‹ La raison philosophique et la raison catholiqueChapitre 50 sur 98 · P.78 LA NÉCESSITÉ, L'UNIVERSALITÉ, ETC · texte numérisé non relu

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paucis vwit genus. Cette philosophie de l'orgueil et de l'idolâtrie de soi-même, loin d'avoir jamais fait le moindre effort pour chasser l'erreur et détruire l'esclavage, cacha toujours, à l'ombre du mystère, le peu de vérité dont elle se croyait en possession , et n'employa l'éloquence et le sophisme que pour faire river les chaînes de l'humanité esclave. Regardant dans son insensibilité barbare, avec un insultant mépris, la multitude, elle la voyait sans regret , et même avec un sentiment de joie féroce, devenue le misérable jouet de la tyrannie de toute superstition et de la superstition de toute tyrannie.

10. ïl en a été de même de la raison protestante dans les temps modernes. Le mot pro testants signifie des hommes qui ont protesté, ou bien qui se sont récoltés contre les traditions et les croyances catholiques, contre l'autorité de l'Église enseignant et interprétant la révélation chrétienne. Le mot protestants signifie des hommes qui ont ressuscité, pour la découverte des vérités chrétiennes, le principe funeste du libre examen, du jugement particulier, que les anciens philosophes avaient adopté pour retrouver les vérités primitives. Les docteurs protestants nous répètent tous les jours, dans leurs livres, que le protestantisme ne consiste pas dans la Confession dAugs bourg ou dans les Trente-neuf articles de l'Église anglicane, mais

dans la liberté de conscience et du jugement particulier. Le protestantisme, nous a dit l'un d'eux, plus franc et moins scrupuleux, consiste dans la liberté de croire ce quon veut et de vivre comme on croit. Or, d'après ce principe, qui forme la base de l'enseignement protestant, les chefs du protestantisme ne devraient-ils pas laisser, chez eux, tout le monde juge et maître des vérités qu'il doit croire, des devoirs qu'il doit pratiquer ? Il n'en est cependant pas ainsi. Le libre usage du jugement particulier, en matière de religion, n'est que le privilège du petit nombre. Quant à la multitude, au peuple, on croit, on dit qu'il n'est pas fait pour raisonner et décider, mais pour se soumettre et obéir. Les chefs donc des sectes en lesquelles le protestantisme est divisé à l'infini, ceux qui président à l'enseignement religieux, ont, le plus souvent, deux doctrines : l'une de caprice et l'autre d'office; Tune pour la maison, l'autre pour le temple; l'une pour leur propre avantage, l'autre pour maintenir le peuple sous le plus honteux esclavage, l'esclavage de l'erreur, A l'exemple des premiers réformateurs, qui, avec une intrépidité aussi impie que ridicule, après avoir proclamé que les saints Pères, les conciles, l'Église universelle, s'étaient trompés et n'étaient plus des guides fidèles dans les voies du salut , se donnèrent euxmêmes pour des docteurs infaillibles, se mirent eux-mêmes à la place de l'Église universelle, et

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substituèrent leur parole à sa parole, leur autorité à son autorité; à l'exemple, dis-je, de ces premiers réformateurs , les docteurs et les chefs du protestantisme de nos jours, en rejetant toute autorité pour eux-mêmes, imposent comme une loi au peuple leur autorité privée. Gardant pour eux seulement le principe : que , en matière de religion, on ne doit pas croire à la parole d'autrui, mais à l'Écriture interprétée d'après les sentiments particuliers, ils donnent aux autres comme des lois inviolables leurs jugements, leurs opinions et leurs paroles ; et , réservant pour eux seuls la doctrine du libre examen, ils prétendent que le peuple reçoive sans examen leur décision. Malheur donc à ceux qui, prenant au sérieux le principe fondamental du protestantisme , en feraient usage pour revenir à la vraie religion ! Considérés comme des apostats, ils sont regardés avec mépris, jugés avec sévérité, persécutés avec fureur.

Ainsi ces braves gens, pour lesquels ce n'est pas un crime d'abuser des Écritures Saintes pour rejeter l'autorité de la vraie Église, punissent comme un crime l'usage que quelques-uns veulent faire des mêmes Écritures pour reconnaître cette même autorité. Il leur est permis de trouver dans FÉcriture l'erreur qui n'y est pas ; il n'est pas permis aux autres d'y trouver la vérité qui y est. Il leur est permis, à eux, de se faire, l'Écriture à la main, luthériens, zwingliens, calvinistes, anglicans.

DE L ENSEIGNEMENT DF L EGLISE. S>tfl

presbytériens, anabaptistes; il n'est pas permis aux autres, sur l'autorité de la même Écriture, de se faire catholiques. Il leur est permis, à eux, de reconnaître la suprématie ecclésiastique, même dans un soldat, même dans une femme ayant le pouvoir politique; il n'est pas permis aux autres de la reconnaître dans le pape ayant la plénitude du pouvoir religieux. Il leur a été permis de se séparer de l'Église universelle pour appartenir à une Église particulière; il n'est pas permis aux autres de se séparer d'une Église particulière pour revenir à l'Église universelle!

Ah ! la raison protestante , tolérante jusqu'à l'indifférence pour toute espèce d'erreur, ce n'est que contre la vérité qu'elle est intolérante jusqu'à la cruauté : à la condition qu'on ne songe pas à se faire catholique, on permet à tout le monde de devenir antitrinitaire, quaker , méthodiste , socinien , et même athée. Que le peuple s'abrutisse toujours davantage par la perte de toute idée religieuse, de tout sentiment moral, de tout instinct propre de l'homme, et par l'imitation des instincls delà brute (1), ce n'est rien : les riches prében-

(1) « En France, (lisait naguère un lord anglais à l'on de « nos omis; en France, s'il arrivait une émeute, un poète, un « avocat pourraient la faire cesser en faisant appel aux senti- « inents d'honneur, de justice et de générosité propres à la • nation. Mais si une émeute avait lieu chez nous, on n'aurait

d'autre moyen de la dissiper que de jetPr à la populace

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dés de l'hérésie ne s'en inquiètent pas. Mais s'il fait semblant de tourner les yeux vers l'orient, et les ouvrir au soleil de l'enseignement catholique; si cette lumière divine de la vérité avance, approche, grandit pour éclairer le peuple, c'est cela qui effraye la raison protestante, la désole, la met en fureur, la fait crier « à l'envahissement du papisme ; » c'est cela qui change les plus dévots protestants en véritables hyènes contre les pauvres catholiques.

De parla raison protestante donc , ce n'est qu'à la vérité qu'il est permis d'être rebelle, ce n'est que de la vérité qu'il est permis de se passer. On ne dispute, on ne refuse au peuple qu'on domine, qu'on exploite, que la lumière de la vérité, la nourriture de l'intelligence , avec la même cruauté avec laquelle on lui refuse le pain, la nourriture du corps: car rien n'égale la misère, le dénûment, la dégradation physique du peuple dans le pays classique du protestantisme, comme rien n'égale son abrutissement moral.

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