‹ La raison philosophique et la raison catholiqueChapitre 36 sur 98 · DO LA RAISON PHILOSOPHIQUE · texte numérisé non relu

DO LA RAISON PHILOSOPHIQUE

du celles que je possédais. Je ne sais plus ni d'où je suis, ni ce que je suis, ni par quoi je suis. Mon esprit est vide, mon cœur desséché, ma raison sans guide, ma conduite sans lois, mon existence sans but, ma vie sans consolations !

« Jadis je croyais, et j'étais tranquille dans ma foi. A présent que je ne crois plus et que je flotte dans le doute, je suis déchiré entre le besoin de croire,

— c'est ma nature, — et la nécessité de douter;

— c'est la triste conséquence de mes nouvelles habitudes. — Je suis pauvre, je suis malheureux, je suis une intelligence veuve de son Dieu, privée de sa vérité, déshéritée de son amour, éloignée de ses regards, étrangère à ses récompenses, indigne de ses bénédictions. Je suis un apostat de la religion, un transfuge de l'humanité. Relégué dans la région de l'erreur, dans le désert du doute, dans les ténèbres de l'ignorance, dans les ombres de la mort, cherchant la vérité partoutet ne la retrouvant nulle part, mourant du besoin du repos, du désir de la grâce, de la faim de la vérité : Famé pereo ! famé pereo !

« Affreux état! Je ne me sens pas la force d'y vivre; je tremble à la seule idée d'y mourir! Que faire donc? Ah! j'imiterai l'enfant prodigue dans son retour, comme je l'ai imité dans sa fuite. Je ferai un effort généreux. Je me lèverai du fond de ma misère, de mon abjection, et je retournerai à mon ancienne habitation, l'Église; à mon bon pèi e.

DANS LES TEMPS MODERNES. ^5l

Dieu. J'ai pu oublier que j'étais son fils, il n'aura pas oublié qu'il est mon père : Sargam, et ibo ad patreni tneum. Je lui dirai aussi : Mon père, j'ai péché à vos yeux , et en présence du ciel et de la terre ; Et dicam ei : Pater, peccavi in cœluni et corani te. Je reconnais, j'avoue que j'ai eu tous les torts de vous avoir abandonné, que j'en mérite tous les châtiments. Je reconnais, j'avoue que je me suis rendu indigne de compter parmi vos enfants, puisque je vous ai oublié comme mon père : Jani non sam dignus vocarifilius tuas. Mais je suis content que vous m'acceptiez au nombre des plus humbles, des derniers de vos serviteurs, pourvu que j'aie le bonheur d'avoir un petit coin dans votre Église, de vivre auprès de vous, d'être en votre compagnie : Fac me sicut unum de rnercenariis tais. »

20. Ah! voilà, frère en Jésus-Christ, si vous vous trouvez dans la triste condition d'avoir rejeté la foi, quitté l'Église, pour courir après les voies trompeuses et funestes d'une science sans principes, sans règles comme sans résultats ; voilà ce qu'il vous convient de penser, de dire et de faire. Une résolution sincère, un effort généreux, et vous réussirez. Le pays duquel vous devez revenir est moins éloigné, le chemin que vous devez faire est moins long que vous ne le croyez. Vous n'êtes pas aussi incrédule que vous paraissez l'être à vos

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