‹ La raison philosophique et la raison catholiqueChapitre 57 sur 98 · LA NÉCESSITE; L'UNIVERSALITÉ, ETC · texte numérisé non relu

LA NÉCESSITE; L'UNIVERSALITÉ, ETC

Jésus-Christ, a plus appris qu'il n'avait appris pendant toute sa vie aux écoles de la raison humaine , et qui dans quelques instants se trouve instruit , éclairé, croyant et chrétien. Ainsi, de longues années, d'immenses recherches, des études profondes sont nécessaires pour former le philosophe, le savant selon le monde ; quelques instants, et un peu de sincérité, d'humilité, de docilité, suffisent pour former le chrétien, le véritable philosophe, le véritable savant selon Dieu.

Aux écoles de la philosophie rationnelle, en partant du principe , Qui il ne faut admettre comme vérité naturelle que ce qui paraît à chacun une vérité naturelle; après avoir passé toute sa vie dans d'interminables disputes , on n'arrive qu'au doute. Aux écoles du protestantisme , en partant du même principe appliqué à la religion , QiCon ne doit admettre comme vérité révélée que ce qui parait à chacun une vérité révélée; après avoir épuisé son esprit en de vains examens, on ne finit qu'à l'indifférence. A l'école de l'Église seulement, en peu de temps et sans avoir besoin de chercher, de raisonner, d'examiner, de disputer, on se trouve vraiment et solidement instruit dans la science de Dieu et du salut éternel.

A l'école de l'Église, on ne demande pas de l'élévation d'esprit, mais de la sincérité du désir et de la docilité du cœur; et peu d'instants suffisent

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pour apprendre toute vérité. C'est qu'aux autres écoles on n'a que l'homme pour maître, l'homme qui ne peut apprendre aux autres ce qu'il ne sait pas lui-même; au lieu qu'a l'école de l'Église, ainsi que le prophète l'avait dit et Jésus-Christ l'a confirmé, on a pour maître Dieu lui-même : Et eruntdocibiles DeiUoan., vu, -ioj. On a pour maître le Saint-Esprit, dont Jésus-Christ a dit qu'il lui appartient et qu'il n'appartient qu'à lui d'instruire les âmes dociles de toute vérité; Cum venerit Paractitus, ipse docebit vosomnem veritatem (Joa/i^wi, 1 3 ; et Ton apprend bien, on apprend vite , dit saint Léon, tout ce qu'on apprend à l'école de Dieu même : Ubi Deus magister est, cito discitur quod docetur.

A l'école de l'Église il suffit, à la rigueur, de connaître le symbole des apôtres et vouloir le croire, les commandements de Dieu et vouloir s'y soumettre, les sacrements et vouloir en faire usage. L'âge le plus tendre, le sexe le plus faible, l'esprit le plus borné, la condition la plus pauvre, sont bons pour cela. Personne donc, à cette école divine, n'est incapable , n'est exclu du bienfait de la lumière, de renseignement de Dieu.

A cette école, on avance en s'arrêtant à la considération de son propre néant; on s'élève par l'abaissement, on grandit par la petitesse, on connaît par le désir, on comprend par la prière, on étudie sans livres, on s'instruit .^ans discussion,

3t>4 EA. JVKCI-SSITE , L'UNIVERSALITE, ETC.,

on profite sans examen, on obtient des succès d'autant plus grands qu'on est plus humble, et d'autant plus rapides qu'on est plus obéissant.

0 bonté ineffable, ô généreuse miséricorde, 6 libéralité inépuisable du Dieu rédempteur, d'avoir ainsi mis à la portée, à la disposition de tout le monde les précieux trésors de sa sagesse infinie, les secrets ineffables de sa vérité !

49. Ilestdonc démontré, mes Frères, que l'enseignement catholique est aux yeux de l'esprit ce que la lumière matérielle est aux yeux du corps; que c'est le seul enseignement nécessaire, le seul enseignement universel, le seul enseignement facile. C'est sans doute un mystère, et un grand et profond mystère, que celui d'un enseignement divin mis à de telles conditions. Mais c'est précisément ce mystère qui en forme le prix, la grandeur, l'importance, etqui en démontre la vérité et la divinité. L'homme n'a jamais mis, n'a pu jamais mettre renseignement à des conditions pareilles. Si ce sont donc celles-ci les conditions de l'enseignement de l'Église, il est manifeste que cet enseignement n'est pas de l'homme, mais de Dieu; et que la raison catholique est bien sage, est bien inspirée, de ne vouloir pas suivre les égarements de la raison philosophique, de ne vouloir pas marcher seule, mais de prendre pour guide la lumière de cet enseignement : car c'est la lampe, la lumière

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du Verbe de Dieu, qui seule peut éclairer les voies de l'homme, diriger ses pas, et en assurer le bonheur : Lucerna pedibus meis verbum tuurn , et lumen semitis meis.

C'est ce que Jésus-Christ a voulu nous inculquer, lorsqu'un jour élevant, en présence du peuple, ses yeux divins vers le ciel, il dit à haute voix au Dieu dont il est le Fils : « Mon Père, je vous confesse aussi pour le père des hommes, comme vous êtes le Seigneur du ciel et de la terre, parce que vous avez caché vos mystères aux sages, aux savants de la sagesse et du savoir humains, et que vous ne les avez révélés qu'aux petits : Confiteor tibi, Pater, Domine cash et terrœ, quia ahscondisli hœc a sapientibus et prudentibus , et révélas ti eu pa/vulis! » Et puis, se tournant vers le peuple , il se mit à crier avec la voix du cœur, et il dit : « 0 vous qui, au moyen de tant de vains efforts, de stériles recherches, poursuivez la vérité loin de Celui qui seul peut vous l'apprendre, et qui, malheureux que vous êtes, gémissez sous le lourd poids de tant de superstitions, de tant d'erreurs, triste partage de renseignement de l'homme, venez, venez à moi ; et ma doctrine, ma lumière, en éclairant votre esprit, soulagera aussi votre cœur : Venite ad me , omnes qui laboratis et onerati estis , et ego reficiam vos. Soumettez votre entendement à mes dogmes, votre volonté à mes lois, avec cette mansuétude d'esprit, avec cette hu-

milité de cœur dont je vous ai donné, en même temps, les leçons et l'exemple; et vous trouverez à mon école, à ma suite, auprès de moi et en moi, ce repos de l'esprit, cette paix de Tàme que vous cherchez en vain loin de moi; et vous vous convaincrez, par une heureuse expérience, que mon joug est doux , et que mon fardeau est léger : Toilite jugum rrœum super vos , et dis ci te a me, quia mitis surn et humilis corde, et invenietis requiem animabus vestris. Jugum enim meum suave est, et omis meum levé (JMath.^i). »

0 doctrine !ô parole! On n'avait jamais entendu une pareille doctrine; jamais n'étaient sorties de la bouche de l'homme des paroles de tant de douceur, de tant de tendresse, de tant de bonté î Ah ! c'est que lui seul est en même temps homme et Dieu. Lui seul est l'ami de Thomme, le maître de l'homme, qui peut, qui veut éclairer l'homme, instruire l'homme et le sauver!

20. Prenons donc, nies Frères, la résolution d'aller à son école, qu'il a ouverte, qu'il a établie, et à laquelle il préside dans son Église; de recevoir sa lumière, d'accueillir ses doctrines, de nous soumettre à son enseignement, si nous voulons faire cesser ces doutes, ces incertitudes de l'esprit, ces déchirements du cœur qui, en faisant notre tourment dans le temps, feraient aussi notre malheur dans l'éternité.

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Rompons vite avec les horaraes prétendant nous donner la science de Dieu, que l'homme ne peut recevoir que de Dieu même; et disonsleur, avec le Prophète : « Hommes d'illusions, lors même que vous n'êtes pas des hommes d'iniquité, je connais maintenant la nature de vos doctrines, l'esprit de votre enseignement. C'est un amas de fables, de mensonges, de sottises, que tout cela. La vérité, la certitude, la lumière ne se trouvent que dans les doctrines, dans l'enseignement de l'Église; c'est là la véritable loi de Dieu, pour la direction et le bonheur de l'homme; Narraverunt mihi iniqui fabulaliones ; sed non ut (ex tua (Psal. cxviii, 80..

Arrière donc , loin de moi les faux sages , les imposteurs, les charlatans, les comédiens de la science philosophique! Rougissez de voir que maintenant je vous connais pour ce que vous êtes, les véritables artisans de ma perte et de mes malheurs. Je ne veux pas plus de vos doctrines que de vos personnes : Avertdhtur rètrdrsum, et erubescant qui volant mihi main {Psal en .

Ah ! vous me promettez la vérité, la certitude, que vous ne pouvez pas me donner, parce que vous ne les possédez pas. Vous me demandez de croire des choses auxquelles vous ne croyez pas vous-mêmes; vous voulez me tromper, pour vous moquer ensuite de ma crédulité , pour rire de moi, comme vous riez en vous-mêmes de tous les imbé-

job LA NECESSITE, L UNIVERSALITE , ETC.,

eiles qui vous ont écoutés, de tous les insensés qui vous ont crus , de tous les niais qui vous ont pris au sérieux.

Vous voulez m'attirer à vous pour m'exploiter. Vous voulez mon adhésion , mes louanges , mes applaudissements , pour vous donner de l'importance dans le monde des frivolités; vous voulez vous servir de moi comme d'un marchepied pour monter plus haut; vous voulez grandir à mes dépens , vous élever sur ma ruine. Ce n'est donc pas mon avantage que vous cherchez, mais le vôtre ; et c'est dans l'intérêt de votre vanité , de votre gloriole devant le monde, que vous me faites du mal devant Dieu. Partez donc; je ne veux servir ni à vos amusements ni à vos passions : Abertantur retrorsum,et erubescant qui volant mîhi mala.

Oui , c'est du mal , et rien que du mal, que vous voulez me faire : vous voulez que je renonce à ma religion pour embrasser votre philosophie; vous voulez que je secoue le joug de ma foi pour m'imposer le joug de votre science; vous voulez me faire abjurer mes croyances pour me faire adopter vos délires; vous me déclarez libre pour m'attacher à votre char, pour m'asservir à votre domination ; vous voulez que je cesse d'être l'enfant de l'Église pour devenir votre disciple professant vos doctrines , votre valet endossant votre livrée , votre esclave portant vos chaînes. 0 le beau

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change que vous me proposez ! 0 le beau marché dans lequel vous voulez m'engager!

Ah! j'ai ce qu'il me faut dans la religion de vérité ; je n'ai pas besoin de vos leçons d'erreur. Je ne veux pas devenir matière à être façonnée par vos mains. Je suis content de porter en moi l'image de mon Dieu ; je ne me soucie pas que vous me formiez à votre image. Confondez-vous donc, et éloignez-vous de moi. Vous n'êtes pas des amis, mais des traîtres. Sous prétexte d'éclairer mon intelligence , vous en voulez à mon àme : Confundantur et revereantur , qui quœrunt animant meam.

Pour mieux me tromper, vous me flattez. Semblables à ces avocats imposteurs qui exagèrent les droits de leurs clients pour les engager dans des procès qui les ruinent, vous me parlez de lumières que je n'ai pas, pour me faire perdre celles que je possède. Vous m'exagérez la puissance de ma raison au préjudice de ma foi , au risque qu'en perdant comme vous la foi , je finisse par perdre aussi comme vous la raison. Vous me jouez en me louant ; vous me tuez en me caressant. Je n'ai pas d'autre regret que celui de vous avoir devinés trop tard. Mais puisque vous voyez que je comprends enfin ce que vous êtes, laissez-moi tranquille, allez-vous-en, la confusion au front, le remords dans le cœur : Avertantur statim erubescentes, qui dicunt mihi : Euge, euge.

MO LV NECESSITE, L TJTVrVRRSALITE , ETC.,

Mon Dieu , que je vous remercie de m'avoir éclairé à temps sur ma nature et sur ma condition ! Grâce à vos lumières, je ne me trompe pas sur moimême ; je sais bien ce que je suis , ce que je peux; je sais bien que, pauvre, indigent, je ne suis que faiblesse et aveuglement par moi-même. Venez donc à mon secours, et donnez-moi ce dont j'ai besoin, et que vous seul pouvez me donner, la force et la vérité : Ego vero egenus et pauper sum; Deus, ad~ juva me!

Je vous le demande ce secours , non-seulement pour moi , mais pour ceux aussi qui , égarés euxmêmes par la vaine et fausse science de ces derniers temps, ont voulu m'égarer. Ah ! ils sont bien plus malheureux que coupables. Ils sont ce qu'une éducation toute séculière , une instruction toute païenne les ont faits. Trompés eux-mêmes, il n'est pas étonnant qu'ils aient voulu tromper les autres. Victimes malheureuses eux-mêmes d'une philosophie antireligieuse, ils n'est pas étonnant qu'ils aient voulu faire d'autres victimes de cette même philosophie. Éclairez -les donc, Dieu de bonté, comme je veux être éclairé moi-même. Rappelez -les, des voies funestes où ils se sont engagés, à l'école de votre Église. Accordez -leur aussi la grâce de s'associer à tous les enfants de l'Église, afin que, dans l'unité de la même foi et du même amour, ils se consolent, ils se réjouissent en vous, Seigneur, en compagnie de tons ceux qui

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vous cherchent, qui vous suivent, qui vous écoutent, qui vous aiment comme leur Sauveur sur cette terre , pour vous louer, pour vous bénir un jour dans le ciel : Exultent et lœtentur in te omnes qui cjuœrunt te, et dicant seniper: magnificetur Dorninus , qui diligunt salutare tuum. Accordez la même grâce à tout cet auditoire chrétien ; faites que tous nous suivions la lumière de votre doctrine, et que nous nous y conformions dans le temps, afin que , selon votre parole , nous évitions l'éternité delà mort, et la mort de l'éternité : Qui sermonem meum custodierit, morte m nonvidebit in œternum. Ainsi soit-il.

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