‹ La raison philosophique et la raison catholiqueChapitre 63 sur 98 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

3,/^omme les grands de la terre ont coutume de V^ mettre leurs armoiries sur leurs œuvres, sur leurs propriétés; de même Dieu, le grand Seigneur du ciel , afin que l'on sache que toutes les créatures lui appartiennent , — car cest lui qui les a toutes créées et les conserve, — a gravé en elles, de sa main toute-puissante, ses armoiries, l'empreinte de l'unité de sa nature et de la Trinité de ses divines personnes.

Car, écoutez là -dessus ce grand flambeau de l'Égli>o pt du monde, saint Auguslin : « Celte

même Trinité divine, dit-il, se manii'esle, se i à nous, quand nous demandons : Qui a fait chaque créature? Par quel moyeu a-t-elie été faite? et A quel but a-t-elle été destinée? Celui qui a dit : « Que la créature soit faite f » c'est le Père du Verbe. Ce qui a été fait en vertu de cette grande parole, c'est certainement par le Verbe que cela a été fait. Mais puisqu'il est dit aussi, dans le même passage de l'Écriture sainte : « Dieu a vu que tout ce qui avait été créé était boa, il nous est assez montré par Jà que Dieu n'a pas fait ce qu'il a fait par aucune espèce de nécessité, mais par sa seule bonté, parce que c'était bien de le faire. Or cette bonté y c'est le Saint Esprit. Voilà donc la Trinité entière dévoilée à nos yeux dans toutes et chacune de ses œuvres (1). »

Ailleurs le même grand docteur a dit aussi : « En tant que nous sommes des hommes , nous avons été créés à l'image de notre Créateur, dont l'éternité est vraie, dont la vérité est éternelle, dont

(I) i Eadem nobis insinuata intelligatnr Trinitas, si quœri- « mus : Unahquamque cbeatubam quis fecerit? Per quid « fecerit? Propter quid fecerit? Pater inteligitur Verbi, qui « dixit : Ut fiât. Quod autem, iiio dicente, factum est, procul « dubio, per Verbum faction est. In eo vero quod dicitur : o Vidit Deus quod bonum est, » satis significatur : Deum • nulla necessitate.sed sola bonitate, fecisse quod factum est; « id est, quia bonum est. Quae bonitas, si Spiritus Sanctus reete « intelligitur, uxiversa ffOBis ïrimtas i>: suis operibus « IXTIMATUB ( De Ciritaf. Dei, lib. XVI, 24). »

>9'> LA rRlMTK.

est éternelle et vraie la charité, et dont la Trinité même est vraie, est éternelle, est aimable, et n'est ni confondue par la nature, ni séparée par les personnes. Quant aux choses qui sont au-dessous de nous, il est manifeste qu'elles n'auraient jamais été, qu'elles n'auraient aucune espèce à elles propre, qu'elles n'auraient aucun ordre à désirer ni à suivre, si elles n'avaient été faites par Celui qui EST souverainement , qui est souverainement SAPIENT , qui est souverainement BON ; ainsi nous pouvons recueillir dans toutes les créatures, ici plus, là moins parfaitement les vestiges empreints de sa divinité (4). »

De la terre remontant au ciel, à la Jérusalem éternelle, à la vraie cité de Dieu, saint Augustin dit encore : « D'où vient L 'origine , Y information, la béatitude de la cité sainte qui est, dans les saints anges, au-dessus de nous ? Si nous demandons : D'où elle est? C'est Dieu qui Va bdtie. Si nous demandons : D'où est sa sagesse? C'est Dieu

(1) « Quoniam hommes sumus, ad nostri Creatoris imagi- « nem creati, cujus est vera ^ternitas, œterna veritas. « œterna et vera charitas , estque ipsa aeterna et vera et « chara Trinitas, neque confusa, neque separata ; in iis qui- « dem rébus quae infra nos sunt, quoniam et ipsa nec aliquo <* modo essent, riec aliqua specie continereniur, nec aliquem • ordinem nec appelèrent, nec tenerent, nisi ab Illo tacta es- « sent qui su mine est, qui summe sapiens est, qui summe « ronus est ; quasi quaedam ejus alibi magis, alibi minus , im- < pressa vestigia cnlligamus [DeCwitat. De?, lib. XI, c. 28).»

qui Véclaire. Si nous demandons encore : D'où est sa félicité? C'est de Dieu qu'elle jouit. En subsistant, elle est modifiée; en contemplant, elle est illuminée; en s attachant , elle est dans le bonheur. Elle est, elle voit, elle aime. Elle subsiste dans X éternité de Dieu, elle resplendit dans la vérité de Dieu, et elle se réjouit dans la bonté de Dieu (1). »

Ainsi, pour saint Augustin, l'image de l'auguste Trinité se trouve en tout et partout : au ciel comme sur la terre , dans les êtres matériels comme dans les êtres spirituels; et tout ce que Dieu a fait porte l'empreinte noble et glorieuse du Dieu TRiNE et uh qui l'a fait.

Mais, après saint Augustin, écoutons saint Thomas expliquant, avec cette lucidité de principes qui lui est propre, la belle doctrine du grand évêque d'Hippone. Il ne faut jamais séparer ces deux étonnants génies, ces deux intelligences monstres, passez-moi ce mot; ces deux hommes, les plus grands qui aient jamais existé parmi les hommes, et si ressemblants entre eux, autant par 1 élévation de leur esprit que par leur soumission à la

1 Inde est Civitatis Sanctee, quae in sanctis angelis sur- ■ sum est, et origo et informatio et beatitudo? Si qwœramus : « TJndesit? Deus eam condidit. Si : Uiide sit sapiens? .^ Deo « illuminatur. Si : Unde sit l'elix? Deo fruit ur. Subsistens, « modificatur ; contemplans, illustratur ; ïnhxrem, jucunda- « tur. Est, videt, a mat. In aeteruilate Dei viget; in veritate « Dei lacet. \n bonitate Dei gaudet De Civil. Dei, lib. XVI , C. 24 .

m,', i.\ rniMTi.

toi catholique, et par leur zèle pour la vraie religion.

« Tout effet, dit le Docteur angélique, représente en quelque sorte, mais d'une manière différente, sa cause. H y a des effets qui représentent, c'est-àdire rappellent seulement la causalité ou bien la force efficiente de leur cause; mais ils n'en représentent pas ia forme ou la nature. C'est ainsi que la fumée représente le feu; et cette représentation s'appelle une représentation de trace ou de vestige. Car la trace , le vestige indique que quelqu'un est passé par un lieu; mais n'indique pas qui est ce quelqu'un qui y est passé. Mais il y a des effets qui représentent leur cause aussi par rapport à la ressemblance de forme. C'est ainsi que le feu engendré représente le feu générateur, et qu'une statue de Mercure représente Mercure; et cette représentation s'appelle représentation d'image (i).

« Or les processions des personnes divines en Dieu se rapportent à l'acte de son entendement et de -;i volonté. Car le Fils procède comme Verbe de l'entendement divin, et le Saint-Esprit comme Yamour

(I) « Omnis effectus aliqualiter représentât suam causam, « sed diversimode. Nain aliquis effectus représentât solam « causalitatem causse, non autem formam ejus, sicut fumus « reprsesentat ignem; et talis repraesentatio dicitur esse reprae- < sentatio vestigii. Vestigium autem demonstrat motum ali- « cujus transeuntis, serl non qualissit. Aliquis autem effectus « représentât causam quantum ad simlUtudinem formx ejus, « sicut ignis generatus ignem generantem, et statua Mercurii

Mercurium; et ha?c est représentatif» imagrô»v*(I,p.q.44,a.7).»

TA TfilMï ! . K)")

de la divine volonté. Dans les créatures raisonnables donc, ayant un entendement et une volonté, la représentation de la divine Trinité se trouve par manière 6l image, parce qu'elles ont aussi un Verbe couru et un amour qui en dérive. Mais dans tout le reste des créatures, la représentation de la Trinité s'y voit par manière de vestige, en tant qu'en chaque créature se trouvent des choses qui se rapportent à chacune des personnes divines, et qui la représentent ou rappellent. Car chaque créature, 1° subsiste dans son être ; 2" a une forme qui lui est propre, et qui la classe dans une espèce particulière parmi les êtres; et 3° enfin chaque créature est ordonnée à quelque autre chose. En tant donc que chaque créature est une certaine substance créée, elle représente une cause et un principe, et par là elle indique la personne du Père, qui est un principe n'ayant pas de principe. En tant que chaque créature a une forme et appartient à une espèce quelconque, elle représente le Verbe divin, par lequel le grand Artisan conçoit la forme de la chose artificiée. En tant enfin que chaque créature a un ordre quelconque , elle représente le Saint-Esprit comme amour ; car une chose n'est ordonnée à une autre que par la volonté de celui qui l'a créée (1).

(1) «Processiones autem divinarum Personarum attenduntur « secundum actum intellect us et voluntatis. ]\'am Filius proredit ut Verhinn intellectut, Spiritus Sanctus ut 4mor rolun-

« C'est pour cela que saint Augustin a dit que le vestige de la Trinité se trouve en chaque créature , en tant qu'elle est une , en tant qu'elle a une forme spécifique, et en tant qu'elle a un

Page 1