LA NÉCESSITÉ, LTN1 VERS ALITÉ , ETC
12. Ah! c'est que l'homme, en renonçant à la vérité, en faisant la guerre à la vérité, perd tout sentiment, tout instinct de charité, et devient cruel, barbare pour l'homme; et il n'y a que le Créateur, le Rédempteur de l'homme, le Dieu fait homme; il n'y a que les hommes que ce même Dieu a remplis de son esprit, il n'y a que l'Église catholique qui aient compassion de l'homme , et qui, prenant des entrailles de miséricorde pour l'homme, prennent soin de lui procurer, avec les secours de la charité , les lumières de la vérité.
Ainsi c'est l'Église , et l'Église seulement, qui a inventé et qui a multiplié les moyens d'instruction pour le peuple. La Sagesse divine, a dit Salomon, en prophétisant cet important et délicieux mystère de renseignement catholique; la Sagesse divine, semblable au soleil , ne se cache pas à l'ombre du mystère; elle se montre au public, et dans les campagnes comme dans les villes, dans les places comme au bout des rues, elle crie, elle fait entendre partout sa douce voix ; elle offre ses enseignements, elle révèle ses oracles à tout le monde : Sapientiaforis prcedicat, inplateis dai vocem suam ; in capite viarum clamitat, in foribus portarum urbis profert verba sua (Prov. , i, 20). Cette magnifique prophétie ne s'accomplit que dans l'Église et par l'Église.
La raison philosophique a rendu toujours difficile, je dirais presque impossible, la décou-
verte, la possession de la vérité. Elle a mis son enseignement à clés conditions que le genre humain, comme saint Thomas Ta démontré, ne peut pas remplir {Voyez à la Conférence première).
La sagesse humaine n'a jamais pensé à se donner gratuitement aux hommes. Chez les anciens, bornée aux écoles, elle n'éclairait de sa prétendue lumière, elle n'admettait à ses leçons que le petit nombred'ètres privilégiés qui avaient assez d'esprit pour les comprendre, assez d'argent pour les rétribuer. A l'école de l'austère Pythagore et du divin Platon , elle faisait payer très-cher le droit de ne rien apprendre. Loin d'avoir jamais imaginé renseignement gratuit, elle a eu soin de le restrein dre, de l'étouffer, de l'abolir là où il se trouvait établi. La philosophie de nos jours, lorsqu'elle est devenue législatrice et a voulu se substituer à la religion, a soumis à l'octroi le pain des intelligences comme les liqueurs spiritueuses; elle est même allée plus loin : elle a poursuivi comme un crime l'instruction gratuite donnée sans son mandat et en dehors de son esprit , et la punie comme une usurpation. L'instruction gratuite n'a été que la pensée et l'œuvre de l'Église.
Il n'y a que l'Église qui ait ouvert à tous les écoles de ses doctrines comme les bras de sa charité. Il n'y a que l'Église qui ait établi l'enseignement commun et public, non-seulement dans les
288 la nécessité, l'universalité, etc.,
églises et clans les villes , mais aussi dans les collèges , dans les campagnes , dans les rues publiques et dans les maisons particulières. Il n'y a que l'Église qui ait voulu instruire tout le monde, les enfants et les hommes faits, les petits et les grands, les idiots et les savants, les pauvres et les riches, les peuples barbares et les peuples civilisés. Il n'y a que l'Église qui, en matière d'instruction, n'admet aucun monopole, ne fait aucune exclusion, ne reconnaît aucun privilège, n'accorde aucune préférence, ne montre aucune partialité... Je me.trompe. L'Église a eu, elle aussi, de la partialité et de la préférence; mais savez-vous pour qui? pour les enfants, pour les petits, pour les pauvres, pour les idiots, pour ces classes d'êtres humains que la sagesse humaine néglige , repousse comme indignes de ses soins et de ses instructions. Ce sont ces classes que TÉglise a prises particulièrement à cœur, et qui lui inspirent le plus vif et le plus tendre intérêt. Depuis que Jésus-Christ, son maître, a dit : Laissez les enfants, les petits s'approcher de moi, parce que le royaume des cieux leur appartient : Sinite parvulos venire ad me; talium est cnini regnum Dei; et qu'en parlant ainsi il bénissait les enfants et les petits, les caressait, les embrassait et les pressait sur son cœur ; El complexans eos benedicebat eos (Marc, x, 16); l'enfance, la petitesse, la pauvreté sont devenues des objets vénérables et sacrés pour l'Église; elles
ont fixé son attention, attiré ses soins , partagé ses tendresses.
Elle ne s'est pas contentée de faire, de l'instruction de l'ignorant et du petit, tune des œuvres de la miséricorde chrétienne , elle en a fait une espèce de religion et une dignité ecclésiastique ; elle a établi ses écoles près des églises , et le scholasficus, chargé d'apprendre aux enfants les éléments des lettres avec ceux de la foi, était , au moyen âge, un dignitaire du chapitre qui partageait la même rétribution et les mêmes honneurs que les autres chanoines s'occupant du culte et de la louange de Dieu. Dans la pensée de l'Église, c'était une fonction également honorable, également méritoire, que d'adresser à Dieu la prière de l'homme, et de faire descendre par l'instruction, sur l'homme, sa petite créature, la lumière de Dieu.
13. En s'occupant d'une manière si touchante de l'instruction du pauvre et de l'enfant, elle n'a pas oublié le barbare et le sauvage; et ce n'a été que sa pensée à elle d'envoyer des âmes héroïques pour l'instruire, le civiliser et le rendre homme en le faisant chrétien. Et depuis sa fondation jusqu'à nos jours, il n'a jamais manqué, il ne manque pas non plus maintenant dans l'Église d'évêques, de prêtres, de religieux, de nobles vierges, de simples laïques qui, s'exilant volontairement de leurs familles, de leur patrie, à travers des mers
orageuses, d'affreux climats , des terres désolées, malgré les persécutions des gouvernements , la férocité des bêtes fauves et la barbarie d'hommes plus féroces que les bêtes, accourent partout où se trouvent des infidèles à éclairer, des ignorants à instruire , des peuples à civiliser.
Et qu'il est beau, qu'il est honorable, qu'il est consolant pour vous, Français, que ce soit la France qui se trouve en première ligne dans cette phalange de véritables héros qui répandent l'enseignement de l'Évangile par tout le monde, et lui conservent cet admirable caractère d'universalité, en l'indiquant comme répandu et établi pour tout le monde! Ah! c'est principalement par l'argent des catholiques de la France , c'est par le zèle de ses missionnaires, c'est par le dévouement sublime de ses vierges , c'est par le sang de ses martyrs que maintenant, avec la gloire du nom français, la religion et la civilisation chrétiennes font le tour du monde et conquièrent le monde. Ah! au commencement de ce siècle votre vaillante épée a conquis presque toute l'Europe. Qu'est-ce qui vous est resté de toutes ces conquêtes? rien; car de la gloire militaire vous en aviez assez depuis longtemps, et vous n'aviez pas besoin de ces derniers exploits pour faire croire à la puissance de vos armes. Ce sont les conquêtes que vous faites maintenant sur la superstition et sur la barbarie, sous l'inspiration de l'Église ; ce sont ces conquêtes ne coûtant
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une seule larme, une seule goutte de sang aux conquis; ce sont ces conquêtes aussi nobles que la culture des âmes, aussi importantes que les intérêts du ciel, aussi pures que le zèle, aussi généreuses que la charité; ce sont ces conquêtes qui vous honorent le plus, qui dureront toujours, qui attireront toujours sur votre beau pays l'admiration des hommes et les bénédictions de Dieu. France, fille aînée de l'Église, rassure-toi! Les vents emporteront les prédictions lugubres des prophètes de malheur annonçant ta chute dans la barbarie. Non , non, tu ne perdras pas la véritable religion avec la véritable civilisation, qu'au prix de tant d'efforts et de tant de sacrifices tu travailles à répandre, et à assurer à tout le monde!
14. Universel dans sa nature, parce qu'il est le seul enseignement religieux établi pour tout le monde, l'enseignement catholique est aussi universel dans son acceptation, parce qu'il est le seul enseignement religieux librement accepté par tout le monde.
Les cultes idolâtres et le mahométisme ne se sont propagés que par le glaive. Le schisme et l'hérésie, inventés par des philosophes ou par des hommes de l'Église , c'est le pouvoir laïque qui les a fait adopter. Nés de l'orgueil de l'esprit ou de la corruption du cœur, ils ne se sont établis que par la persécution , par des lois barbares , par la spo*
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liation, la potence ou le chevalet. Tous ces taux enseignements religieux n'ont pas été acceptes; ils n'ont été que subis par les peuples auxquels la brutalité de la force les a imposés. Il n'y a que l'enseignement catholique qui se soit propagé par la puissance de la parole sainte , par la prédication qu'on a docilement entendue, qu'on a crue humblement, qu'on a généreusement embrassée, et à laquelle on s'est volontairement soumis. L'Église n'a pas subjugué les peuples par la crainte, elle n'a fait que les attirer par l'amour. Ses conquêtes ne sont pas le triomphe de la force , mais le miracle de la grâce. Sa propagation n'est pas l'effet forcé de la puissance des armes, mais c'est la germination spontanée de la vertu de tous les prodiges , du prodige de toutes les vertus. L'Église n'envoie pas des flottes et des armées; elle n'envoie que des prêtres , n'ayant d'autre arme que la croix , d'autre code que l'évangile , d'autre recommandation que leur caractère, d'autres richesses que leurs vertus.
Ils prêchent, et ils trouvent dans tout le monde des âmes qui , en acceptant leur parole , deviennent librement chrétiennes. L'Église catholique seule présente l'imposant spectacle de deux à trois cents millions d'hommes, de langues, de mœurs, de culture différentes , et sous des formes diverses de gouvernements , disséminés sur tous les points de la terre, qui, réunis au centre de l'unité par le seul
de l'f\sfjg\emfxt de l'église. 2û3
lien de l'obéissance volontaire , restant toujours maîtres de s'en séparer, ne «ont catholiques que parce qu'ils veulent l'être; et qui témoignent, par la liberté de leur adhésion, que l'enseignement catholique est le seul enseignement universel, nonseulement parce qu'il est librement accepté par tout le monde, mais parce qu'il subsiste aussi par lui-même dans tout le monde.
io. Toutes les fausses religions, toutes, sans en excepter une seule, sont, à les bien considérer, moins des cultes religieux que des institutions philosophiques, greffées aux formes politiques du pays et soutenues par la raison d'État; de sorte que si l'appui du gouvernement leur manque, si la sanction des lois leur fait défaut, si la politique les abandonne, elles tombent en poussière, elles disparaissent devant l'action puissante de l'enseignement catholique. C'est la force politique qui maintient l'idolâtrie en Chine, le mahométisme à Constantinople, le luthéranisme en Prusse, le calvinisme en Angleterre, le schisme en Russie. Que cette force , tout extérieure, leur soit retirée , que l'Etat les abandonne à eux-mêmes , et vous les verriez s'écrouler comme des édifices qui n'ont pas de fondement. Tous les faux cultes, en cessant d'être officiels, ne sont plus rien. C'est pour cela qu'on les voit, ces cultes, enfantement monstrueux du délire de la raison et du désordre des plus hon-