‹ La raison et le rationalismeChapitre 20 sur 49 · PREFACE XXXIX · texte numérisé non relu

PREFACE XXXIX

apparence de force aux prétentions de la pensée spéculative les inflexibles nécessités de révolution sociale.

C'est par peur de l'anthropomorphisme que la philosophie moderne a ainsi détaché la pensée de ses conditions d'existence concrètes. Modelée plus exclusivement qu'elle ne le croyait peut-être sur le type de vérité que nous exhibent les sciences de la nature extérieure, elle a voulu y plier bon gré mal gré la connaissance de l'homme. Il en est résulté que certaines notions, légitimement valables pour l'explication des choses matérielles, n'étaient plus pour la représentation de l'activité humaine que des notations appauvries et même déformantes. Combien est plus vrai en comparaison cet humanisme des anciens, qui a conçu tout usage régulier de la pensée en fonction du perfectionnement de notre nature, qui a admis d'emblée la solidarité de la raison et de la vie, qui, ramenant à cette mesure la valeur de nos idées, faisait résulter de l'épanouissement harmonieux de toutes nos puissances l'union du savoir.

du savoir-vivre et du savoir-faire ! A cet humanisme il a manqué sans doute la conscience d'une profondeur des tendances et des exigences humaines dont la capacité ne peut se laisser remplir par la vie présente ; il lui a manqué en conséquence le sentiment des disproportions que fait éclater en nous l'Infini auquel nous aspirons, et qui ne peuvent être surmontées que par la lutte contre nous-mêmes, par le sacrifice, fruit de l'amour et condition de la parfaite béatitude. Mais s'il a eu le défaut de borner notre horizon, de nous rapetisser pour vouloir nous enfermer en nous, il garde le mérite d'avoir proclamé que c'est du développement normal de tout notre être qui suit la connaissance juste qui nous intéresse, et que surgit l'appel à la plénitude de la vérité efficace. Ainsi il a pu, chez un Aristote, dénoncer l'inadéquation du général à la réalité, et, tout en gardant le respect de la raison, subordonner la règle abstraite à la règle réalisée et comme incarnée dans l'individu ; il a donc glorifié pour l'être humain une sorte d'autonomie.

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