PREFACE XXXVII
que chose comme le rapport de la matière à la forme, de la puissance à l'acte dans la philosophie d'Aristote. La matière a en soi une disposition à réaliser la forme. Mais cette disposition ne peut passer à Facte que sous l'influence de cette forme même, déjà réalisée dans un être supérieur. Le monde désire Dieu. Mais c'est seulement sous l'action de Dieu que ce désir peut devenir un réel mouvement vers Lui. »
Au fond de la philosophie de Malebranche, M.Ollé-Laprune découvrait en effet un vicequilui venait du cartésianisme. Si c'est l'honneur de Descartes et de ses disciples d'avoir rétabli sur le fait fondamental du (( je pense » à la fois l'existence de l'esprit et le moyen d'arriver à la certitude, d'avoir conçu fortement le vrai comme une réalité intelligible, indépendante du caprice des volontés individuelles et universellement communicable, c'a été leur méprise que de tendre à se représenter la pensée comme une entité séparée,douée d'une sorte d'existence ou de vertu en soi. Ainsi s'est formée la théorie de la Raison substantielle et
impersonnelle. Ainsi le doute méthodique a été décrété obligatoire pour quiconque philosophe, comme si faire abstraction de certitudes expérimentées en soi-même pouvait acheminervers la certitude efficace, comme si examiner, chercher des preuves, poser des questions n'impliquait pas tout un ensemble de données engagées dans le développement de la vie même *. Ainsi a été créé de toutes pièces un problème artificiel, qui a consisté à rechercher comment la pensée peut aller d'elle-même et de la subjectivité de son action à Têtre, à l'objet distinct d'elle, et qui n'a pu finalement se résoudre qu'en se supprimant, c'est-à-dire en admettant que l'être, c'est la pensée. Ainsi ont été méprisés tous les éléments de vérité qui se tirent de la tradition, de l'histoire des sociétés humaines, sous prétexte que n'étant pas issus de la raison ils restent inintelligibles; et le champ a été laissé à l'envahissement de ces théories naturalistes qui opposent avec une
1. V. la Philosophie de Malehranche^ t. II, pp. 249- 252 ; — Théodore Jouffroy, pp. 208-210.