‹ La raison philosophique et la raison catholiqueChapitre 56 sur 98 · I^S LA NÉCESSITÉ, L'UNIVERSALITÉ, ETC · texte numérisé non relu

I^S LA NÉCESSITÉ, L'UNIVERSALITÉ, ETC

celui dont l'esprit est plus humble et le cœur plus droit et plus sincère. Souvent môme l'homme du peuple, qui ne fatigue pas sa vue par la lecture, voit mieux que le naturaliste dont la vue est affaiblie par les études. Et de même le simple chrétien, étranger au vent de la présomption, dont la science gonfle bien des fois l'esprit, Scientia in- /fat (I Cor., vin , \ ), croit mieux que le savant dont parle Tertullien , auquel l'intempérance de la science a donné une indigestion d'orgueil. Ce qui a fait dire à Lactance que les hommes de lettres croient moins que les hommes sans lettres; Homines litterati minus créaient.

Mais pour le savant qui, d'après le conseil de saint Paul, ne se soucie pas de trop approfondir la science de Dieu, ni de savoir plus qu'il ne faut savoir, et qui assujettit son esprit aux lois de cette sage tempérance qui fait la santé du corps : ISon plus sapere quant oporteat sapere , secl sapère ad sobrietatem (Rom., xn, 3); pour le savant qui, avant tout, tient à la science la plus importante et la plus difficile, la science de devenir enfant par la simplicité, et petit par la soumission; pour ce savant , l'étude ne l'empêche pas de croire vite, et même de croire avec plus de mérite et avec plus de perfection.

17. Voyez ce qui arrive au premier ministre de la reine Candace de l'Ethiopie, dont il est question

dans les Actes des Apôtres {cap. vin). Il était prosélyte, c'est-à-dire du nombre de ces gentils qui avaient embrassé la religion des Juifs ; il venait d'adorer le vrai Dieu à Jérusalem ; il s'en retournait dans son pays, et, assis sur son char, il lisait Isaïe. Saint Philippe, l'un des disciples de Jésus-Christ, sur l'impulsion du Saint-Esprit, l'aborde, et lui dit : Homme, crois-tu comprendre ce que tu lis : Putasne intelligis quœ legis ? Et le bon Éthiopien répond : Seigneur, comment puis-je le comprendre, s'il n'y a quelqu'un qui me l'explique ? Ouomodo possum, si non aliqiûs ostenderit mi/ii \) ? Cette déclaration était déjà, de sa part, un désir, une prière de connaître la vérité. Il n'en fallait pas davantage. Dieu est souverainement bon, dit l'Écriture Sainte, envers ceux qui ont le cœur droit ; Quant bonus, Israël Deus, iis qui recto sunt corde ! Dieu se laisse trouver par les âmes sincères qui le cher-

(1) Voilà, dans ce passage, une preuve sans réplique de Ja nécessité de l'autorité de l'Église, du ministère doctrinal de l'Église, pour l'interprétation légitiraede l'Écriture Sainte. C'est, du reste, ce que l'apôtre saint Pierre a enseigné d'une manière encore plus claire par ces mots : <- Aucune partie de l'Écriture n'a été laissée à l'interprétation privée-, Omnis prophetia Scripturse propria interpretatione non fit (II Petr., 1, 20,. .> Aus-i, bien des docteurs protestants, pour se débarrasser de ces textes de l'Écriture si frappants.'si concluants contre la doctrine protestante de Y inspiration, du jugement privé dans l'interprétation de l'Écriture, ont pris le parti très- commode denier l'authenticité des livres sacrés où ces textes se trouvent. C'est le criminel qui nie l'existence ou l'authenticité de la loi qui le condamne !

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chent ; Bonus est Deus animas quœrenti ilhun. Saint Philippe monte sur le char de l'Éthiopien, et s'asseyant à ses côtés : « Je vais t'expliquer, lui dit-il, ce que tu ne comprends pas. » L'endroit du prophète, auquel l'Éthiopien s'était arrêté dans sa lecture, était celui-ci : « 11 sera mené au sacrifice comme un agneau ; Tamquam ovis ad occisionem dueetur. » « Eh bien , disait le prosélyte à saint Philippe, comment doit-on entendre ce passage? Le prophète parle-t-il ici de lui-même ou de quelque autre personnage; De sejnetipso dicit hoc propheta, an de aliquo alio? » Et saint Philippe, en prenant occasion de ces mots : « C'est, lui dit-il, la prophétie par laquelle Isaïe a prédit le grand événement qui vient de s'accomplir à Jérusalem. Cet agneau dont parle ici le prophète , c'est Jésus- Christ, le Fils de Dieu fait homme, le vrai Messie, le rédempteur et le sauveur du monde, qui a été, comme un agneau, entraîné à la mort qu'il a subie pour l'homme. » Et là-dessus il lui expliqua les mystères de l'incarnation, de la naissance, de la vie, de la mort, de la résurrection, de l'ascension au ciel de Jésus-Christ ; il lui parla de l'étendue de ses bienfaits, de l'excès de sa bonté, de l'obligation de ses lois, de l'abondance de sa grâce, de la nécessité et de l'efficacité du baptême et des autres sacrements : Aperiens os suum, etincipiensa Scriptura ista, evangelizavit iUi Jesum.

Le pieux prosélyte entendait ce catéchisme nou-

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veau, cette instruction sublime avec un recueillement profond, avec une joie infinie; et, au fur et à mesure que saint Philippe lui développait ces grandes vérités, il se sentait brûlant du désir de devenir chrétien. En arrêtant donc le char près d'une rivière qu'on rencontra sur le chemin : « Apôtre de Jésus-Christ, dit-il à saint Philippe avec le ton d'une sainte impatience, qui trahissait tout l'enthousiasme de ses transports , toute la vivacité de sa foi ; Apôtre de Jésus-Christ, voici de l'eau : qui t'empêche donc de me baptiser et de me faire chrétien? Ecce aqua : quid prohibe t me baptizari? Rien, dit saint Philippe, rien ne m'en empêche, pourvu que tu veuilles croire avec toute la sincérité du cœur ce que tu viens d'entendre : Si credis ex loto corde, licet. Eh oui, oui, s'écria alors l'Éthiopien, je veux croire, je crois tout; et en particulier je crois que Jésus-Christ est le Fils de Dieu et le sauveur du monde , U tique credo quia Jésus- Chris tus est Filius Dei. » Et en disant ainsi, il s'élance dans l'eau en y entraînant saint Philippe, il reçoit le baptême : Et descenderunt ambo in aquam, et baptizavit eum ; et continua son chemin, le cœur noyé dans la joie, et louant et bénissant le Seigneur de la grande miséricorde qu'il venait d'en recevoir : Et rêver tebatur magnificans De uni.

18. Voilà donc un homme qui, dans quelques quarts d'heure d'instruction d'un des ministres de

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