‹ La raison philosophique et la raison catholiqueChapitre 52 sur 98 · LA. NÉCESSITÉ, L'UNIVERSALITÉ, ETC · texte numérisé non relu

LA. NÉCESSITÉ, L'UNIVERSALITÉ, ETC

s'efforce de ce côté-là, par tous les moyens possibles, de démolir dans l'esprit et dans le cœur du peuple les croyances universelles, le dogme et la morale catholiques, les seules sources pures, on le sait bien, les seules garanties solides de moralité, d'ordre, de bonheur pour tout le monde !

Dernièrement, effrayés de l'état d'ignorance, de corruption et de délire où les mauvaises lectures, dont on l'a nourrie, ont fait descendre une partie de votre peuple, vous avez jeté un cri d'alarme. Vous avez exigé qu'on s'occupât de l'instruction et de la moralisation du peuple, pour le rappeler dans les voies de l'ordre et de la vérité. Cette réclamation publique a été entendue; mais on a eu la triste idée de s'adresser pour cela à la philosophie. Eh bien ! qu'a-t-elle fait pour répondre à cet honorable appel , à cette grave et importante besogne dont on l'avait chargée? L'a-t-on vue descendre de sa hauteur jusqu'au peuple, pour le sermonner, l'instruire, l'édifier? Allons donc! de pareilles démarches sont trop modestes , trop humiliantes pour pouvoir convenir à la fierté philosophique; elle ne saurait descendre si bas. C'est le partage des prêtres, et qu'on laisse aux prêtres, non sans y mettre des entraves ou s'en montrer méfiant et alarmé. La philosophie n'a donc fait autre chose que prendre dans la poche du peuple l'argent pour égarer le peuple au lieu de l'instruire; car elle a fait réimprimer aux frais du peuple, et

de l'enseignement de e'église. 2 85

répandre parmi le peuple la Confession d'un / Vcaire savoyard, l'évangile du déisme, l'une des productions les plus pitoyables et les plus funestes du dernier siècle.

Or comment s'expliquer autrement que par une antipathie décidée, par une haine secrète et calculée des vérités chrétiennes , ce choix, cette préférence donnés, dans une circonstance pareille, à un pareil livre, sur les immortelles productions du génie chrétien des Bossuet, des Fénelon, des Pascal, si propres à éclairer l'esprit , à élever l'àme, à inspirer la foi, à persuader le devoir? La raison philosophique moderne refuse donc, elle aussi, toute connaissance de la vérité au peuple : très-active, très-empressée pour répandre au milieu du peuple les doctrines qui peuvent l'égarer et le corrompre, elle lui cache, lui dérobe, lui arrache avec une aveugle fureur les seules doctrines qui peuvent l'instruire et l'améliorer. Le peuple n'est à ses yeux que de la matière brute qu'on est dans le droit de dompter, de maîtriser, d'exploiter, de façonner à sa guise, et pour laquelle on ne saurait avoir assez de dédain et assez de mépris (1).

(1) L'histoire de la philosophie à la main, on pourrait faire un traité complet, démontrant que la philosophie rationaliste, dans tous les temps et dans tous les lieux, s'est moquée du peuple, a exploité, a méprisé le peuple. Ce traité serait curieux: il serait même extrêmement utile.

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