PREFACE XIII
visaient à le transférer dans une autre chaire d'enseignement supérieur, ni les propositions du dehors qui le sollicitaient pour l'enseignement libre ; il avait conscience d'appartenir irrévocablement à sa chère Ecole.
La façon dont M. OUé-Laprune comprenait le rôle de l'Ecole explique pour une bonne part le caractère de son enseignement. Des trois conférences dont il était chargé, Tune était réservée aux élèves de troisième année qui se préparaient à l'agrégation de philosophie ; les deux autres étaient pour les élèves réunis de première année qui tour à tour avaient à suivre le cours de philosophie dogmatique et à faire eux-mêmes des leçons sur des sujets qui leur étaient indiqués. M. Ollé-Laprune eut de la façon de faire son cours une conception constante, qu'il exposait nettement dans la première de ses leçons de l'année 1890-1891 :
C'est toujours, disait-il, une question que je traite. Ce n'est pas toute la philosophie ni toute une partie de la philosophie. C'est une question circonscrite, délimitée, et
pourtant ouverte, — posée, étudiée dans la sérénité de la spéculation, de la science, — et cependant ayant un intérêt actuel. — Pourquoi ? — Cela tient à la façon dont je conçois cette conférence. — Vous ave/ achevé vos études scolaires. Vous vous attacherez ensuite à des études spéciales : ce sera un certain emploi de la vie : car c'est ainsi que je les considère, non du point de vue des agrégations toutes seules. Entre deux un repos, un instant de recueillement. Oh ! le loisir, s'appartenir, comme cela est bon, bon pour tous ! Qu'un cours de philosophie est bien placé là, sur le seuil !... La philosophie est un élément de culture générale^ un moyen pour vous de parvenir plus sûrement à la virilité intellectuelle. Il s'agit d'être homme. Esta vir. Vous serez historien, littérateur, critique, archéologue. Très bien. J'y applaudis. Mais attendez : un moment de loisir. Consentez à des études générales encore qui feront de vous un homme cw/^iVe et un homme supérieur à ce qu'il fait, non pour dédaigner sa tâche, mais pour la faire avec un esprit plus haut ^.
Voilà donc, manifesté en termes familiers et pressants, le souci de prévenir que la philosophie ne doit pas être prise pour une spécialité comme les autres, et, du même coup, qu'elle manquerait à son rôle dans l'éducation des esprits si elle procédait par des moyens d'initiation exclusivement techniques. Que la philosophie, malgré la complication croissante des systèmes, reste en