PREFACE XV
son fond chose humaine, accessible à toute intelligence cultivée qui ne refuse pas de faire de ses ressources naturelles ou acquises un usage très attentif; que la philosophie soit destinée à étendre la lumière, au lieu de la concentrer en quelques rares foyers hors desquels il n'y aurait que ténèbres : c'est là, aux yeux de M.Ollé-Laprune, la condition inviolable de sa perpétuité. La philosophie est affaire de vie, de raison appliquée à la vie, non affaire d'école. Et malgré tout, entendue de la sorte, elle se prête merveilleusement à être enseignée.
Car elle n'est pas un simple déroulement de formules abstraites ; elle est un appel incessant à l'expérience et à la réflexion de ceux à qui elle se propose. L'organe de transmission qui lui est le mieux approprié est la parole, — la parole plus vivante et plus efficace que le livre, parce qu'elle ne laisse point d'espace vide entre celui qui enseigne et ceux qui s'instruisent, et que, ne se contentant pas d'interposer des notations à déchiffrer, elle se communique véritablement. C'est ce que faisait ressortir
M. Ollé-Laprune dans une remarque inédite :
En quel sens le discours est plus /ee/quele livre. J'entends le discours substantiel, simple, plein, où l'on se met tout entier ; et comment dans cette parole tout l'être, y compris le corps, contribue à la pensée. D'où il suit que certains hommes s'embarrassent quand ils veulent écrire; ils y ont une gaucherie particulière ; ils se guindent ou demeurent comme niais et stupides. D'autres, par contre, habitués aux artifices du livre, se perdent s'il faut parler, et ils ne peuvent plus en atteindre le naturel.
M. Ollé-Laprune était de ceux qui, sachant écrire^ et admirablement, dans une langue harmonieuse, riche en nuances et d'un tour très libre, non seulement ne se perdent point, mais se retrouvent tout entiers dès qu'il faut parler. L'aisance de sa parole représentait et complétait l'aisance souveraine de sa personne. Il ne fut jamais en parlant l'esclave d'un effet à produire, d'un procédé à employer : il était l'honnête homme qui enseigne. Malgré le soin qu'il prenait souvent de fixer par écrit de façon à l'éprouver l'essentiel de ses idées, il pouvait sans péril courir les risques de l'improvisation : il avait tellement plié sa pensée à être pleinement sincère avec elle-