PREFACE XXXI
tration ; et ainsi elles débordent les motifs rationnels qu'elles nous présentent d'être affirmées ; il reste toujours en elles, pour nous, une certaine obscurité qui peut servir de prétexte au scepticisme, mais qui ne saurait arrêter la volonté d'affirmer plus qu'on ne voit dès que Ton a de bonnes raisons de croire. D'un autre coté, les vérités morales ne peuvent être vraiment saisies que si elles entrent intimement dans notre nature à laquelle elles s'adressent ; elles requièrent que nous allions à elles de tout notre être, que nous nous appliquions à en vivifier constamment en nous la possession et la présence par un consentement de toute notre personne. Et si l'on recherche quel est le principe promoteur de la certitude morale en nous, c'est dans la volonté libre qu'on le trouvera. C'est elle qui recueille et qui met en branle toutes les ressources intérieures grâce auxquelles nous nous approprions et nous élargissons l'objet touché par la pointe de la raison démonstrative ^.
1. V. Maurice Blondel, Léon Ollé-Laprune (Paris, Dumoulin, 1899), pp. 32-35.
Par cette conception de la certitude morale, M. Ollé-Laprune paraissait prendre contact avec le kantisme; mais, à dire vrai, il en retenait des indications favorables à sa pensée plutôt qu'il n'en acceptait l'esprit et surtout la méthode. Rant, même lorsqu'il fait une place à la foi, rapporte celle-ci à la raison, à la raison pure tout en étant pratique, à la raison « isolée » de tous les éléments psychologiques fournis parla nature humaine. Dans cette notion d'une foi de la raison M. Ollé-Laprune soupçonnait le paradoxe idéaliste qui tend à faire produire l'objet de la foi par la foi même, comme à faire produire l'objet de la perception par l'acte de percevoir. Il se fût senti plus près, malgré de radicales divergences, du néo-criticisme français, qui, rectifiant Kant, unissait les deux raisons, théorique et pratique, pour rétablissement de la certitude et rattachait la croyance à des états psychologiques du sentiment comme à des actes de libre arbitre . Mais contre