‹ La raison et le rationalismeChapitre 33 sur 49 · LA VÉRITÉ ET LA PENSEE · texte numérisé non relu

LA VÉRITÉ ET LA PENSEE

vrons Dieu. Disons que sa volonté libre a créé les essences comme les existences, et que la vérité est ce qu'il veut.

Ces assertions séduisent «M/'ow/'<^'A«z;' beaucoup d'esprits. Ce sont des assertions outrées, dont il faut se défier.

Sauver V indépendance de l'Etre par soi. Très bien. Mais prenez garde. L'arbitraire, le caprice le compromettent aussi.

Et appellerez-vous liberté et puissance vouloir et faire l'absurde ?

Otons le prestige des mots. Nous voulons que l'Etre par soi ne soit assujetti à rien. Nous avons raison.

Otons la nature^ chose donnée, reçue.

Reste Vessence. Il est, par soi.. Il n'établit pas les vérités comme un roi des lois en son royaume. Mais il ne reçoit pas d'ailleurs la vérité toute faite. Elle est V expression de son essence même.

Quelque chose de cela chez l'homme sage et vertueux, qui semble être lui-même la loi. Aristote a vu cela, et l'a exprimé magnifiquement. Et c'est sans doute le sens de l'autonomie kantienne.

Voilà comment le caractère éternel, immuable, impérieux, dominateur de la vérité — que nous constatons en considérant notre pensée — s'explique quand nous considérons l'Être par soi.

Et la pensée sans doute est plus et mieux elle-même. Nous lui ôtons ce qui la limite. Elle est plus et mieux la pensée.

Ainsi, l'examen de la pensée en nous nous découvre :

1^ Notre condition humaine: labeur, discours, ou succession, borne, dépendance à l'égard des objets, des êtres et de la vérité;

2° L'essence même de la pensée, inséparable de Vêtre, mais ne recevant rien du dehors.

La pensée de l'Être par soi est le plus et le mieux pensée.

Et cette distinction profonde de l'humain et du divin nous donnera des lumières sur bien des choses dans la suite.

SEPTIEME LEÇON La Pensée implicite.

Nous avons distingué des conditions de la pensée en nous et dans l'humaine nature ce qui est essentiel à la pensée. Cette étude a une double utilité : il est bon de reconnaître (jue notre pensée, que la pensée humaine a des limites et des imperfections ; et il est bon de ne pas la croire pour cela impuissante ; certes, elle ne l'est pas, puisqu'elle est capable de saisir au moins quand il s'agit de la pensée ce qui en est l'essentiel.

Maintenant redescendons de ces hauteurs.

Considérons la pensée humaine, et, la prenant telle qu'elle est^ sachons découvrir, en entrant dans quelque détail, sa façon naturelle de s'exercer et comme sa naturelle forme et attitude^ naïve, sans artifice.

Il y a comme deux régions : Tune claire,, l'autre obscure.

Claire, Exemples : un problème de mathématiques ; une résolution prise après examen.

Là, tout clair, ce semble.

Obscure : le sommeil, le deini-sommeil, la rêverie, l'étourdissement; môme la sensation ordinaire, normale, si elle est vive, prolongée, et absorbante.

Voilà qui est bien tranché : deux régions. Mais regardez de plus près : jusque dans le claii\ il y a de \ obscur qui coexiste avec le clair, — qui y préexiste à peu près comme dans notre vie physiologique, avec les impressions et perceptions nettes des sens et les mouvements déterminés des membres, il y a tous ces mouvements internes, toutes ces fonctions qui échappent à notre vue.

Considérez les actes où tout semble clair, les idées dites claires.

1. J'ai formé un dessein. Sq l'exécute. L'intention dure, toujours présente, non expresse. Je vais à Rome, parce que je le veux: je n*y pense pas. C'est l'intention virtuelle, elle suffit. Voilà quelque chose d'implicite.

2. Ce problème que je résous, j'y emploie mon esprit : est-ce qu'en m'y attachant, j'ai,

présentes à l'esprit expressément, toutes les idées queje vais invoquer ? Est-ce que je puis faire le compte de toutes les ressources que j'ai pour en venir à bout? Je ii'y pense pas^ et cela me gênerait d'y penser.

3. Et entre le moment où une question m'est posée et celui où je la résous, n'ya-t-il pas un travail latent, fructueux^ qui se poursuit? La solution se prépare, sans que fy pense. C'est comme un germe qui se développe dans le silence et dans la nuit.

4. En général, toutes les fois qu'il y a explosion de pensées, de sentiments, de subites résolutions généreuses; des saillies ou des élans, nés des circonstances et du fond de l'àme, le mot de la situation, non prévu, non préparé, tout ce qui est nous encore assurément, mais sans art, l'activité obscure n'est-elle pas là ?

5. Et, quand on trouve dans le feu de l'improvisation ce à quoi, en se préparant, on n'a pas pensé, ces trouvailles — vues plus nettes, tours plus vifs, formules plus heureuses, ordre plus clair — ne sont-elles pas le fruit d'une activité obscure ?

Tout cela obscur en même temps queprime^ sautier,

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