Divinx consortes naturx. {Saint Vau
accessible à l'homme, il faudra qu'il lui soit 7'évélé. Et qui tirera le voile, si ce n'est Dieu môme ? Dieu a parlé, surtout par Jésus- Christ qui a raconté^ ce qui est au sein du Père. Il a dit les vérités que nul esprit créé ne découvrirait par lui-même, il a dit les mystères de la vie divine et le dessein divin de communiquer à l'homme cette vie divine.
En ce monde, où nous n'avons pas la claire vue de Dieu, c'est par la foi à la divine parole que nous avons en nous le commencement de la vie éternelle. L'objet de la vision bienheureuse dans le ciel et de la foi sur la terre est le même : Dieu, et sa vie même, dévoilé dans le ciel, voilé et pourtant entrevu sur la terre, ou nous apparaissant dans l'obscure lumière de la foi.
Qu'est-ce donc que la foi ?
Un assentiment à la vérité révélée^ et comme telle, et à cause de Vautorité de Dieu qui révèle.
C'est foi, c'est croyance, car pour affirmer on s'appuie, non sur l'évidence de la chose
1. Deum nemo vidit unquam : Uiiigenitus Filius, qui est in sinii Patris, ipse enarravit. (Jean, i, 18.;
affirmée, mais sur l'autorité et la véracité de celui qui parle.
C'est bien un acte intellectuel. Mais, puisque le motif formel de l'assentiment n'est ni l'évidence immédiate ni l'évidence médiate, quelque chose est laissé à la volonté, à la liberté. L'assentiment est volontaire et libre.
Et si nous comparons cette foi à tout ce qui a avec elle de l'analogie et a pu être confondu avec elle, nous trouverons qu'elle n'est pas Vopinion : elle est plus ferme, elle est toute ferme; mais elle est plus que la conviction : laquelle est toute subjective; elle n'est pas non plus, elle est encore moins une pure persuasion subjective fondée sur le sentiment et l'imagination, ou un simple besoin ou instinct religieux; mais, d'autre part, elle n'est pas la connaissance médiate, laquelle reçoit quelquefois le nom de foi et contient d'une certaine manière un élément de foi, la cause connue par ses effets et en quelque sorte révélée par eux j)ouvant demeurer inconnue et obscure en son fond car néanmoins la connaissance médiate est science, science a posteriori.
Et la foi dont nous parlons n'est pas non plus la connaissance immédiate des principes, car enfin celle-ci, malgré la confiance en notre nature et en Dieu que nous y avons remarquée, est lumineuse : c'est l'évidence intrinsèque des principes qui détermine l'assentiment qu'on y donne.
Nous commençons à voir en quoi consiste la foi : c'est un assentiment volontaire à une vérité révélée, en tant que révélée, parce que c'est Dieu qui révèle.
En sorte que, si nous faisons l'analyse de la foi, nous y trouvons, outre un point auquel on croit, et qui est article de foi, l'autorité de Dieu : le fait de la révélation, et le devoir de croire.
Dieu étant Dieu est absolument digne de foi : véracité, autorité. Gela est raisonnable, cela est évident.
Or, Dieu a-t-il parlé ? Gela, c'est à la raison de l'établir certainement.
Fidei firmitas... requirit ut, qui crédit, vatione certo cognoscat Deum esse locutum. (Goncile de Cologne.)
Non enim crederet (fidelis) nisi videret ea
esse CREDENDA vel propter evidentiam sigiiomm i>el propter aliqiiid ejusmodi. (Saint Thomas, II, II, q. I, a. 4, ad 2.)
Et c'est pourquoi Bautain a dû souscrire cette proposition :
Ratio cum certitudine authenticitatem rêvelationis Judaeis per Moysen et Christianis per Jesam Christum factse prohare valet.
Et contre Bonnetty et Bautain :
Rationis usus fidem prœcedit et ad eam hominem, ope revelationis et gratiae^ conducit.
Gela, redit avec précision et force par le concile du Vatican :
Si quis dixerit... miracula certo cognosci numquam posse, nec ils divinam religionis christianœ originem rite probai'i^ anathema sit, (Sess. 3, can. 2 : De Fide.)
Mais ces motifs de crédibilité^ comme on les appelle, ne sont pas la foi, et ils ne l'engendrent pas nécessairement.
Ils peuvent être très bien connus, et on demeure incrédule. On peut être incapable de les examiner, et être croyant.
Il n'y a pas sur le fait de la révélation évidence, il n'y a pas celte évidence qui ôterait
toute possibilité d'un doute même imprudent (les exigences de la raison varient d'ailleurs selon le cas).
Il y a assez de lumière pour que nous puissions croire prudemment, et pour que nous devions croire.
C'est la certitude, non mathématique ni métaphysique, mais morale : vraie certitude parce que tout AouiQ prudent disparaît et le devoir de croire est évident.
Mais il faut que la volonté s'en mêle, et c'est ce qui permet à la foi d'être libre, et méritoire. C'est une vertu.
La volonté a un rôle dans la connaissance, dans toute connaissance. Non que ce soit elle qui juge et affirme, mais elle met en état de juger. ^Jattention montre bien le rôle qui lui est assigné. Dans l'ordre moral, la volonté a plus à faire : c'est à elle de disposer l'âme tout entière à consentir à la vérité. Non plus seulement assensuSy mais consensus. Gela très remarquable dans l'ordre moral. Je l'ai étudié. Là où il y a foi proprement dite, la volonté a une action très grande : l'assentiment même n'a pas lieu sans elle.
Il faut de la confiance pour entrer sous le voile, pour ainsi dire, et affirmer ce qu'on ne voit pas, ce qui déconcerte.
Quod non capis, quod non vides, Animosa firmat fides, Prœter rerum ordinem.
Ce rôle de la volonté, de la bonne volonté est capital.
Et il faut que la volonté soit aidée par la grâce divine : secours divin, action divine.
Consentire vel dissentire ^ propriae voluntatis est. (Saint Augustin, De Spir. et litt. , 34, n° 60. ^ Oui, mais non laissée à elle seule.
Benignissimus Dominus et errantes gratia sua excitât atcjue adjuvat^ ut ad agnitionem veritatis venire possint ; et eos, quos de tenebris transtulit in admirabile lumen suum, iw lioc eodem lumine^ ut persévèrent^ gratia sua confirmât, ^o^ deserensnisi deseratur. (Concile du Vatican.)
Vous étonneriez-vous que, puisqu'il s'agit d'une participation à la vie divine, Dieu môme opérât dans Tâme ?
Voudriez-vous que, dans cet ordre divin où^ nous voilà entrés, Dieu ne fît rien et l'homme
fît tout ? Et concevez-vous que, dans un commerce intime, comme celui-ci, l'objet souverainement aimable ne se fît pas aimer, qu'il n'attirât pas à lui, alors que dans le commerce de l'amitié tout humaine il y a attrait, appel, réponse à l'appel ? — Ce beau non deserens nisi cleseratui\ dans cette formule technique.
Considérons donc ce mystère intime entre lame et Dieu : cet appel divin, ces réponses attendues, provoquées, nos négligences, nos refus, notre correspondance, notre consentement; considérons cela dans l'impénétrable sanctuaire de l'âme, au secret endroit où se prennent les résolutions, comme dit Bossuet. Et entrevoyons ce qu'est en son fond la foi\ voyons par cela même ce qu'est la bonne foi.
Comprenons que la foi chrétienne n'est pas seulement adhésion à un texte extérieurement proposé à chacun par Voiiie. a Les formules de la foi sont en effet proposées par l'Eglise qui nous parle [fides ex auditu). Mais ce texte venu par l'ouïe n'est pas le principe, le motif, l'objet môme de la foi. Le seul principe, le seul motif, le seul objet de
la foi, c'est Dieu même. » (Gratry, Logique, 5«éd., t. II, pp. 212 213.)
Et alors reconnaissons ce qu'il y a d'intime, de profond, de substantiel, de vivant dans la foi.
Assensus voluntarius, liber ^ Deigratia adjuvante^ ad ea quœ revelata esse credinius, non pr opter intrinsecam rerum veritatem naturali rationis lumine perspectam^ sed propter auctoritatem Dei revelantis qui nec falli nec fallere potest.
Voilà Tacte de foi chrétienne. L'analyse rationaliste n'en rend pas raison. Elle en méconnaît le caractère propre. Elle en fait autre chose.
Et le rationalisme essaye de lui enlever ses prélim inaires rationnels ,
Il n'y réussit pas.
Qu'a établi de certain, d'absolument certain, l'exégèse purement rationaliste?
Qu'est-ce qu'elle a ébranlé, infirmé, d'une manière péremptoire ?
M. Brunetière a raison de dire qu'il n'y a pas à ce point de vue un résultat acquis.
Voilà pour le détail. Et quant à la préten-
due impossibilité a priori de l'ordre surnaturel, qu'est-ce qui est établi, prouvé? Avonsnous donc des choses une connaissance assez complète, assez profonde, assez sûre pour oser interdire à Dieu, au nom de notre raison, de faire des miracles et de se révéler ?
Avec une incroyable facilité on accepte comme démonstratives et triomphantes des formules qui ne tiennent pas. Quand il s'agit de détruire les dogmes, on se fait des dogmes étranges, acceptés sans examen; on les donne comme le dernier mot de la raison et comme les postulats incontestables du libre examen.
Ne soyons pas si légers, prenons garde, n'enlevons pas à la foi chrétienne son caractère distinclif, son propriiim quid, sous prétexte que, le lui laisser, c'est n'en pas rendre raison.
Mais, d'autre part, ni la raison n'est exclue de la foi chrétienne, l'étude faite ci-dessus le montre assez, ni l'ordre de la foi n'est ce qui fonde l'ordre de la raison.
Gratta naturam non tollit.
L'ordre de la foisupposel'ordrede la raison.
Et puis, il y ajoute.
Et il perfectionne l'ordre naturel.
Notons-le bien : l'homme étant appelé à une destinée surnaturelle, il n'y a pas scission entre les deux ordres. Il n'est pas laissé au bon plaisir de l'homme de refuser de monter : pas plus qu'il ne peut renoncer à l'honneur et à la charge d'être homme et dire qu'il se contentera de la vie des bêtes. Si l'homme se soustrait à cet ordre surnaturel, il perd quelque chose dans l'ordre naturel même. Disons-le, et bien haut. 11 y a compénétration des deux.
Mais cela ne fait pas que la raison ait pour fondement la foi.
Concluons.
Ne sacrifions pas la foi, comme le veut le rationalisme, qui lui ôte son pvoprium quid.
Ne sacrifions pas la raison, comme le veut le fîdéisme, qui la ramène à la foi.
Et ici, ramassant en un les résultats acquis dans les précédentes études, disons : que, dans l'ordre surnaturel et chrétien, comme tout à l'heure dans l'ordre social, comme -auparavant dans l'être, dans le vouloir, dans le penser même, il y a, en fait, quelque chose
que nous ne comprenons pas; quelque chose dont la raison ne rend pas raison, unproprium quid que l'analyse dissout ou altère, mais qui en définitive se rit de l'analyse.
De plus en plus se justifie cette assertion de la première de ces leçons sur le rationalisme :
Ni dans l'homme il ne faut ne voir que la raison; ni dans la raison il ne faut ne voir que l'homme.
Mais, parce que le dernier fondement de la foi, comme le dernier fondement de l'être, du vouloir, du penser, est en dehors de nos prises, il ne faut pas dire que tout repose sur l'irrationnel. Ce qui passe la raison n'est pas pour cela contre la raison. Ce que notre raison ne connaît pas, ne manque pas pour cela de raison. Ce qui n'est pas raison, n'est pas pour cela sans raison. Et enfin, ce qui est mystère pour nous, pour Dieu est vérité parfaitement claire.