PREMIÈRE PARTIE
2. 1 'homme célèbre autant par l'élévation de son I Jesprit et la grandeur de son talent que par l'excentricité de ses doctrines ; l'homme dans lequel parait se personnifier aujourd'hui toute la philosophie française, a constaté un fait de la plus grande importance. L'histoire de la philosophie à la main, il a démontré que toute philosophie purement rationnelle a, toujours et partout, eu quatre phases.
D'abord elle s'est séparée du principe religieux et de tout enseignement traditionnel.
En second lieu , elle atout examiné , tout discuté , tout essayé , pour s'assurer de la vérité et décider les principales questions, sans avoir pu y réussir.
En troisième lieu, désespérant d'arriver à la vérité par la voie du raisonnement et de la discussion , elle y a renoncé, et elle est tombée dans le scepticisme et dans l'athéisme.
Mais comme l'athéisme et le scepticisme sont des points où la philosophie ne peut pas s'arrêter sans se perdre, et la société avec elle ; pour sauver quelque chose de cet épouvantable naufrage de toute vérité, et, encore plus, pour faire illusion au monde et se faire illusion à elle-même, elle s'est jetée dans le mysticisme et dans le panthéisme.
C'est l'histoire des exploits de la raison philosophique dans tous les temps et dans tous les lieux,
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tracée de main de maître par un des plus grands panégyristes , des plus zélés défenseurs de cette même raison philosophique.
C'est-à-dire que la philosophie purement rationnelle a parcouru toujours quatre périodes : La période de la séparation de la religion, la période de la discussion, la période de la négation, et la période de la déception.
Je ne crois pas que l'on ait jamais rien dit de plus fort et de plus frappant contre la philosophie purement rationnelle, que ce que, dans ce juste aperçu, dans ce résumé fidèle, a dit un philosophe lui-même.
Car à quoi bon une science qui , en se séparant de la religion et de la foi, raisonne, cherche, se divise, discute, sans pouvoir jamais arriver à la vérité , sans pouvoir définir jamais aucune question ; qui se jette dans le scepticisme et dans l'athéisme , pour s'affubler ensuite d'un mysticisme et d'un panthéisme imposteur et funeste ?
Ainsi, vous voyez la philosophie purement rationnelle attachée au pilori, flétrie, marquée au front du stigmate de la dégradation, par un philosophe nommé et payé pour l'enseigner. Vous voyez le père , le prince de vos philosophes modernes venir, par ce tableau d'une vérité incontestable , avertir le monde qu'on ne saurait trop se hâter de fermer tous les cours de philosophie , sans en excepter le sien ; car c'est lui qui a démontré aux
plus incrédules que la philosophie, telle qu'on la conçoit de nos jours et telle qu'il l'enseigne luimême , est une science au moins inutile , vaine , éphémère , lorsqu'elle n'est pas funeste.
Il n'est pas facile , je l'avoue , de s'expliquer ce, phénomène, d'un philosophe frappant à mort la philosophie qui l'a fait tout ce qu'il est, dans un certain monde. Mais cela ne nous regarde pas : la raison philosophique n'a jamais reculé devant la contradiction ; et nous n'avons pas entrepris la tâche de la mettre d'accord avec elle-même. Qu'elle se tire d'affaire comme elle pourra ! Et quant à nous, en suivant , en observant ses propres indications , constatons à notre tour que, dans les quatre derniers siècles, la philosophie rationnelle a suivi les quatre phases qu'elle a suivies partout et toujours. Au seizième siècle, elle a fait sa séparation de l'enseignement religieux. Au dix-septième, elle s'est livrée à la discussion. Le dix-huitième siècle a été pour elle le siècle de la négation ; et le nôtre est celui de la déception.
Reprenons.
3. Vers la moitié du quinzième siècle, l'esprit chicaneur des philosophes grecs chassés à coups de pied de Constantinople par les Turcs envahit l'Europe, et plus tard, à l'aide de circonstances malheureuses, y enfanta le protestantisme, la plus vaste, la plus puissante de toutes les hérésies, et qui n'est
DANS LES TEMPS MODERNES. IO,r
autre que la raison philosophique païenne appliquée à la révélation chrétienne. Car nous avons vu que le principe constitutif de la raison philosophique païenne est ce principe de Platon : « Il ne faut admettre comme vrai que ce qui à chacun semble vrai, en étudiant la nature. » Et le protestantisme se fonde sur ce principe de Luther : « Il ne faut rien admettre comme vrai, en matière de révélation chrétienne, que ce qui semble vrai à chacun , en étudiant l'Écriture. »
Et afin qu'il soit plus certain qu'entre ces deux principes il y a un rapport naturel, essentiel, rappelez-vous qu'une feuille périodique (le Globe \y rédigée par des philosophes antichrétiens , il y a vingt ans , a dit de votre illustre Descartes , en sa qualité de restaurateur du principe fondamental de la philosophie de Platon : « Grâce à Descartes, nous sommes tous des protestants en philosophie , comme, grâce à Luther, nous sommes tous des philosophes en religion. »
Mais le protestantisme naissant trouva un adversaire redoutable dans la philosophie chrétienne , dont saint Athanase a été le fondateur, et saint Thomas celui qui l'a portée à sa plus haute perfection. Cela vous explique le mot sorti de l'école de Luther : « Otez saint Thomas, et je vous réduirai en poussière l'Église; Toile Thomam, et Ecetettom clissipabo. ) »
Ce n'est pas que l'Église de J.-C. rep