser ici dans le détail ces influences qui d'ailleurs se combinaient et se repoussaient entre elles, selon les cas, pour produire des états d'esprit très différents. Il est cependant incontestable que, parmi d'autres causes, les événements de 1870 avaient contribué à incliner davantage une partie de la jeunesse universitaire vers l'adoption d'une sorte de kantisme surtout moral, lié à la glorification du rôle souverain de la volonté dans la vie psychologique et dans l'action pratique ; et cette conception du « primat de la volonté » tantôt proclamait sa suffisance en s'isolant de la spéculation comme de la science positive, tantôt se prolongeait par l'édification d'une métaphysique appropriée à ses tendances. D'un autre côté, la réaction contre l'étroitesse du positivisme matérialiste qui avait combattu le spiritualisme de l'école

éclectique avait depuis un temps déjà provoqué une renaissance de l'esprit métaphysique, qui paraissait ne pouvoir se satisfaire que par la vision d'un ordre de choses analogue en son fond à Fâme immatérielle ou par le développement systématique de l'idéalisme absolu. A mesure que ces dispositions philosophiques, en se propageant, s'éloignaient des. causes sérieuses qui les avaient engendrées et des intelligences éminentes qui les avaient mises au jour, elles manifestaient quelquesuns des vices qui pouvaient plus ou moins essentiellement les affecter, le dédain de l'expérience immédiate et de la réflexion lente, le mépris des enseignements qui peuvent se tirer de la tradition et de la vie, de la vie sociale comme de la vie individuelle, le culte du formalisme dialectique, la promptitude à démolir les systèmes et à en construire, en se jouant, de nouveaux, et parfois, sous couleur de respect de la science positive, l'art d'user d'elle avec autant d'indiscrétion que d'incompétence. Ce qui en fin de compte agissait au fond de

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