‹ La raison philosophique et la raison catholiqueChapitre 62 sur 98 · SIXIÈME CONFÉRENCE · texte numérisé non relu

SIXIÈME CONFÉRENCE

Docete omnes gentes, baptizantes eos in nomine Patris et Filii et Spiritûs Sancti.

Allez, instruisez Toutes les nations; baptisezles au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

{Dans un des évangiles de la Résurrection).

I./^'est une erreur de quelques esprits per- VJvers, dit le grand saint Thomas, d'affirmer que Dieu ait parlé aux anges, lorsque, allant créer l'homme, il prononça cette grande parole : Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance : Non est intelligendum,sicut quidam perverse affirmant, Deum dixisse angelis : Faciamus hominem ad imaginent et similitudinem nos tram. D'après l'opinion des interprètes et des Pères de l'Église, particulièrement depuis le grand concile de Nicée; d'après le concile de Sirmium, qui a fondé aussi sur ces mêmes mots son fameux canon de la Trinité contre Phofin , le mot « Dieu », au singulier, indique l'unité de la nature divine , et le mot « Faisons », au pluriel, indique la pluralité des personnes. Dieu donc, dit encore saint Thomas, en parlant ainsi de l'homme qu'il allait former, a

LÀ JllI.MU. Jgn

voulu indiquer le mystère de l'auguste Trinité, dont il allait, de la manière la plus frappante, graver l'image dans l'homme : Sed hoc dicitur ad signandam plurali Latent personarum, quanun imago expressius iiweniturin homine. (I, p. q. 91, a. f). Il en est de même de cette grande et délicieuse parole qu'il a adressée à ses apôtres après sa résurrection : « Instruisez toutes les nations, et baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit : Docete omnes gentes , baptizantes eos in nomine Patris, Filii et Spiritus Sancti.» Par le mot « Au nom », Jésus-Christ a marqué l'unité de Dieu; par les mots «Père, Fils et Saint-Esprit», il a désigné les personnes divines par leurs noms propres et particuliers.

Voilà donc, mes très-chers frères, le même ineffable mystère qui avait été indiqué d'une manière obscure lorsque l'homme allait naître dans l'ordre naturel, révélé par Jésus-Christ dans toute sa splendeur, à l'époque où Thomme, par la prédication et le baptême , allait renaître dans l'ordre surnaturel. C'est, dit saint Pierre Chrysologue, afin que nous sachions, par cette coïncidence de dates, que les personnes dvines ont concouru à notre réparation avec le même empressement, avec le même amour qu'elles avaient concouru à notre création : l i quibus, in creandis nobis , una operatio fuerat, uhâ fieret, de hostra reparatione, diznatio (Ser de Bapi.

)8cS la iiiimii.

C'est par conséquent à l'homme a honorer, d'une manière toute particulière, ce grand mystère dont je ^ais \ous entretenir aujourd'hui, en commençant à vous exposer les trois points principaux de renseignement catholique, Dieu, l'Homme, Jésus- Christ.

1. Mais entendons-nous bien, mes Frères; ce ne sont pas des démonstrations que je vous promets de ces mystères : on ne démontre pas l'indémontrable. Les mystères de Dieu sont et seront toujours des secrets incompréhensibles à la raison de l'homme. Par rapport au mystère de l'auguste Trinité en particulier, saint Thomas déclare qu'il nous est impossible d'arriver à le connaître par les lumières de la raison naturelle : Impossible estper rationem naturatem ad cognitionem Trinitatis divinarwn personarum petvenire; et, par là même que la raison toute seule ne peut pas le connaître, elle ne saurait pas le démontrer.

On ne doit donc prouver les doctrines de la Foi que par l'autorité de l'Écriture sainte et de TÉglise , lorsqu'on a affaire à des personnes qui admettent ces autorités; et lorsqu'on a affaire à des personnes qui les rejettent, il faut se borner à expliquer, à développer les dogmes chrétiens, et prouver, — ce qu'il est possible et même facile de faire , — qu'ils ne sont pas impossibles, qu'ils ne sont pat absurdes; mais que, supérieurs à la

LA TRIMTÉ. ^89

raison, ils sont conformes à la raison; Ouœ fidei funt, non sunt tentanda probare nisiper auctoritates his qui auctoritates s usai pi uni ; apud alios veto sufficil defendere non esse impossibile quod prœdicat fides (I , p. q. 32, a. 1 .

C'est ce que je vais faire. Car, puisqu'on a l'air de regarder comme trop crédule, trop imbécile, la Raison catholique se soumettant aux dogmes révélés, et les prenant pour règle et pour guide , il est bien qu'on sache que ce que cette humble raison croit, en matière de religion , est grand, est étonnant, est magnifique, est sublime; et que cette crovance aux doctrines divines, bien autrement que la croyance qu'on prête aux doctrines humaines, l'agrandit, l'honore, l'élève et la perfectionne.

Suivez-moi donc, mes très-chers Frères, à travers les cieux, jusqu'au trône du Très-Haut. Je vais vous introduire dans les puissances du Seigneur : Introïbo in pùlentias Dominé. Je vais vous exposer le plus grand, le plus profond des secrets de l'Etre infini, dans ses harmonies, ses grandeurs, sa magnificence. Cardes chrétiens tels que ceux auxquels j'ai la satisfaction de parler ici, à l'âme noble, au cœur droit, à l'esprit élevé, sont à même de saisir et ont droit d'entendre la haute théologie du dogme chrétien.

Oui, sainte et auguste Trinité, nous allons nous occuper de vous, non pas pour sonder d'un regard téméraire votre redoutable majesté, au risque

I \ TI'.IMl !

d'être écrasés sous le poids infini de votre gloire ; Qui scrutator est majestalis , opprimetur a gloria (Prov. xxv, 27); mais pour faire de vous l'objet de notre foi , de nos adorations, de notre amour. Et ce n'est pas par la raison que nous essayerons de pénétrer un mystère impénétrable à la raison; mais c'est à l'aide de l'éclat radieux qui vous environne , de la lumière qui nous vient de vous , que nous oserons fixer un regard tremblant et respectueux sur votre inaccessible lumière; In lumine tuo videbirnus lumen (Psal. xxxv, 10). Nous vous demandons ce secours par l'intercession de Marie. Ave Maria,

Page 1