PREFACE XLIII
de l'exprimer. Que Tons' évertue à tirer delà considération dialectique des concepts ce qu'ils peuvent embrasser, on pourra alors en élargir ou en rétrécir arbitrairement la compréhension. Mais qu'on les mette en rapport avec ce que manifeste ou ce que postule la réalisation de nos puissances humaines, et l'on découvrira la place qui leur appartient ou la part qui leur revient dans le système de la vérité. En d'autres termes, il ne saurait y avoir de plus juste façon de les critiquer que de se demander dans quelle proportion ils répondent à cette condition suprême de l'activité intellectuelle saine, qui est Timmédiation de la raison et de la vie. Bien des notions qui ont été, souvent malgré l'apparence, formées et ajustées du dehors seront ainsi utilement replacées dans le champ des perspectives intérieures. On s'apercevra plus d'une fois que de prétendues idées n'étaient que des idoles, de simples produits d'une imagination abstraite ou d'un entendement séparé. C'est donc mal se préparer à philosopher que de se retrancher dans la spéculation
exclusivement théorique, de rompre avec toutes les racines de l'humaine pensée, de faire de soi ce que Leibniz appelle énergiquement un solipse. Cette prétention à se satisfaire uniquement par des combinaisons d'idées et de formules, par un savoir livresque, se juge par ses effets, qui sont au bout de peu de temps le dessèchement, la langueur, l'impuissance à se renouveler. Dans une des nombreuses réflexions écrites par lesquelles il esquissait son cours sur la Raison et le Rationalisme^ M. OUé-Laprune signalait finement et familièrement ces conséquences :
Comme la vie purement intellectuelle, toute de tôte» fatigue ! Lassitude cérébrale, contention qui use et épuise. Quand aimer et agir se joignent à penser, penser ne fatigue pas de la même manière. On se dépense, sans doute, et aimer et agir, c'est se consumer ; mais ce n'est pas cet épuisement cérébral, ce dessèchement de tout l'être, que produit le « penser » exclusif et continu, isolé de toutes les sources vives où se renouvelle Têtre- Dans le reste, on s'alimente en se dépensant ; quand on veut tout réduire au seul « penser », on s'use, on s'épuise sans s'alimenter, et on se tue, physiquement et moralement.
Cela, contre le rationalisme théorique et contre le rationalisme pratique ; car, de même que, selon le mot de Bossuet, il y a un alhcisme pratique qui consiste à