‹ La raison et le rationalismeChapitre 18 sur 49 · PREFACE XXXV · texte numérisé non relu

PREFACE XXXV

tie de notre être, sans être capable de réaliser le lien substantiel de tous les éléments de notre vie spirituelle. Voilà pourquoi aussi le christianisme, et plus précisément le catholicisme, expression intégrale du christianisme, si d'une part il fournit l'objet transcendant absolu réclamé par la foi, s'adapte de l'autre par une secrète et merveilleuse affinité à l'ensemble des dispositions de notre être, conçues, non plus à l'état de séparation, mais dans leur vivante harmonie et leur vivant concours. C'est pour avoir rompu avec lui que l'on se représente l'autorité qu'il exerce comme une puissance de domination extérieure, que l'on croit apercevoir une institution oppressive dans la vivante fixité des principes par lesquels il a pour objet de fonder autant que de régler le mouvement des intelligences ; de cette rupture avec lui certaines âmes, celle d'un Jouffroy par exemple % ont payé la rançon par une mélancolie paralysante et une désorientation de leur activité ; à rester ou à rentrer en

l.Léon Ollé-Laprune, Théodore Jouffroy^ pp. 200-201.

lui, on se parfait au contraire et l'on se possède entièrement, on ne supprime rien de ce que la nature réclame justement, aucun emploi légitime de ses facultés; on met tout à son rang dans le tout de la vérité complète. Gratia naturam non tollit. Ainsi, comme Malebranche qu'il avait étudié avec tant d'amour et d'indépendance à la fois, M. Ollé-Laprune admettait la possibilité et la nécessité d'une philosophie chrétienne : à vrai dire, dans un sens assez différent de celui du grand oratorien. Malebranche professait en fin de compte que tout le contenu essentiel de la religion est dans la raison, que le rôle de la révélation consiste à proportionner la raison aux hommes, à conduire par les sens les hommes à la raison. M. Ollé-Laprune concevait tout autrement la continuité de la raison et de la foi. Pour lui, ainsi que l'a si bien fait ressortir M. Em. Boutroux *, « le rapport de la philosophie à la religion était quel-

1. Notice sur la vie et les œuvres de M. Léon Ollé-Laprune j]ue a. V Académie des sciences morales et politiques dans la séance du 7 janvier 1905, p. 15.

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