io l'homogénéité , l'immutabilité, ^tc
que rien de ce qui est contraire à la nature ne saurait durer toujours; en tant que rien n'est plus conforme à la nature de l'homme que de subir une crise miraculeuse par laquelle il peut redevenir tout ce qu'il a été ; en tant que rien n'est plus conforme à la nature de Dieu que cette économie de providence par laquelle il sera interdit à la créature d'éluder pour toujours le dessein primitif du Créateur dans la formation de l'homme, et par laquelle la mort, qui n'est qu'un accident, sera réparée, et l'ordre primitif, l'ordre universel sera rétabli ; la résurrection des morts, tout en restant un grand et incompréhensible prodige, est tout ce qu'on peut imaginer de plus simple, de plus juste, de plus raisonnable et de plus naturel (1).
4. Il en est de même de tous les autres dogmes catholiques. Expressions des rapports entre l'homme et Dieu et entre l'homme et l'homme, ils sont pour la plupart inaccessibles à l'intelligence humaine. Pour les comprendre, il faudrait comprendre d'une manière claire et précise la nature de Dieu et la nature de l'homme, d'où ils dérivent et où ils ont
(1) « Contra naturam est animam sine corpore esse. Nihil « autem, quod est contra naturam, potest esse perpetuum. « Mors per accidens subsecuta est ; hoc autem accidens Christi « morte sublatum est. Resurrectio, quantum ad tinem , na- « turalis est (Sum. cotit. Cent. lib. iv). »
DE 1/ ENSEIGNEMENT CATHOLIQLL. 32 1
leur fondement; il faudrait comprendre ce qu'il y y a déplus incompréhensible. Car Dieu n'est parfaitement compris que par Dieu, qui se connaît parfaitement lui-même; et l'homme aussi n'est compris que par le même Dieu qui l'a créé. Nonseulement Dieu, en tant qu'Être infini, est un mystère impénétrable pour l'homme; mais l'homme aussi est un mystère impénétrable pour l'homme même. De l'incompréhensibililé de ces deux natures résulte Tincompréhensibilité des rapports naturels, nécessaires, mais intimes et cachés, dans les profondeurs de ces mêmes natures; et, par conséquent aussi, l'incompréhensibilité des dogmes catholiques, qui en sont l'expression.
Semblable donc à l'enfant qui vient de naître, Sicut modo geniti infantes (1 Pelr., n, 2), qui a le sens mais non pas la conscience des instincts de son corps, et qui connaît encore moins la manière de les apaiser, l'homme, pendant cette vie, n'a que le sens et des notions confuses des instincts de son âme, de ses rapports et de ses devoirs; mais il n'en a pas l'idée claire et distincte , et moins encore sait -il parfaitement s'en rendre compte, les formuler, et trouver par lui-même, en lui-même, les moyens d'y satisfaire. Gomme la mère seule, par l'instinct intelligent de son amour et de son dévouement, devine les besoins de son enfant et s'empresse de les satisfaire; de même Dieu seul, par la connaissance que lui seul a de
322 l'homogénéité, l immutabilité, etc.,
lui-même et de l'homme, par l'amour qu'il a pour riiomme, peut se révéler à l'homme et révéler l'homme à lui-même.
Afin donc que l'homme eût la connaissance prompte, facile, claire, distincte et sans mélange d'erreur, des rapports qui le lient à son auteur aussi bien qu'à ses semblables , rapports que , livré à luimême, il n'aurait jamais pu découvrir, et dont il ne se serait jamais douté, il a été nécessaire, ainsi que saint Thomas l'a démontré (1), que Dieu révélât à l'homme les dogmes qu'il doit croire, les devoirs qu'il doit pratiquer; qu'il lui révélât la Religion. Dans ce sens, les mystères, les dogmes, les lois, les sacrements, les institutions catholiques ayant Dieu pour auteur et pour révélateur, sont surnaturels, ineffables, divins. Mais en tant que cette religion est fondée sur la nature de Dieu et la nature de l'homme; en tant qu'elle exprime les rapports nécessaires de ces natures, ou bien des rapports souverainement élevés et parfaits, en dehors et au-dessus même de la nature, des forces, du mérite et de la condition de l'homme, mais toujours élevant, perfectionnant et déifiant en quelque manière l'homme, cette religion est aussi souverainement naturelle.
(1) Voye2 la magnifique argumentation du Docteur angélique sur ce sujet, à la Conférence Ire, $ 9.
DE l'eNSKIGJVEMENT CATHOLIQUE. 3 20
5. Car tout être ayant un principe faible et imparfait à sa naissance, à son commencement, tend naturellement à se fortifier, à se perfectionner par son développement et par sa fin. L'état où il naît, où il commence, est son état natif; mais l'état auquel il tend, auquel il s'efforce de parvenir est son état naturel-, car la perfection est l'état naturel de tout être perfectible (1). Tout ce donc qui élève l'être et le perfectionne, lors même que l'être ne peut atteindre cette perfection par des moyens purement naturels, est cependant conforme à ses tendances, à ses fins, à sanature ; lui est naturel .
Or, il n'y a pas de doute, particulièrement de nos jours où tous les faiseurs de religions nouvelles s'efforcent de les rattacher au christianisme, de les faire sortir, les faire éclore du christianisme, il n'y a pas de doute que le vrai christianisme, le christianisme complet, le christianisme parfait, le catholicisme n'élève et ne perfectionne l'homme. Car l'homme qui suit parfaitement cette religion, et y conforme toute sa vie et toutes ses opérations, est le seul homme faisant bon usage de toutes ses facultés, de toutes ses forces ; est le seul homme ne faisant jamais le mal, pratiquant toujours le bien,
(1) « Nous reconnaissons, dit Aristote, que l'état de nature « de tous les êtres est celui auquel ils parviennent par leur « progrès naturel et complet ; lllum, pro statu naturx rerum « omnium agnoscimus ad quem res naturali et complète pro- « gressu perceniunt {De Repub. lib. I, "2). »
)a.'\ l'homogénéité, l'immutabilité, etc.,
accomplissant ses devoirs envers Dieu, envers soimême, envers l'Église, envers la patrie, envers la famille, envers la société ; n'ayant aucun vice, possédant toutes les vertus; est l'homme parfait. Puis donc que tous les dogmes, toutes les lois, tous les sacrements, toutes les institutions du christianisme tendent à réformer l'homme, à l'élever, à le sanctifier, à le perfectionner, à le rendre plus heureux; dans ce sens, ils sont tous conformes à sa nature, ils sont souverainement naturels.
Les cultes idolâtres et le culte mahométan, n'ayant rien de commun avec la révélation chrétienne, n'expriment que de faux rapports entre l'homme et Dieu, et entre l'homme et l'homme. Les cultes hérétiques, en protestant contre une partie des vérités chrétiennes, n'expriment qu'une partie seulement de ces rapports, et même d'une manière fort arbitraire, fort incertaine et fort imparfaite. Les cultes purement philosophiques, rejetant entièrement la révélation chrétienne et toute religion positive, n'expriment point du tout ces rapports. Toutes les religions donc, excepté le catholicisme , sont plus ou moins hors de la nature ou contre la nature de Dieu et de l'homme , et ne sont pas et ne peuvent pas être naturels. La seule religion catholique, exprimant tous les rapports véritables devant exister entre Dieu et l'homme, et les hommes entre eux , et les précisant d'une manière claire, distincte, certaine et parfaite, est.
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par cela même, la seule religion parfaite, la seule religion naturelle.
La mère qui apprend à son enfant à marcher et à parler, lui apprend des choses qu'il ne comprend pas, et surtout qu'il ne saurait apprendre tout seul , livré à lui-même ; mais ce sont des choses très-naturelles , parce que ce sont des choses conformes à la condition de l'homme parfait, à laquelle il tend par sa nature. De même l'Église, tout en apprenant à l'homme de profonds mystères, des dogmes incompréhensibles, des lois sublimes et parfaites, qu'il n'aurait jamais su ni pu découvrir par lui-même, parce que tout cela est au-dessus de la portée de sa raison, de la faiblesse de son cœur, elle lui apprend des choses souverainement naturelles ; car ces mystères, ces dogmes, ces lois, sont la manifestation fidèle de la nature de Dieu et de la nature de l'homme, et de leurs rapports. Et l'enseignement catholique, donnant la connaissance de ces mystères , de ces dogmes, de ces lois, et des moyens de les réaliser par l'action, est, par cela même, l'enseignement le plus naturel.
6. La grâce elle-même, l'action divine, immédiate de Dieu sur l'esprit et sur le cœur de l'homme, l'effusion, l'épanchement de l'amour de Dieu sur l'homme, est un phénomène surnaturel, car il dépasse le mérite, les forces, la dignité de la nature. Mais il n'est pas contre la nature, il n'est pas en de-
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hors de la nature, ou n'ayant aucun rapport secrel, intime avec la nature de l'homme. L'état de grâce est un état auquel l'homme aspire, auquel l'homme tend, que l'homme cherche par l'instinct et le besoin de sa nature, quoiqu'il ne puisse pas l'atteindre par ses propres forces, puisque la grâce perfectionne l'homme, In virum perfectum(E ph. 3 iv, 3), l'élève, le sanctifie et le fait heureux au tant qu'il peut l'être sur cette terre. Dans ce sens, l'état de grâce lui est donc naturel; car rien n'est plus naturel à l'être et plus conforme à sa nature que tout ce en quoi il trouve son élévation, sa perfection et son bonheur. C'est ce qui a fait dire à Tertullien que l'âme humaine est naturellement chrétienne : Testimoniiini a ni ni œ naturaïiter christianœ. Eh oui , il y a dans l'esprit et dans le cœur de l'homme quelque chose d'analogue, de sympathique, dé conforme à tout ce qui est chrétien. Et cela nous explique, en quelque manière, la facilité des triomphes de la grâce de la foi sur l'homme ; la facilité avec laquelle les esprits humbles, dociles, parmi les infidèles, répondent à la parole de l'apôtre de Jésus-Christ, de l'envoyé de l'Église, d'un étranger, d'un inconnu, qui sait à peine bégayer leur langue, et est dépourvu de tous les prestiges sensibles, de toutes les ressources, de tous les moyens extérieurs par lesquels l'homme se recommande à l'homme, en impose à l'homme, et se rend maître de l'homme.
DE L-'EjVSEIGXEMEXT CATHOLIQUE $Y1
Considérez l'aimant : vous n'avez qu'à écarter tout ce qui s'interpose entre lui et le fer, et vous le voyez attirer à lui le fer, le saisir, s'y unir, se l'attacher. De même la grâce de la foi, annexée à la parole de l'apotre chrétien, en éclairant l'homme docile à son action, en le sanctifiant, en l'élevant au-dessus de lui-même, écarte les empêchements des ténèbres, de l'orgueil, des passions qui s'interposent entre l'homme et la vérité; et l'homme, rendu par là à la liberté de ses instincts, de ses tendances, de ses inclinations, saisit à l'instant la vérité, s'y unit, se l'attache, s'y repose comme sur quelque chose qui contente, qui apaise , qui satisfait tous les besoins de son esprit et de son cœur; comme sur quelque chose qui est dans sa nature, qui est conforme à sa nature, qui est dans les exigences de sa nature , mais qui manque à sa nature ; Testimonium animée naturaliter cliristianœ.
Saint Thomas a défini la vérité : « L'équation « entre l'entendement et la chose, /Equatio rei et » intelleclus. » Belle et magnifique définition. « On « dirait, s'écrie là-dessus un philosophe chrétien « (M. de Maistre), que la vérité s'est définie elle- « même. » Mais cette définition de la vérité en général, c'est aux vérités catholiques qu'elle convient d'une manière toute particulière. Ce sont ces vérités qui établissent une véritable équation entre l'esprit de l'homme et elles-mêmes. Ce sont ces vérités qui, reçues par l'homme, acceptées par
3a8 l'hotvfogknkité, l'
l'homme, contentent l'homme, le mettent en harmonie avec Dieu, avec les autre hommes, avec luimême, et obtiennent sans effort toutes ses sympathies et toutes ses affections ; /Equatio rei et intelle dus.
7. Rappelez-vous cette sourde-muette dont naguère ont parlé vos papiers publics. Orpheline de sa mère depuis son enfance , et livrée à la merci d'un père voltairien et haïssant le christianisme , elle avait été élevée dans un éloignement absolu de l'Église, du prêtre, dans la plus complète ignorance de la religion. Heureusement on lui avait appris à lire. De sorte que le plus important des livres après l'Évangile, un catéchisme catholique étant tombé sous sa main , elle put le parcourir tout entier. Eh bien, rien que cette lecture lui suffit pour connaître la vérité de la religion catholique, pour la saisir, s'en pénétrer et l'aimer. La voilà à genoux aux pieds de son père, lui demandant, par des cris perçants, qu'on la menât à l'église , où elle n'avait jamais mis le pied. Cette grâce lui ayant enfin été accordée , aucune parole humaine ne saurait rendre les mouvements, les signes, les transports d'enthousiasme, de joie et de bonheur auxquels elle se livra en regardant pour la première fois l'image de Jésus-Christ crucifié. Tantôt elle se prosterne, le front sur la terre, et l'adore; tantôt par des regards affectueux elle paraît lui envoyer son cœur; tantôt
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elle lui tend les bras, et, les croisant ensuite sur sa poitrine, l'embrasse de loin et de loin le presse sur son sein. Ses yeux tantôt témoignent l'allégresse, tantôt la douleur. Toute sa personne est hors d'ellemême, tous ses mouvements expriment le désordre. On aurait dit : « Elle est folle , elle est ivre. » Eh oui , oui, c'était tout cela; mais c'était la sainte folie de la croix, l'ineffable ivresse de l'amour!
Elle demande et elle obtient d'emporter chez elle cette Image sacrée , et là elle renouvelle ses vifs transports pour l'Amour crucifié, et s'y livre tout entière. Rien ne peut lui faire oublier ni quitter pour un instant cet auguste symbole de la charité du Fils de Dieu mourant pour l'homme. Pendant le jour, le tenant toujours dans ses mains, tantôt elle tombe devant lui à genoux pour l'adorer , tantôt lui imprime des baisers d'amour, tantôt le presse étroitement sur son cœur; et pendant la nuit, le plaçant à son côté dans son lit, elle dort en l'aimant et l'aime en dormant. C'est l'histoire de l'épouse des Cantiques , où ces échanges de dévouement et d'amour entre le Christ et l'âme chrétienne ont été prédits et formulés dans un style mystérieux et divin.
Témoin de ces scènes si touchantes, le père de cette noble créature , en réfléchissant sérieusement là-dessus, se dit : « Il est impossible qu'une religion qui, à peine connue, saisit d'une telle manière l'esprit et le cœur de l'homme, et s'en
Vin l'hom ogénéité , l'immutabilité, etc.,
fait tellement aimer, ne soit pas la religion sympathique à l'homme, la religion naturelle à l'homme, et, parla même, l'unique vraie religion. Voilà donc moi aussi que j'y crois; me voilà moi aussi chrétien ! » Heureuse enfant qui, en donnant la foi à celui qui lui avait donné la vie, est devenue la mère selon la grâce de celui qui était son père selon la nature, et nous a laissé une nouvelle preuve, sans réplique, que l'enseignement catholique est aussi naturel aux yeux de l'esprit que la lumière l'est aux yeux du corps.
8. Mais la lumière est aussi immuable. La lumière est la seule créature qui ne change jamais , qui ne s'use jamais, qui ne vieillit jamais. Voilà six mille ans qu'elle a été créée, et pendant si longtemps elle a été toujours la môme. On ne peut pas dire que les hommes aient vu à l'aide d'une lumière dans un temps, et à l'aide d'une tout autre lumière dans un autre. Les premiers humains ont joui de la même lumière que nous, qui leur succédons après soixante siècles. La lumière d'aujourd'hui est exactement la même lumière qui brilla à l'origine du monde. Il en est de même de l'enseignement catholique.
Dieu n'est Dieu, dit l'Écriture sainte, qu'en tant qu'il ne change jamais : Ego Dominas, et non mufor ' Ma hic, m, 6). Tout dépérit dans la nature sensible; les cieux eux-mêmes périront. Dieu seul est
DE l/FX^riGXFMKXT CATHOLIQUE. 33 1
toujours ce qu'il est; lp$i perilmnt, tu autem permanebis (Hebr., i, 11). Les cieux, avec tous les grands corps qui les embellissent, changent toujours, vieillissent comme les vêtements de l'homme. Dieu même change cet ornement de sa gloire extérieure, comme on change d'habit. Lui seul est toujours le même, et ne vieillit jamais. L'immutabilité est l'un des attributs propres à Dieu; Qrnnes sicul vestimentum veterascenl, et velut amiclum mutabis eos , et mutabuntur. Tu autem ipse es, et a/mi tui non déficient ( Ibid.). L'enseignement catholique partage cet attribut de Dieu; c'est le seul enseignement religieux qui ne change jamais, qui ne s'use jamais, qui ne vieillit jamais. Voilà deux mille ans qu'il a été établi dans le monde, et pendant tout ce temps il a été toujours le même. On ne peut pas dire que les vrais chrétiens aient cru une chose dans un temps, et une autre chose dans un autre. Les premiers chrétiens ont eu la même foi que nous avons, nous qui leur succédons après vingt siècles. La foi chrétienne est aujourd'hui exactement la même que la foi de l'origine du christianisme, et même, en quelque manière, de l'origine du monde.
9. Nous avons vu [Gonfér. Il , § o que toutes les religions , hors la religion véritable , se résument dans ces deux catégories : les religions sensuelles
33a l'homogénéité, l immutabilité , etc.,
(idolâtrie, mahométisme) et les religions de l'orgueil (hérésies, protestantisme).
Les religions sensuelles sont , il est vrai , toujours les mêmes ; mais leur immutabilité n'est que l'immutabilité de la mort. C'est l'absence de tout mouvement, de tout progrès; c'est l'immutabilité et la durée, sans la variété et la vie.
Les religions de V orgueil changent toujours, ont du mouvement; mais c'est le mouvement de la corruption, delà décomposition, delà destruction ; c'est la variété et une vie factice , sans l'immutabilité et la durée.
Il n'y a que la religion catholique qui unisse dans son enseignement la variété et l'immutabilité, la durée et la vie.
Elle a la variété, parce qu'elle n'est pas dans un seul État , chez un seul peuple vivant sous un seul gouvernement, comme le sont à peu près toutes les fausses religions. Elle est dans tous les États, chez tous les peuples vivant sous des gouvernements divers. Elle est la seule qui, comme nous l'avons remarqué (Conf.précécL), parle toutes les langues, habite tous les climats, s'allie à toutes les conditions si différentes des peuples. Elle est la seule qui ait passé par les mains, par la bouche d'innombrables pontifes contemporains ou se succédant les uns aux autres, réunis ou dispersés, si différents par leur nationalité, leur langage, leur talent, leur science, leur tempérament, leur mo-
ralité, leurs vertus. Elle a la vie, parce qu'elle excite et maintient le mouvement de la science, du développement, du progrès, qui tue toutes les autres religions, et qui est, au contraire, pour elle Tune des conditions de son existence, Tune des preuves de sa force et de sa fécondité.
Mais, malgré une si étonnante variété et le mouvement d'une pareille vie, elle est la seule qui ait conservé et conserve encore l'uniformité, l'immutabilité de son enseignement. Pendant bientôt deux mille ans, de la bouche de ses ministres sont sortis et sortent toujours les mêmes dogmes, les mêmes lois qui sont sortis de la bouche de Jésus- Christ et des apôtres. Les deux cent trente pontifes qui se sont succédé sur la chaire desaintPierre, en parlant à l'Église, comme la bouche de l'Église, au nom de l'Église, n'ont cependant enseigné que les mêmes doctrines dans l'Église, ont condamné les mêmes vices , flétri les mêmes erreurs. Les peuples si différents qui leur ont été et leur sont soumis, ont toujours cru et croient toujours les mêmes mystères, pratiquent le mêine culte, remplissent les mêmes devoirs. Le même symbole catholique est confessé dans plusieurs milliers de langues différentes , comme dans différents rites est offert le même sacrifice. Oh ! qu'il est beau de penser que l'enseignement de notre religion, l'enseignement catholique, est le seul enseignement religieux qui ne se ressepi pas de la mutabilité propre
334 L'HOMOGENEITE, i/lMMUTABlLlTÉ , ETC.,
de l'homme, et qu'il partage l'immutabilité de Dieu!
10. De l'immutabilité de la lumière naît son incorruptibilité. La lumière est la seule créature sensible qui ne se corrompt jamais. La lumière ne se détériore jamais par la longueur du temps, ne s'altère jamais par l'extension de l'espace , ne se souille jamais par impureté des milieux. L'eau, l'air s'imprègnent des miasmes qui s'exhalent des corps corrompus qu'ils touchent, des endroits infects qu'ils traversent. La lumière seule, en traversant ces mêmes endroits, en touchant ces mêmes corps, n'en est point viciée; elle les désinfecte même par sa chaleur, loin d'être atteinte par leur corruption. Voilà six mille ans qu'elle a été créée; et, aujourd'hui encore, elle brille aussi vive, aussi pure, aussi vierge qu'elle brilla au jour qui la vit naître.
Il en est exactement de même de l'enseignement catholique. Par cela même que lui aussi est immuable, il est aussi le seul enseignement religieux incorruptible. Deux mille ans sont passés sur lui, et rien n'a pu l'altérer, n'a pu le corrompre. Les blasphèmes de tant d'impies n'ont pu le ternir ; les objections de tant de philosophes n'ont pu l'offusquer ; les erreurs de tant d'hérétiques n'ont pu le fausser ; les vices de tant de mauvais catholiques n'ont pu l'entacher. Confié à des mains
WÊÊÊÊÊ
quelquefois bien sales, sortant de bouches quelquefois bien impures , au milieu de peuples quelquefois bien corrompus , il n'a jamais rien perdu de sa blancheur, de son intégrité. Au lieu de contracter leurs souillures, il les a même purifiés par sa chaleur divine. Depuis vingt siècles il rayonne dans le monde avec la même vivacité, la même pureté, la même virginité dont il rayonna aux jours où il fut révélé.
Car qu'est-ce que nous atteste l'histoire de renseignement catholique? Elle nous atteste que de la bouche de tant de pontifes qui s'en sont transmis le dépôt que Dieu leur avait confié, de la bouche de tant de pontifes qui se sont succédé sur le siège de saint Pierre et sur les sièges particuliers unis au siège de saint Pierre, n'est jamais tombée une seule parole erronée capable d'en altérer la simplicité primitive.
Or ce fait si frappant, si extraordinaire, si inouï, mais si certain, ce fait unique dans l'histoire des doctrines professées, enseignées par les hommes : que des hommes soumis aux mêmes hallucinations, aux mêmes surprises de la raison, aux mêmes faiblesses, aux mêmes transports des mauvaises inclinations que le reste des hommes , au milieu du choc de tant d'opinions, du combat de tant d'intérêts, du contraste de tant de passions, n'aient cependant jamais enseigné , dans la suite de tant de siècles , rien de contraire à la morale ou
336 l'homogénéité, l'j3imutabilité, etc.,
à la vérité ; ce prodige du Dieu rédempteur conservant toujours inaltérée dans son Église, pendant deux mille ans, la lumière spirituelle de sa doctrine, est bien autrement grand et étonnant, aux yeux de ceux qui savent l'apprécier, que le prodige du Dieu créateur conservant toujours pure, pendant soixante siècles, dans l'univers, la lumière matérielle.
M. 0 prodige vraiment grand et étonnant! Tachons cependant de nous l'expliquer. La lumière matérielle, d'après la belle pensée de saint Ambroise, n'est que le reflet du visage du Dieu créateur : Deus vidit lucem , et vultu suo illuminant (Examer.). Or, de même la lumière spirituelle de la science de Dieu, qui rayonne avec tant de clarté dans l'Église et par l'Église, n'est, nous dit saint Paul , que le reflet du visage de Jésus- Christ, du Dieu rédempteur; Ad illumina lion a a scientiœ claritatis Dei in facie Chrisli Jesu (II Cor., îv, 6). Le Père éternel est dans le Verbe, comme le Verbe est dans le Père : Pater in me est, et ego in Pâtre (Joan., xiv, iiy.LePère donc en regardant son Verbe s'y copie parfaitement luimême; et c'est pour cela que ce Verbe s'appelle la splendeur de la gloire et l'image de la substance de Dieu : Splendor gloriœ et imago substanliœ ipsius (Hébr.yX, 3). De même ce Verbe divin fait homme Cbt dans TÉglise comme l'Église est en lui : Ecce ego
vobiscum sum usque ad consummationem seculi (Matth.). En regardant donc l'Église, il s'y copie lui-même. Et c'est pour cela que TÉglise s'appelle la femme mystérieuse qui, habillée du soleil comme d'une robe, fait voir en elle-même le vrai soleil de justice, Jésus-Christ: Mulier amictasole {Apoc, xii, 1). C'est pour cela qu'il est dit aussi de l'Église : qu'elle est la ville unique qui n'a pas besoin du soleil ou de la lune matériels pour y voir, c'est-à-dire de la lumière de la science ou du raisonnement humains pour savoir; parce que sa lampe, son soleil est l'Agneau divin : Cwitasnon egetsole neque luna. Lucerna enim ejus estJgnus(Iôid.,xxi, 23;. Comme donc le Père éternel n'est connu que par son Verbe, et par ceux à qui il veut bien se manifester par sa révélation ; Nemo novit Pâtre ni nisi Fi II us et cui voluerit Filius,revelare( Matth.xi, 27,1 1); demême Jésus-Christ, et en lui son Père, n'est connu que par l'Église et par ceux à qui l'Église l'apprend par sa prédication : Sacramentum absconditum... ut innotescal.. . per Ecclesiam ( Ephes. , m , 10). Et pourquoi ? Parce que comme le Dieu créateur, toujours présent dans le monde de la création, y maintient toujours pure et inaltérable, par le rayonnement mystérieux de son visage, la lumière matérielle, comme au premier instant où il la créa; Deus vidit iucem, et vu/tu suo illuminant; de même le Dieu rédempteur, toujours présent dans le monde de la rédemption , dans l'Église, y maintient tou-
338 l'homogénéité, l'immutabilité, ltc.,
jours pure et inaltérable, parla réverbération mystérieuse de sa face , la lumière spirituelle de la science de Dieu et du salut éternel , comme aux jours où il la révéla ; Ad illuminationem scientiœ claritatis Dei , in /acte Christi Jesu.
12. Vous comprenez par là , mes Frères, autant qu'il est possible de le comprendre, le mystère de l'infaillibilité de l'enseignement de l'Église. L'infaillibilité de l'Église n'est pas l'infaillibilité de l'homme, mais l'infaillibilité de Dieu , présent dans l'Église, éclairant l'Église , inspirant , instruisant l'Église , afin qu'elle ne puisse tromper le monde lorsqu'elle éclaire à son tour, inspire et instruit le monde. C'est le Dieu qui ne trompe pas , qui ne peut pas tromper, disant toujours à Pierre, aux pasteurs de l'Église : « Je suis avec vous , afin que votre foi ne fasse jamais défaut. Je suis à côté de vous. Vous ne m'y voyez pas ; mais je n'en suis pas moins là pour prévenir tous les écarts de votre esprit et de votre cœur, en matière de religion. Ce n'est pas tant par égard pour vous que je fais cela ; mais par égard pour le troupeau que je vous ai confié, que vous devez nourrir dans les pâturages de la doctrine , et conduire, par les voies de la vertu et par la lumière delà vérité, au bercail du salut éternel. C'est par égard pour moi ; il m'appartient , il est dans l'intérêt de ma gloire à moi, et de mon amour pour l'homme, de veiller afin que vous ne soyez pas in-
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fidèles au dépôt que je vous ai confié dans l'intérêt de l'homme. C'est moi-même donc qui garderai en vous ce qui vous vient de moi, et n'est pas moins à moi parce que je l'ai déposé dans vos mains. Ainsi votre parole est toujours ma parole, votre lumière est toujours ma lumière ; Lucerna ejus est Agnus. »
Croire donc à l'enseignement de l'Église n'est pas croire à un homme , à des hommes réunis , mais à Dieu qui parle en elle et par elle.
Pendant que je vous parle, moi, dans ce moment, vous ne voyez eu moi qu'un corps, vous n'entendez qu'une voix, des mots et des sons matériels sortant de ma bouche. Mais si je parviens à vous convaincre, à gagner votre assentiment à ma prédication, à ma parole, est-ce à mon corps, est-ce à ma bouche , est-ce à ma voix que vous croirez ? Certainement non. Vous croirez à ma pensée, à ma raison , à la doctrine , à la lumière que vous supposez en moi , et au dévouement dont je suis pénétré pour vous. Vous croirez à ce qui se passe dans mon âme, que vous ne voyez pas, et que vous croyez présente dans le corps que vous voyez.
Jésus-Christ est l'âme et l'esprit de l'Église. L'Église, d'après saint Paul, est le corps de Jésus- Christ. Lorsqu'elle nous parle donc, et que nous croyons à sa parole , ce n'est pas à des hommes faillibles comme nous , pécheurs comme nous , à
34o L*H0M0GÉNÉITÉ , ^IMMUTABILITE, ETC.,
des hommes que nous voyons , que nous donnons notreassentiment; mais c'est à l'esprit qui les anime, les informe, les fait parler; et cet esprit est Jésus- Christ, que nous ne voyons pas, mais qui, puisqu'il l'a dit, est en eux et avec eux , et parle par eux ; Qui vos audit, me audit (Luc, x, 16). Ecce ego vobiscum sum usque ad consummationem seculi.
Dire donc : « Je crois à l'Église, c'est dire, je crois à la parole de Dieu sur le témoignage d'une autorité que Dieu même rend infaillible par sa présence, par son inspiration , » c'est dire : « Je crois à Dieu, et la véracité de Dieu, et l'infaillibilité de Dieu, et l'amour de Dieu, sont, en dernière analyse, le vrai motif, le fondement de ma foi. »
Quant à celui qui repousse l'enseignement de l'Église, la parole de l'Église, la lumièrede l'Église, c'est l'enseignement de Dieu , la parole de Dieu , la lumière de Dieu qu'il repousse ; c'est-à-dire qu'il éteint de sa main sacrilège et insensée l'unique flambeau qui puisse éclairer les pas de l'homme marchant dans le désert obscur de ce monde : Lucerna pedibus meis Verbum tuum. Lucerna in caliginoso loco. Dans cet état, il croit voir, tandis qu'il ne voit rien et ne peut rien voir, comme dans un rêve on croit voir ce qu'on ne voit pas. Il s'étourdit, il délire, il blasphème; il ne connaît plus ni Dieu ni lui-même : il ne comprend plus rien. La prétendue vie de sa raison n'est en réalité que mort ; de même que , d'après la grande parole
de Jésus-Christ, sa lumière n'est que ténèbres; Fide ne lumen quod in te est tenebvœ sinl {Luc, xi, 3o). Il s'assoit donc dans les ténèbres et dans les ombres de la mort : In tenebris et in wnbvu mort/s seclent (Ibid., i, 79). 11 s'y plonge, il s'y ensevelit dans ces ombres, dans ces ténèbres, dans ces cécités pénales, comme les appelle Tertullien, Pœnnles cœciicites, parce qu'elles sont en même temps et le crime et le châtiment de l'orgueil humain qui se les est créées. Il devient même , d'après un énergique mot de saint Paul, tout ténèbres, les ténèbres personnifiées, vivantes, ne répandant autour de lui que ténèbres, les ténèbres de Satan : tout comme le vrai catholique devient tout lumière , la lumière personnifiée et vivante , répandant autour de lui la lumière, la lumière de Jésus-Christ : Eratis aliquando tenebvœ, nunc autem lux in Domino ^Ep/ies., v, 8 j jusqu'à ce que ces horribles ténèbres de son esprit et de son cœur, ténèbres intérieures et guérissables pendant cette vie , se changent, d'après la menace de l'Évangile, en ténèbres extérieures et inguérissables dans la vie à venir, qui l'envelopperont tout entier, et deviendront pour lui la matière et la cause de pleurs incessants, d'immortels remords et d'éternelles douleurs : Mittite eutn in tenebras exlevioves. Ibi erit fletus et stridor denhum ( Matth . , xxn, 13). Et vermis eorum non moritur \Mavc. , tx, 43).
Mais laissons ses secrets à l'enfer; et, au lieu de nous attrister par de si effrayantes idées , conti-
3/\2 l'homogénéité, l'immutabilité, etc.,
nuons à nous réjouir des ineffables caractères de l'enseignement catholique, qui fait notre richesse et notre bonheur; et voyons comment, seul naturel, immuable, incorruptible, il est aussi le seul enseignement religieux qui soit complet , fidèle et certain. C'est le sujet de ma seconde partie.
SECONDE PARTIE
13. À défaut de la lumière naturelle, l'homme jl\.sl réussi à se créer, par mille différents moyens, la lumière artificielle. Mais cette lumière de fabrique humaine ne s'étend qu'à de très-courtes distances, elle n'éclaire qu'un petit nombre d'objets, tandis qu'à l'aide de la lumière naturelle du soleil on voit une infinité prodigieuse d'objets à d'immenses distances. C'est ce qui arrive aussi dans Tordre intellectuel. A défaut de l'enseignement divin, de la révélation positive du Verbe offerte par l'Église, qu'on perd bien souvent en la repoussant , et qui est la vraie lumière propre et naturelle de l'intelligence humaine, on se forme une lumière artificielle par la réflexion et le raisonnement.
Mais cette lumière , lorsqu'il s'agit des choses de la religion et de Dieu , est très-faible , et ne saurait saisir qu'un très-petit nombre de vérités : Ratio hiimana in rébus divinis est multuin défi-
DE LENSEIGNEMENT CATHOLIQUE. 343
tiens, a dit saint Thomas. En preuve de quoi le même saint docteur a remarqué , ainsi que nous l'avons vu déjà , que les philosophes qui , par la lumière de la raison, sont parvenus à reconnaître un Dieu unique , ont été bien loin d'en atteindre tous les attributs, et de le reconnaître pour l'être tel qu'il soit impossible de penser rien de plus parfait; Non omnibus dicentibus Deiun esse, Deus est ici quo nihil perfec lias cogitari potest. Il en est de même par rapport à l'àme.
L'immortalité de l'âme, comme nous l'avons vu aussi , pour ceux même qui l'ont admise , n'est , d'après Cicéron , qu'une permanence plus ou moins longue de l'àme après la mort : Permanere animos putamus ; et non pas une connaissance exacte du véritable état de l'àme après la dissolution du corps. Mais la lumière de l'enseignement de la religion, dont le foyer est dans l'Église, en éclairant l'objet le plus haut, Dieu; l'objet le plus obscur, Thomme, nous les fait connaître entièrement dans toutes leurs propriétés, dans tous leurs rapports. C'est-à-dire quel'enseignement catholique est complet.
Hors de l'Église, avec de longues éludes, on finit ordinairement par ne rien savoir en matière de religion ; on finit par le doute, par l'indifférence, par l'incrédulité. Par l'enseignement catholique seulement, l'enfant sachant son catéchisme connaît, en quelques jours, le Dieu véritable, le
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Dieu unique, le Dieu créateur du ciel et de la terre, le Dieu un dans sa nature, trine dans ses personnes. Jl connaît l'incarnation du Verbe, sa vie, sa mort , sa résurrection , le prix infini de son sacrifice, l'économie de sa grâce, l'efficacité de ses sacrements, l'étendue de ses promesses. Il connaît l'homme et son origine , sa chute, sa réhabilitation et sa dernière destinée. Ilconnaîtle bonheur du juste pendant cette vie et ses récompenses après sa mort, aussi bien que la misère et le châtiment du coupable dans le temps et dans l'éternité. Il connaît ses devoirs envers Dieu , envers son prochain, envers soi-même. Il sait bien croire, bien espérer, bien aimer, bien vivre, bien mourir et se sauver. 11 sait tout ce qu'il lui faut savoir; il n'a plus besoin d'antre science, d'autre enseignement, d'autres maîtres. Il est éclairé de la lumière même de Dieu, comme il est fort de sa grâce, en attendant d'être heureux de sa félicité.
44. Une autre condition de la lumière naturelleest d'être la seule lumière fidèle. La lumière artificielle est souvent trompeuse ; elle altère les traits , les formes et les couleurs des objets. Il n'y a que la grande lumière du jour, la lumière naturelle, qui les présente et les fait voir dans leurs véritables formes , sous leurs véritables traits, sous leurs couleurs véritables. C'est pour cela que, lorsqu'il s'agit de certains objets, on désespère de les bien
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connaître à l'aide de la lumière artificielle pendant la nuit , et l'on se dit : « Il faut voir cela à la lumière du jour. » C'est aussi la figure de ce qui a lieu dans l'ordre de la connaissance par rapport à la religion. Le seul enseignement catholique est fidèle, parce que c'est le seul s'appuyant sur le témoignage de Dieu, qui est fidèle, et donne la véritable sagesse même aux enfants; Testimonium Do/ni ni fiaele, sapienliam prœstans parvulis {Psal. xvin , 8 .
La lumière du soleil dans le monde se reflétant sur les objets, et des objets sur les yeux, nous les fait exactement connaître pour ce qu'ils sont, tels qu'ils sont en eux-mêmes. De même, dans l'Église, la lumière divine de Jésus-Christ, le véritable soleil de justice, l'Orient apparu d'en haut, se reflétant sur les grands objets sur lesquels l'Église appelle notre attention , «Dieu, l'homme, la société, a et de ces objets sur les yeux des fidèles, les leur fait voir dans la vérité de leur nature, dans la sublime harmonie de leurs rapports, dans l'importance de leur liaison, dans le but de leur destinée.
La lumière artificielle de l'investigation et du raisonnement humain le plus souvent est trompeuse, et l'erreur s'y trouve mêlée à la vérité ; Investiralioni rationis humanœ plerumque fahitas admis* cetur, a dit encore saint Thomas, qui en a conclu à la nécessité que les choses divines fussent révélées par la foi, la seule lumière sincère et
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fidèle qui puisse les faire connaître sans mélange d'erreurs : Et ideo necesse fuit ut ea pcrnwdum fidei traderentur. Nous avons vu, en effet, dans quelles déplorables erreurs la raison philosophique ancienne et moderne est tombée touchant même les premières vérités de la religion.
Nous avons vu que cette raison non-seulement n'est jamais parvenue à la vérité complète, mais qu'elle n'a pu atteindre non plus à la vérité pure; qu'il n'y a pas de vérité dont la raison n'ait fait une erreur, pas d'erreur dont elle n'ait fait une vérité, comme il n'y a pas une vertu qu'elle n'ait présentée comme un vice, et pas de vice qu'elle n'ait érigé en vertu. Il n'y a que la lumière de l'enseignement catholique qui nous fasse connaître toutes les vérités religieuses sans la moindre altération, et les grandes choses qui en sont le sujet dans toute leur vérité. L'enseignement catholique seul est fidèle, parce que lui seul est vérité et toute vérité.
Comme l'on ne voit bien que par la lumière naturelle et non par la lumière artificielle , de même ce n'est pas par le raisonnement, mais par la foi, ce n'est pas par la philosophie, mais par la religion, ce n'est pas par les vaines doctrines de l'homme, mais par la lumière de Dieu, dont est dépositaire l'Église, que l'homme connaît les choses qu'il doit connaître, telles qu'elles sont réellement en ellesmêmes. Sans cette lumière, qui sort de l'Église,
on ne connaît rien de vrai, comme on ne fait rien de véritablement vertueux et méritoire pour la vie éternelle hors de la grâce que dispense l'Église. Il faut que celui qui cherche la vérité, comme celui qui veut pratiquer la vertu, vienne puiser à ce foyer divin de l'Église. Hors de là tout est ténèbres et péché, tout est vice ou erreur. Toute lumière qui ne se réfléchit pas de ce flambeau est fausse; toute vertu qui ne germe pas de cette vérité est factice. Jésus-Christ a dit : « Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde; Quamdiu sum in mundo, ego lux sum mundi (Joan., îx, 5); » et le lieu du monde où il se trouve c'est l'Église, que, par cette même raison , saint Paul appelle la colonne et le boulevard de la vérité : Columna et firmamentum veritatis (I Tîm.9 m, 15).
15. Voyez, en particulier, cette admirable économie de l'enseignement catholique par rapport à la première de toutes les vérités, l'existence et la nature de Dieu.
Le Sauveur du monde, en parlant à la femme de Samarie : « Vous autres Samaritains, lui disait-il, en vous séparant de la Svnagogue, avez altéré les traditions et les croyances de l'ancienne révélation, dont la Synagogue est la dépositaire fidèle. Le vrai Dieu, vous ne le connaissez plus. Nous autres Juifs seuls en avons conservé l'idée et le culte dans toute sa vérité; Vos adoratis quod
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nescitis ; nos quod scimus adoramus ( Joan. , ix, 22). »
Or, par ces graves paroles, Jésus-Christ, dit Origène, a prophétisé que tous les hérétiques aussi, en se séparant de l'Église, altéreraient les traditions et les croyances de la révélation nouvelle, gardée fidèlement par l'Église; et que dans l'Église seulement se conserverait toute pure la notion du vrai Dieu et de l'adoration véritable qui lui est due ; Dixit hoc de Ecclesia in qua est adoralio Dei et Deo congrua (hiomil. in Joan.).
En effet, comme les Samaritains en se séparant de Jérusalem, tout en se vantant d'adorer Dieu selon le rit des anciens patriarches, n'avaient fait qu'en détruire la véritable idée avec le véritable culte; de même les hérétiques en se séparant de Rome, tout en se vantant d'avoir réformé le christianisme et de l'avoir rappelé à la simplicité des temps des apôtres, ont, dit Théophilacte, plus ou moins profondément altéré chez eux l'idée de Dieu, de Jésus-Christ, et détruit la vraie religion ; Multi putant Deum adorare, non reetam de Deo notioneni hab entes , sicut hœretici {In Joan.).
Toute hérésie n'est au fond qu'une altération de la notion de Dieu, du médiateur, et de l'économie de sa grâce pour le salut des hommes. Dans les anciens temps, les manichéens déniaient à Dieu la prescience; les nestoriens lui refusaient la bonté. Dans les temps modernes, les luthériens ont fait
De l'enseignement catholique. 349
de Dieu un être stupide , ne sachant pas ce qu'il fait; les calvinistes, un être cruel envoyant l'homme aux enfers pour son bon plaisir.
Eh! mon Dieu, quel dogme chrétien l'hérésie at-elle respecté ^Quelle loi, quel conseil évangélique a-t-elle épargné? Quel sacrement a-t-elle maintenu , quelle tradition laissée debout 1)? On peut dire donc à ces faux adorateurs de Dieu et de Jésus- Christ, dont ils ont cherché à fausser tous les mystères et toutes les doctrines : Vous adorez un Dieu, un Jésus-Christ que vous ne connaissez plus. Nous autres catholiques seuls adorons un Dieu que nous connaissons, parce que dans l'Église catholique seulement se conservent les idées pures de son être , de ses mystères , de sa religion ; Vos adora tis quem nescitis ; nos quod scimus adoramus. Si parmi les gens du peuple, chez nos frères séparés, on en trouve qui ont des idées justes , exactes, légitimes sur Dieu, sur Jésus-Christ, sur
(1) Le fameux auteur de Y Histoire d'Innocent III, le docteur Hurter, que nous avons eu le bonheur de voir à Rome lorsqu'il y est venu embrasser le catholicisme, nous a fait part d'une observation importante qu'il avait eu occasion de faire en étudiant les ravages du protestantisme, dont il avait été autistes, en Suisse : C'est que si l'on ôtait du Nouveau Testament tout ce que le protestantisme en a rejeté, en différents temps et par différents docteurs, il n'en resterait que le frontispice; puisqu'il n'y a pas une seule partie, un seul chapitre, un seul verset de ce livre divin qui n'ait été rejeté par quelque protestant»
35o l'homogénéité, l'immutabilité, etc.,
certaines lois , sur certains sacrements, c'est qu'ils ont conservé les traditions catholiques, et qu'en dépit de l'hérésie et de son enseignement, ce n'est pas le Dieu inconnu de Luther et de Calvin qu'ils adorent, mais le Dieu de l'Église; et ils peuvent, eux aussi, répéter aux véritables protestants : Vos adora lis quod nescitis ; nos quod scimus adoramus.
Les philosophes qui ont voulu faire de la philosophie hors des traditions divines, hors de l'Église, nous l'avons vu, n'ont pas traité Dieu mieux que les hérétiques. Ils ont nié ses attributs les plus essentiels; ils lui ont supposé les formes du corps et les imperfections de l'homme.
Pour les philosophes, tantôt Dieu n'a été que l'homme, tantôt l'homme n'était que Dieu; tantôt Dieu a été une partie de l'univers, tantôt l'univers entier était Dieu. Ils ont vu Dieu en tout, excepté en lui-même. Le Dieu de la philosophie purement rationnelle a été toujours le Dieu inconnu de l'Aréopage : Ignoto Deol Nous catholiques seuls, éclairés par la lumière de l'enseignement de l'Église, connaissons Dieu tel qu'il est en luimême.
C'est nous catholiques qui reconnaissons Dieu comme un être un dans la nature, trine dans les personnes, absolu dans son existence, indépendant dans son action, tout-puissant dans sa parole, éternel dans sa durée. Être toujours ancien,
MÊÉÊ
de l'enseignement CâTHOLTQL'E. 35 I
et qui ne compte pas d'âge ; toujours nouveau , et qui ne connaît pas de commencement ; toujours libre, et qui ne change jamais; toujours immuable, et qui opère toujours; qui compatit, mais sans faiblesse ; qui se repent, mais sans regret; qui punit, mais sans colère ; qui récompense, mais sans partialité. Être toujours subsistant, et qu'aucun temps ne mesure; présent partout, et qu'aucun espace ne circonscrit ; prévoyant tout , et qu'aucune prévoyance ne trouble ; mouvant tout , et qu'aucun mouvement n'altère; gouvernant tout, et qu'aucune entreprise n'occupe; faisant tout, et qu'aucune action ne fatigue; s'abaissant à tout, et qu'aucun abaissement ne dégrade; donnant' tout, et qu'aucune donation n'appauvrit; se communiquant à tout, et ne communiquant jamais aucune partie de luimême.
Nous autres catholiques seuls reconnaissons la perfection de la sainteté de Dieu, les profondeurs de sa sagesse, l'abîme de ses jugements, la sévérité de sa justice , l'abondance de sa miséricorde, l'économie de sa grâce, les richesses de sa bonté.
Nous autres catholiques seuls reconnaissons la majesté du Dieu créateur, le dévouement du Dieu rédempteur, les dons du Dieu sanctificateur ; en un mot, cette Entité absolue par laquelle est tout ce qui est , et qui seule est toute par ellemême, se suffisant seule à elle-même, toujours
352 l'homogénéité, l'immutabilité, etc.,
heureuse d'elle-même, parfaitement infinie et infiniment parfaite (1).
Oh! qu'il est pauvre, qu'il est pitoyable, qu'il est indigne de nos hommages le Dieu de la raison philosophique, de la raison prolestante! C'est un Dieu imaginaire, un Dieu fantastique , un Dieu faux, ou au moins un Dieu incomplet, un Dieu imparfait. Oh! qu'il est grand, sublime, digne de nos adorations et de notre culte, le Dieu de la raison catholique, le Dieu de la foi! C'est le Dieu vrai, le Dieu positif, le Dieu complet, le Dieu parfait. Oh ! malheureux , vous qui êtes hors de l'Eglise , vous adorez donc le Dieu erreur, le Dieu défaut, le Dieu
(1) On sera bien aise que nous rappelions ici l'admirable passage de saint Augustin, qui nous a inspiré le morceau qu'on vient de lire. Au livre premier de ses Confessions, en parlant de Dieu, le grand docteur s'exprime ainsi : « Invocat te, Do- « mine , fides mea quam dedisti mihi , quam inspirasti per « bumanitatem Filii tui, per ministerium prœdicaloris tui « {Cap, i ). Summe, optime, potentissime, omnipotentissime, « misericordiosissime et ditissime ; secretissime et praesentis- « sime, pulcherime et fortissime; stabilis et incomprehensibi- « lis, immutabilis, mutans omnia; numquam novus, numquam « vêtus; innovans omnia et in vetustatem perducens superce bos, et nesciunt; semper agens , semper quietus ; colligens, « et non egens; portans et implens»et protegens; creans et « nutriens et perûeiens ; quaeris, cum nihil desit tibi ; amas, a nec œ>tuas ; zelas et securus es; pœuitet le, et non doles; « irasceris et tranquillus es; opéra mutas, nec mutas consi- « Hum; recipis q.od invenis, et nunquam amisisti. iSunquain « inops et gaudes lucris; nunquam avarus et usuras exigis , su- « perogatur tibi ut debeas; et quishabet quidquamnou tuum? « Reddis débita nulli debens ; dans débita et nihil perdons « {Cap. iv). »
néant, un Dieu que vous ne connaissez pas, que vous ne pouvez pas connaître, puisqu'il n'existe pas tel que vous vous l'êtes formé ; Vos adoratis quod nescitis.
Nous autres qui sommes de l'Église et dans l'Église, nous seuls adorons le Dieu perfection, le Dieu substance, le Dieu vérité, le Dieu que nous connaissons, que nous pouvons bien connaître, parce qu'il est vraiment tel que l'enseignement de l'Église nous l'a révélé; Nos quodscimus adoramus.
16. En présence de tant de dénégations contre toutes les vérités révélées , tous les sentiments de la nature, toutes les croyances de l'humanité; de tant de ruines que la raison humaine, toutes les fois qu'elle a voulu marcher seule, a entassées depuis quatre mille ans dans le monde ancien et dans le monde moderne ; en présence de tant d'erreurs, de tant d'absurdités, de tant d'extravagances, de tant de délires que l'hérésie et le philosophisme, du haut de leurs chaires, ont débités avec une si imperturbable effronterie ; qu'il est beau, mes Frères, de voir l'Église catholique seule conservant intactes, sans mélange d'erreur, avec toutes les vérités du christianisme (1), toutes les vérités primitives, toutes les croyances légitimes du genre humain, et les mettant
(1) Cet étonnant , cet unique privilège de l'Église catholique a été, naguère, reconnu enfin par la plus savante des écoles
354 LFïOMOCxÉxÉrrré , l'immutabilité, etc.,
à la disposition de tous les esprits dociles, de tous les cœurs sincères qui désirent connaître la vérité!
En présence de tant de doctrines licencieuses, sales, dégradantes, corruptrices, inventées et précisées par les passions, pour effacer de la terre, avec la dernière trace du vrai, les derniers restes de justice, de probité, de pudeur; qu'il est beau de voir l'Église catholique enseigner, avec toutes les vérités, toutes les vertus! Car, comme rien ne sent l'erreur dans ses dogmes et dans son culte, rien ne favorise le vice dans ses lois; comme tout est vrai en elle, tout y est saint, et tout y tend en même temps à éclairer l'homme et à l'améliorer, à Télever à la plus haute justice, à la sainteté la plus parfaite.
En présence de tant de communions religieuses, de tant de sectes philosophiques, ne reflétant que
protestantes. Du sein de l'université d'Oxford, le plus ferme boulevard de l'hérésie anglicane, le docteur ^Newman, pendant qu'il était encore protestant, au nom de toute la secte Puseyiste, dont il était le plus noble organe, et qui lui a fait écho, a prononcé avec un sentiment de sainte envie, d'admirable franchise, et a fait retentir dans le monde entier, ces magnifiques paroles : « L'Église romaine est la seule qui ait conservé in- « tactes les doctrines du christianisme. » C est la conclusion que ce grand homme a tirée de ses profondes études, de ses longues et consciencieuses recherches sur la religion chrétienne. Dieu lui a su gré de cette belle et courageuse confession. Touché par la grâce après avoir été éclairé de la lumière divine, il s'est fait catholique, et il est l'un des plus grands défenseurs et des plus bridantes gloires du catholicisme.
DE l'e^SEIG\FME\T CATHOLIQUE. 355
sur un seul peuple, dans un seul coin delà terre, la sombre lumière des enfers qui, de la f.tce de Satan demeurant en elles, se reflète sur elles; qu'il est beau de voir l'enseignement catholique reflétant sur tous les peuples, dans tout le monde , toujours pure et sans tache, toujours brillante et sereine, la lumière du ciel, qui de la face de Jésus- Christ habitant dans l'Église se reflète sur l'Église : In facie Chris li Jrsa!
Mais hâtons-nous de considérer le dernier caractère de l'enseignement catholique, la Certitude.
17. De la fidélité avec laquelle la lumière matérielle nous présente tous les objets, résulte la certitude avec laquelle les hommes admettent tout ce qu'ils ont appris par le témoignage des yeux; car, d'après saintThomas, «la vue est le plus iutellectif des sens,» et rien n'est plus certain , dans Tordre naturel , que ce qui se voit. Il n'y a pas moyen d'exciter le doute sur l'existence et les qualités extérieures d'un objet dans l'esprit d'un homme qui vous dit : « Je l'ai vu. »
C'est ce qui arrive aussi dans l'ordre surnaturel. Dès lors que le catholique sait que la lumière de renseignement de l'Église est immuable, incorruptible ou infaillible, véridique ou fidèle, il adhère à tout ce qu'il connaît a l'aide de cette lumière divine, avec une fermeté constante, une confiance entière, une sécurité complète; de sorte que, dit
356 l'homogénéité, l'immutabilité, etc.,
saint Thomas, l'enseignement par voie de révélation est le seul qui exclue toute espèce de doute, comme il est le seul à l'abri de toute espèce d'erreur ; et dès lors il produit une certitude souveraine, inébranlable, absolue, parfaite: Fixa certitudine, absque dubitatione et errore.
Oh ! la grande parole qu'est celle-ci : « Avec une certitude inébranlable ; Fixa certit.udine ! » Elle signifie une certitude plus complète et plus parfaite que la certitude produite par le témoignage des sens touchant les choses sensibles, et par le témoignage de l'évidence de la raison touchant les premiers principes, les vérités cognoscibles par ellesmêmes , auxquelles l'esprit ne peut pas , selon saint Thomas , refuser son assentiment ; elle signifie une certitude écartant de l'âme la crainte même éloignée, le soupçon même passager que le contraire de ce qu'elle croit puisse être vrai.
Le catholique croyant à l'Église s'appuie d'abord sur un témoignage divin , c'est-à-dire sur l'autorité divine que Dieu a faite dépositaire de ses vérités, et a chargée de les enseigner à tout le mon. de: Docete omnes génies. Le catholique croyant à l'Eglise sait que l'Église ne s'amuse pas à fabriquer par caprice de nouveaux dogmes et de nouveaux devoirs, mais qu'elle ne répète, n'explique aux hommes que ce qu'elle a appris par Dieu luimême, qui est en elle. Le catholique croyant à l'Église sait que le même Dieu qui jadis plaça sa pa-
rôle dans la bouche, devenue profane et sacrilège, des pasteurs delà Synagogue, et l'en fit sortir toute pure, à plus forte raison conserve et conservera toujours pure cette même parole sainte dans la bouche de son Vicaire sur la terre, et dans celle des pasteurs de son Église, qu'il a revêtus d'un caractère aussi auguste et sacré que sont sublimes les fonctions auxquelles il les a destinés.
1 8. Le catholique croyant à l'Église s'appuie sur un témoignage uniforme, constant, immuable comme le Dieu qui en est Fauteur. Comme catholique, il sait que sa foi est précisément la même que celle qui, pendant quatre mille ans, a été professée, en germe, en figure, en expectation, par tous les patriarches, par tous les prophètes, par tous les justes de l'ancien temps , par tous les adorateurs du vrai Dieu, depuis Adam à qui la première révélation en fut faite, jusqu'à Jésus-Christ qui n'a fait que renouveler, développer, perfectionner, accomplir cette même révélation ; que sa foi est exactement la même que celle qui, depuis Jésus-Christ, depuis deux milleansa été toujours crue, enseignée par tous les pontifes, par tous les évêques, partousles conciles, par tous les saints Pères, par tous les docteurs, par tous les fidèles qui ont vécu et sont morts dans le sein de l'Église. Le catholique sait que s'il pouvait interroger leurs cendres, si les morts pouvaient lui répondre du fond de leurs tombeaux,
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il verrait sa foi attestée par autant île milliards d'hommes qu'il va eu de catholiques dans le monde qui se sont endormis au sein des douces espérances de l'Église, et il s'entendrait assurer que ce qu'il croit est exactement ce qu'ils ont cru eux-mêmes, ce qui, pendant deux mille ans, a été cru par tous , dans tous les temps et dans tous les lieux : Quod.semper, quod ubique, quod ab omnibus.
Hors de l'Église, chez les hérétiques, chez les protestants, nul ne peut être sûr que ce qu'd croit ait été cru par ceux qui l'ont précédé dans la môme communion, dans la même secte, ou par ceux qui mainlenant en font partie. Aucun luthérien, aucun calviniste, par exemple, ne peut affirmer que sa croyance remonte même jusqu'à Luther ou jusqu'à Calvin. Depuis ces hérésiarques, et à leur exemple, on a, dans les sectes qui portent leur nom, protesté toujours contre la vérité catholique, maison n'ajamaiscru les mêmes choses. Les disciples mêmes de Luther et de Calvin , sons leurs propres yeux , adoptèrent des croyances différentes de celles de leurs maîtres. La foi protestante, — si parmi les véritables protestants il peut se trouver de la foi véritable, — ne remonte à Luther et à Calvin que par voie de négation, et non par voie d'affirmation. L'unique point de ressemblance entre les protestants anciens et les modernes, c'est que tous nient, tous proies-
lent; mais quant à affirmer, à croire, on n'en saurait trouver deux qui croient et affirment la même chose. Le protestant croit tout seul ce qu'il croit, ou bien ce qu'il opine. Il croit isolément, sans appui, sans confort : c'est un homme égaré dans un désert. De là le découragement, l'incertitude sur ce qu'il croit ou prétend croire. C'est donc une foi incertaine qu'il a, hésitante, faible, provisoire, insuffisante à satisfaire au besoin de son esprit, à inspirer de nobles résolutions à son cœur. C'est pour cela que parmi les protestants il n'est plus question de dogmes, de croyances, mais d'opinions religieuses. Tout se réduit à des opinions vagues, changeantes, stériles, et voilà tout.
Il en est de même des philosophes. Est-ce qu'ils sont, qu'ils peuvent être jamais certains que leurs pensées sur Dieu, sur l'homme, produit monstrueux de leur raison , soient des vérités ? Est-ce qu'ils croient vraiment, profondément ce qu'ils disent ? Tout, chez eux aussi, n'est qu'opinion, et rien qu'opinion. C'est que chaque philososophe est seul dans les croyances qu'il s'est fabriquées lui-même ; et celte croyance solitaire ne peut rendre l'homme certain de rien en matière de religion.
Mais le catholique sait aussi que ce qu'il croit est cru comme il le croit lui-même, par deux ou trois cents millions d'autres catholiques répandus sur la surface de la terre.
Us sont différents, ces catholiques, de patrie, de
36o l'homogénéité, l'immutabilité, etc.,
nation, de caractère, de talent, de culture, de mœurs, de langage : cependant il sait avec certitude qu'en commun , comme en particulier, tous professent précisément les mêmes dogmes, et rendent à Dieu le même culte. Il sait que, dans l'Église catholique, ce qu'enseigne un évêque est enseigné par tous les évoques, ce qu'un prêtre prêche est prêché par tous les prêtres, ce qu'un chrétien croit est cru par tous les chrétiens, parce que tous ont appris à la même école, écoutent le même maître, suivent la même direction. Divisés en tant de peuples et de nations diverses, séparés par de si grandes distances de terre et de mer, ils ont tous la même foi. Du levant au couchant, du nord au midi, dans tous les points de l'espace comme dans tous les moments du temps, du sein de cette immense communion catholique, la seule une, la seule uniforme, la seule concordante, la seule universelle, s'élève vers le ciel le même hommage des intelligences, répétant dans des langues différentes le même symbole , et articulant la même prière.
Il y a communion de lumière, communion de foi dans l'Église, comme il y a communion de force dans une armée. Comme le soldat, en bataille , est courageux et fort non-seulement par sa propre force et par son propre courage, mais aussi par la force et le courage de toute l'armée dont il fait partie, de même le catholique croit non-seulement
par la grâce de la foi qu'il a reçue lui-même, mais aussi par la grâce de la foi répandue dans tous les cœurs catholiques ; il croit avec la foi de toute l'Église dont il est l'enfant; c'est-à-dire que la foi de soixante siècles, la foi de plusieurs milliards d'hommes, la foi de toute la terre, la foi de toute l'Église, depuis sa naissance en Adam et sa renaissance en Jésus-Christ jusqu'à nos jours, se réunit dans son esprit et l'agrandit, dans son cœur et l'élève, ajoute à la force de la partie la force du tout, soutient, affermit toujours davantage son consentement, et le place sur la base d'une certitude parfaite. Tandis donc que le protestant, le philosophe ne dit et ne peut dire que ? opine , je pense •, il me parait, le catholique seul dit et peut dire : Je crois.
19. Enfin, le catholique croyant àl'Église s'appuie sur un témoignage soutenu par la grâce. Dieu est vérité infinie , et partant digne d'une foi infinie comme il est digne d'un amour infini, parce qu'il est un bien infini. Mais, fini que je suis, et n'étant capable de rien d'infini, je veux faire ce que je peux; je veux lui rendre ce qu'il est en mon pouvoir de lui rendre, ce dont sa bonté se contente, au pointqu'ellene demande rien de plus à ma faiblesse. Je veux le croire par-dessus toutes les vérités, comme je veux l'aimer par-dessus tous lesbiens. Je veux ajouter une foi souveraine à sa parole, comme
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je veux prêter une souveraine obéissance à sa loi, c'est-à-dire une foi qui me fera croire au Symbole par-dessus tout ce qu'il y a de plus certain, et une obéissance qui me fera aimer le Décalogue par-dessus tout ce qu'il y a de plus aimable. Dieu est bon, est miséricordieux; les dispositions de mon cœur le touchent. Il ne me laisse donc pasà ma faiblesse, à ma misère naturelles, moi sa créature, aspirant à m'élever jusqu'à lui, à m'unir à lui par le moyen dune foi , d'un amour surnaturels et parfaits. Il s'incline vers moi avec bonté, il me tend sa main charitable ; et comme c'est lui qui fortifie mon cœur disposé à l'aimer, c'est lui aussi qui relève mon intelligence, désireuse de le connaître. C'est grand certainement, merveilleux , étonnant , l'effort de l'entendement humain donnant à des vérités surnaturelles, profondes, mystérieuses, incompréhensibles, à des choses qu'on n'entend pas, qu'on ne voit pas, un consentement plus ferme, plus intime, plus constant, plus parfait que celui qu'on donne à des vérités naturelles les plus simples, les plus faciles à comprendre, à des choses qu'on comprend ou qu'on voit. Mais cela n'a rien d'étonnant , puisque ce consentement prodigieux est aussi soutenu par un secours gratuit, mais surnaturel, divin ; de sorte que le prodige d'un entendement croyant à la vérité infinie, par-dessus toute autre parole, est l'effet de la grâce de la foi divine : tout comme le prodige d'un cœur faible aimant la
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bonté infinie par-dessus tous les biens, est l'effet de la grâce de la divine charité.
C'est donc par Dieu, comme l'avait prédit le prophète, que l'homme s'élève à une haute intelligence, comme à un haut cœur, jusqu'à Dieu munie, afin que ce Dieu, par cet acte de dévouement cle tout l'homme, soit mieux connu, aimé, glorifié; Jccedet homo ad cor altum, et exallabitur Deus. {Psal.)
20. L'àme vraiment catholique voit tous les joui s sa foi combattue par tant de mécréants, défigurée par tant d'hérétiques, déshonorée par tant de crimes, dédaignée par tant de mondains, opprimée par tant de tyrans; elle voit les prétendus amis de cette même foi aussi bien que ses ennemis, les enfants aussi bien que les étrangers , les protecteurs aussi bien que les persécuteurs, travailler avec une énergie satanique, une constance infernale, tantôt en secret, tantôt en public, pour la mettre, cette foi sainte, celte foi précieuse, celle foi, amie véritable de l'homme et le plus ferme soulien delà société, en discrédit auprès des jeunes gens, en défiance auprès des gouvernements, en huine auprès du peuple; elle les voit, tous ces lâches émissaires, ces ignobles satellites de l'esprit des ténèbres, se disputant l'horrible gloire de lui donner le dernier coup, ou par les intrigues ténébreuses de la politique, ou par le poison des doctrines, ou
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par l'opprobre des mœurs. Oh oui! l'âme catholique voit tout cela; elle en gémit en silence devant Dieu, répand des larmes sur les pertes, moins de la religion que des hommes se privant volontairement, se rendant indignes de ses bienfaits ! Mais ces humiliations, ces opprobres qui l'affligent , ne la scandalisent pas , n'ébranlent pas la fermeté de sa croyance ni la ferveur de sa religion. Cette foi, obscurcie par la vapeur de tant d'erreurs et de tant de passions, comme l'épouse des Cantiques, ne lui paraît pas moins belle, moins attrayante, moins délicieuse : Nigra sum, sed formosa (Guit/c. i); elle la croit même d'autant plus vraie et plus solide, qu'elle la voit plus dédaignée, plus combattue et plus persécutée. Elle sait que tout ce qu'elle croit est vrai, pardessus tout ce qu'il y a de plus vrai; et cela lui suffit.
Comme un nouvel Évangile qui lui serait annoncé par des démons transformés, comme le dit saint Paul, en anges de lumière , ne pourrait la tromper ; de même les scandales qui lui sont présentés par des hommes transformés en démons des ténèbres, ne peuvent pas même l'ébranler, moins encore l'abattre. Tout au contraire, ces scandales lui faisant mieux comprendre, mieux sentir la misère, le malheur de ceux qui croient mal et opèrent pis, et l'avantage, le bonheur, la gloire de bien croire et d'opérer bien, lui rendent cette foi
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plus chère, plus aimable, plus précieuse ; Nigra su m, sedformosa !
Les âmes catholiques, que les jours de persécution et de scandale découvrent et font connaître au monde, savent bien que la foi doit toujours subir les attaques de l'erreur et des passions ; mais elles savent aussi que, semblable au soleil qui n'abandonne un hémisphère que pour en éclairer un autre , et ne se couche le soir que pour reparaître le matin , la lumière de la foi , la vraie lumière du monde ne percluneportion de sa splendeur visible, de son externe témoignage dans certains temps,dans certains lieux, quepour reparaîtreplus resplendissante dans d'autres lieux et dans d'autres temps, et que, après s'être dérobée quelque part pendant quelque temps en fugitive , elle revient s'y montrer et y régner en reine.
Ni les libertins donc qui la combattent, ni les indifférents qui la dédaignent, ni les mauvais catholiques qui la déshonorent, ni ses anciens amis qui l'abandonnent, ni ses propres enfants qui conspirent contre elle, ne peuvent détourner les vrais catholiques de la résolution de la suivre. Ils déplorent ces scandales, mais ils ne s'y laissent pas prendre. Ils gémissent sur un si grand aveuglement; et, loin de devenir aveugles eux-mêmes, ils apprennent à y mieux voir ; ils s'efforcent de maintenir la pureté de leur foi à l'aide de la pureté de leur vie, afin de n'être pas entraînés, eux
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aussi, par l'habitude de mal vivre, à la triste et honteuse nécessité de ne pas croire !
Mais la certitude de renseignement catholique, dans les enfants de l'Église, se manifeste aulant par la vivacité de leurs sentiments et de leurs transports, que par la fermeté de leurs convictions.
21. Le vrai catholique croit à Dieu, comme le vrai juste l'aime, avec toute l'adhésion d'un coeur fidèle, Ex toto corde; avec toute l'énergie d'une àme généreuse, Ex tota anima; avec toute la plénitude d'assentiment d'une intelligence subjuguée par l'évidence du vrai et le charme du beau, Ex tota mente; avec toutes les forces qu'il est possible de réunir pour produire l'hommage, le sacrifice de l'esprit et du cœur, le plus complet, absolu et parfait : Ex totis vîribus [Luc., x, 27).
On dirait que la foi perd, pour le vrai catholique, ses mystérieuses ténèbres: ce qu'il croit par la grâce de la foi est pour lui aussi clair, aussi réel, aussi certain que si Dieu le lui avait fait voir par une révélation immédiate, par une vision intuitive, par un rayon anticipé de la lumière de sa gloire. Les enfants de l'Église ont une telle certitude de ce qu'ils croient, qu'ils ne sauraient en avoir une plus grande et plus complète. La grâce toujours croissante peut bien augmenter et perfectionner toujours davantage leur foi-, mais les preuves, les
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arguments extérieurs ne sauraient y ajouter rien de plus. Ils y donnent tout l'assentiment dont l'homme est capable : Absque dubitatione, fixa cerliludiiic.
Entrez dans une église catholique, dans le temps de l'adoration des quarante heures; voyez la foule qui s'y presse, de tous les âges, de toutes les condilions, de tous les sexes , si variée aux yeux des hommes, mais dont le sentiment de la même foi ne fait qu'une seule àme, un seul cœur devant Dieu. Considérez le maintien composé, l'attitude dévote, le recueillement profond de tous ces hommes; écoutez les prières ferventes, les entreliens pleins de confiance, les saints transports, les aspirations amoureuses qu'ils articulent tout bas ; et vous ne saurez décider si ces hommes-là croient seulement, ou bien s'ils ne voient aussi de leurs yeux le mystère qu'ils adorent; s'ils parlent au Dieu caché sous le voile du saint sacrement, ou s'ils se trouvent devant le Dieu manifesté dans sa gloire; si c'est là le mystère de foi par excellence, ou bien l'objet de la vision. Certes, si Jésus-Christ, au lieu d'être, dans l'Eucharistie, voilé sous les espèces du pain , s'y trouvait d'une manière visible et manifeste, assis sur l'autel , le recueillement et la confiance, le respect et l'amour de son peuple ne sauraient être plus grands.
C'est ce même sentiment de vive foi que les vrais catholiques montrent par rapport aux autres
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mystères de la religion. Ils en parlent, non pas comme de choses mystérieuses, éloignées , mais comme de choses présentes, claires, manifestes et visibles. De là ce langage admirable, tout propre aux fils de l'Église, dans lequel Dieu et ses attributs, Jésus-Christ et ses mystères, la Vierge, les saints, les anges et leur protection, les dogmes du paradis, du purgatoire, de l'enfer, reviennent à chaque instant ; langage dans lequel celui qui sait le comprendre voit toute la foi du cœur traduite au dehors, dans toute sa puissance, dans toute sa splendeur; mais une foi facile, spontanée, sûre, dégagée, je dirais presque convertie en nature; mais une foi si vive qu'elle rapproche les objets éloignés , qu'elle ôte presque tout voile aux mystères , et se représente comme visibles sur la terre les plus hauts, les plus profonds secrets du ciel.
0 grand et miraculeux effet de la certitude de la foi catholique, digne de l'admiration du vrai philosophe , mais auquel les hommes qui pensent avec le ventre ou se nourrissent d'orgueil ne comprennent rien ! Et c'est parce qu'ils ne le comprennent pas et désespèrent de le comprendre , qu'ils prennent le parti stupide et commode de le tourner en ridicule; qu'ils appellent imbécillité, superstition, fanatisme, l'un des plus certains, des plus étonnants miracles de l'esprit de foi , et qu'ils attribuent à la faiblesse de l'homme ce qui n'est que l'œuvre de la puissance de Dieu.
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Mais que nous importe à nous ce qu'ils disent de nous? Nous savons bien, nous, ce que nous croyons, et qui nous croyons: Scio ad credidi; et le jour viendra ou notre simplicité, dont on se moque à présent , paraîtra ce qu'elle est vraiment, de la sagesse véritable ; et ou , au contraire, la prétendue sagesse, la science orgueilleuse de nos censeurs sera , ainsi que Dieu nous l'a prédit dans les Livres Saints, réduite au silence, donnée en spectacle d'opprobre à l'univers entier; et, convaincue d'aveuglement volontaire, de mensonge, d'imposture, sera humiliée, écrasée , réprouvée et punie ; Perdant sapienliam sapientium , et prudentiam prudentium repfobabb \ I Cui\. i, 19 .
Mais je ne vous ai expose jusqu'ici que les principaux caractères de renseignement catholique; maintenant je vous dois au moins quelques mots sur ses ineffables effets dans l'âme qui y est soumise. Ce sera le sujet de ma troisième partie.