PREFACE XLI
qui, loin d'être la position d'une loi formelle par un sujet formel, est tout au contraire l'identification du sujet et de la loi par la suppression du pur formalisme. « S'il se trouvait, reprenait à son tour M. Ollé- Laprune, un homme vivant d'une vie pleine, à la fois complète et régulière, abondante et mesurée, sansdéfautet sans excès, n'estce pas cet homme qui, pensant avec toutes les ressources intellectuelles et morales de son être sain, droit, vigoureux, ardent, saisirait le plus et le mieux ce qui est, et aurait l'idée la plus juste, la plus complète, la plus vive de l'homme même, de l'univers et de Dieu ? S'il philosophait, sa philosophie, fruit et expression de cette vie^ serait la plus complète et la plus fidèle intellection et appréhension des choses que l'on pût trouver ; elle recueillerait d'une façon précise et ferme les naturelles certitudes ; elle disposerait en degrés successifs autour de ces points fixes les probabilités nettement déterminées, savamment groupées ; elle formerait de tout cela des théories satisfaisantes, lumineuses, solides ; les hypo-
thèses mêmes, les conjectures, et jusqu'aux inventions et aux rêves auraient avec la réalité vivante quelque rapport, quelque ressemblance, et le système où tout cela «erait coordonné aurait jusque dans ses parties les moins assurées un air de vérité, une âme de vérité, parce que ce penseur aurait sans cesse avec ce qui est un intime commerce^. »
Ces vues déterminent de quelle façon il faut procéder à l'examen des concepts philosophiques. Il y a une critique nécessaire de tous ces concepts; seulement ce ne doit pas être une critique scolastique, essayant in abstracto d'en définir le sens et d'en fixer l'emploi. A coup sûr il faut requérir d'eux en premier lieu, pour qu'ils soient valables, la cohérence logique, l'absence de contradiction; mais, pour en évaluer la portée significative, il n'y a qu'une mesure qui puisse vraiment nous satisfaire : c'est leur capacité d'entrer dans le développement des facultés essentielles denotre nature ou
1. La Philosophie et le temps présent, pp. 346-347. — V. aussi V Essai sur la Morale d'Aristote.