‹ La raison philosophique et la raison catholiqueChapitre 64 sur 98 · Il est pourtant entendu que, d'après saint · texte numérisé non relu

Il est pourtant entendu que, d'après saint

tatis. In creaturis igitur rationalibus.m quibusest intellectus et voluntas, invenitur representatio Trinitatis per modum imaginis, in quantum invenitur in eis Verbum coneeptum et amor procède ns, Sed in creaturis omnibus invenitur repraesentatio Trinitatis per moduin vestigii, in quantum, in qualibet creatura inveniu tur aliqua quœ necesse est reducere in divinas Personas, sicut in causam. Quaelibet enim creatura subsistit in suo esse; et hahetformam per qunm determinatur ad speciem; et habet ordinem ad aliquid aiiud. Secundum igitur quod est quaedam substantia creata, représentât causam et principium. et sic demonstrat personam Patris qui est principium , non de principio. Secundum autem quod liabet quamdam formant et speciem, représentât Verbum : secundum quod for)?ia artificiati est ex conceptione Artificis. Secundum autem quod habet o?r//«e»z, représentât Spiritum Sanctum in quantum est amor, quia ordo effectus ad aliquid alterum est ex voluntate creantis [Ibid.). » (1) Et ideo dicit Augustinus ( lib. VI, de Trinitat. ) quod vestigium Trinitatis invenitur in unaquaque creatura, secundum quoi union aliquid est; seeundum quod aliqua

LA TRIJVITÉ. 3^^

Thomas, dans les créatures irrationnelles, cet emblème de l'auguste Trinité se trouve seulement par mode de vestige, per modum vesligii, comme la trace des pas de Dieu , et que c'est dans les créatures rationnelles que l'empreinte du Dieu trine et un se trouve par mode (TImage et de Ressemblance ; per modum imaginis , comme le reflet du visage de Dieu; le Prophète ayant dit : Signalum est super nos lumen vultus tui, Domine (Psal. iv, 7).

Cette image ne se trouve pas en nous, en cela que notre àme est unie à un corps. En tant que nous sommes corps et âme, nous représentons un autre grand mystère que je vous exposerai plus tard. Ce n'est pas par la forme du corps, dit saint Augustin, mais par Tàrne rationnelle que nous avons été réellement créés à l'image de Dieu ; Non secundiun formam corporis , sed secundum ratiotndem mentem, homo ad imaginem Dei f ne tus est. (De Triait., lilj.XU.)

En rentrant donc en vous-mêmes, le flambeau de la foi à la main, vous pouvez y reconnaître, nous dit encore saint Augustin, l'image de Dieu, c'està-dire sa Trinité souveraine. «Cette image n'est pas adéquate, il s'en faut ; elle est même infini-

« specle informatur; et secundum quod quemdam ordinem

" habet. Ad hœc etiam reducuntur iliatria : Numerus, Pon-

« dus et Mensura qtiae ponuntur Sapientia, II. Nam Mensura

« refertur ad substantiam rei limitatam suis principiis; Nu-

- merus , ad spedem ; Pondus , ad ordinem {Ibid: .

JC)8 LA TlUxNlïÉ.

ment distante de la grandeur de son original; elle ne lui est pas coéternelle, et, pour tout dire en un mot, elle n'est pas delà même substance que Dieu. Cependant, dans les choses que Dieu a faites, il n'y a rien qui, plus que l'homme, approche delà nature de Dieu. Son image en nous peut être réformée et perfectionnée toujours ; mais rien n'est plus que cette image près de la ressemblance de Dieu ; car nous sommes, nous connaissons que nous sommes , et nous aimons et notre être et la connaissance de cet être. Dans ces trois choses-là, nous ne sommes pas troublés par la possibilité de nous tromper. Gomme je connais que je suis, de même je connais que foi cette même connaissance; et, en aimant ces deux choses, j'en ajoute une troisième, de la même importance, à ces deux choses que je connais (1). »

Ce n'est qu'au ciel, dit saint Paul, qu'en voyant Dieu face à face, nous pourrons contempler en

(1) « Et nos quidem in nobis, tametsi non œqualem, imo « valde longeque distantem, neque coœternam et, quo brevius « totum dicam, non ejusdem substantiœ cujus est Deus; « tamen, qua Deo nihil sit, in rébus ab eo factis, natura pro- « prius, imaginera Dei, hoc est summje illius Tbinitatis « agnoscimus, adhuc reformatione perficienda, ut sit etiam siml- « litudine proxima. Nam et sumus etnos esse novimus; etnos- « trum esse et nosse r/iligimus. In his autein tribus nulla nos « falsitas verisimilis turbat. Sicut novi me esse; ita novi etiam « hoc ipsum nosse me. Eaque duo cum amo, eumdem quoque « amorem quiddam tertium nec imparis œstimationis eis, quas « novi,, rébus adjungo {De Civitat. Dei, lib. XVI, 27). »

lui-même ce grand mystère de l'Être infini, la Trinité clans l'Unité et l'Unité dans la Trinité; à présent nous ne pouvons le voir, le contempler qu'en nous, miroir où Dieu en a tracé , comme en une énigme, l'image mystérieuse ; lidemus nunc per spéculum et in œnigmate; tune autem facie ad faciem (I Corinth., xm, 12). Comme donc, en l'absence d'une personne chérie , on se plaît à la regarder, à s'entretenir avec elle dans son portrait; de même, dans l'éloignement où nous sommes de notre Dieu, de cette adorable et aimable Trinité , nous plaisons-nous à la regarder, à l'admirer dans le portrait merveilleux qu'elle nous a laissé d'ellemême en nous-mêmes.

5. Je vous ai plusieurs fois fait remarquer que la philosophie purement rationnelle n'a jamais rien trouvé, rien inventé, pas même l'erreur qu'elle s'est attribuée. C'est ainsi que Malebranche s'est dit l'inventeur de Terreur grossière qui a été enseignée dans les écoles modernes , sous le nom de Système des causes occasionnelles. D'après ce système, les causes secondes, les créatures n'auraient aucune action qui leur soit propre, aucune action en elles-mêmes et par elles-mêmes; mais ce serait Dieu qui opérerait à leur occasion : de sorte que ce ne serait pas le feu qui brûlerait les corps , mais Dieu, à V occasion du feu; ce ne serait pas le couteau qui couperait le pain , mais Dieu , a toc-

40U LA illIMTÊ.

sion du couteau. Or ce système est bien ancien ; c'est , d'après saint Thomas, tout simplement Tune des erreurs du Coran; Quidam loquentes in lege Maurorum dixerunt quod res penilus naturalis nihil ageret per virluem propriam (Ouest, dis p. m, de Creatione, a. 1). Mais la raison par laquelle ce grand docteur le repousse et le combat, est digne de son grand esprit . et capable d'éclairer nos intelligences et de toucher nos cœurs. « Car ce système , dit-il , répugne à la bonté de Dieu , qui , étant communicative et expansive d'elle-même , a voulu que même les choses créées ressemblassent à Dieu, non-seulement dans la manière d'être, mais aussi dans la manière d'opérer: Sed hoc répugnât tUvinœ Bonitati, quœ sui commanicatwa est, ex quo factum est quod res si m îles Deo fièrent . non solurn in esse, sed etiam in agere (Jbid.). »

Et puisque Dieu est en lui-même , agit par luimême, il a aussi daigné former les créatures de manière qu'elles exis tussent presque en ellesmêmes, opérassent par elles-mêmes, leur ayant donné un être et une opération à elles qu'on peut regarder comme leur propre être et leur propre opération. Rien donc de moins convenable, disait aussi saint Augustin huit siècles avant saint Thomas, et cité par saint Thomas, que d'affirmer que c'est Dieu qui opère et fait tout en nous, sans nous; Inconvenienter eigo dicitur quod universa Deus in nobis, sine nobis , operatur.

LA TRUUTE. 4OI

La théologie catholique reconnaît en Dieu deux espèces d1 action : l'action par laquelle Dieu crée les choses et les conserve, et cette action s'appelle l'Action vers le dehors, Faction qui passe, Actio ad extra, actio transiens; et l'action par laquelle Dieu se connaît et s'aime lui-même , qui reste dans les profondeurs de la nature divine, et qui s'appelle, pour cela, l'Action vers le dedans, Faction qui demeure, Faction immanente : Actio ad intra, actio irnmanens.

C'est de cette double action que la honte de Dieu a doté l'homme. Nous opérons sur les objets exlerieurs : c'est notre action au dehors, notre action qui passe Mais, comme êtres intelligents, nous nous connaissons, nous nous aimons; et cette action reste dans les profondeurs de notre âme; c'est notre action au dedans , notre action qui demeure. Mais par cela même que nous nous connaissons et nous nous aimons, cette opération au dedans est double elle aussi.

D'abord, comme de Faction exercée sur un objet extérieur résulte une espèce de procession au dehors; de même, de Faction immanente dans l'agent même, résulte une procession au dedans. Cela est évident, particulièrement par rapport à l'entendement, en qui Faction d'entendre demeure dans celui qui entend 1).

(1) • Sicut secundum actionem qux tendit in e.xteriorem materiam. est ali<jua processio ad extra ; ita secuudum actio-

4<J2 LA TRINJTE.

L'économie de cette procession consiste en cela que : «Quiconque entend, par cela même qu'il entend, voit se produire en lui-même quelque chose qui n'est que la conception de la chose entendue, et qui provient de la faculté intellective et de la connaissance de celte faculté. C'est cette conception que nous exprimons par la parole, et qui n'est que le verbe du cœur, manifesté par le verbe de la voix(l). » Ainsi notre intelligence, par un retour sur elle-même, et se considérant dans ses facultés , dans ses perfections finies, se connaît et se comprend elle-même; produit, en elle-même, la conception de la chose comprise ; et cette conception, c'est notre parole intérieure, notre verbe.

Mais , en second lieu, en engendrant sa pensée, l'intelligence s'y plaît, s'y aime; et de là l'amour en nous , la volonté, qui est le produit de l'intelligence et de la pensée.

Or tout cela n'est que Y image de ce qui arrive dans la Nature Infinie. L'Intelligence infinie, en se regardant elle-même dans ses perfections infinies , se connaît , se comprend , et par cela même engen-

« nera quae manet in ipso agente attenditur processio quœdam « ad intra. Hoc maxime patet in inteilectu cujus intelligere « manet in intelligente (I p., q. 27, a. 1). y

(1) « Quicumque intelligit, hoc ipso quod intelligit , procedit « aliquid intra ipsum quod est conceptio rei intellects, ex vi in- « tellectiva et ex ejus notitia procedens. Quam quidem eoncep- « tionem vox significat et diùtur verbum cor dis , significatum •v verbo vocis (Ibid.). »

LA TRIJWfÉ. 4o3

dre quelque chose d'ineffable, qui est la conception d'elle-même , se connaissant et se comprenant elle-même ; et cette conception divine est le Verbe éternel , qui est son véritable Fils ; Filins meus es lu; ex utero unie luciferum genui te {Psal. cix, 3). En même temps elle se plaît, elle s'aime dans celte conception, dans ce Verbe; Hic est filius meus cli- /ectus, in quo mihi bene complucui (Matth., m, 1 7) ; et de l'Intelligence et du Verbe se produit en Dieu ie Saint-Esprit, l'Amour Infini. Mais développons encore un peu plus cette même théorie.

6. Lorsque nous avons parlé de l'origine des idées, nous avons vu qu'il est faux que les idées nous viennent toutes faites par les sens ou par la parole , puisque les sens et la parole ellemême ne font que tracer un fantôme des choses extérieures dans notre imagination. Nous avons vu qu'il est faux aussi que les idées soient innées dans l'àme, et qu'elles s'y réveillent par la réflexion et par la parole. Nous avons vu que la vérité , touchant cette grande question , est quelque chose de milieu entre ces deux systèmes, tous les deux erronés ; c'est-à-dire que , en vertu de cette noble faculté qui s'appelle entendement agissant (1), et

(1) Saint Thomas remarque que les principales erreurs touchant la divine Trinité sont deux : celle d'Arius, qui a admis en Dieu une trinité de substances avec la Trinité des personnes ;

|<>b LA TRINITE.

Remarquez aussi, mes Frères, que notre intelligence étant simple et indivisible, lorsqu'elle produit sa pensée , et avec sa pensée son amour, s'y reproduit, en quelque manière, tout entière et sans partage. Notre intelligence est tout notre esprit, notre pensée est tout notre esprit, notre volonté est tout notre esprit ; cependant ce ne sont pas trois esprits en nous, mais un seul et même esprit se reproduisant , on dirait presque tout entier, dans la pensée et clans l'amour.

A plus forte raison l'Intelligence infinie, simple et indivisible, engendrant son Verbe, et, avec son Verbe, le Saint-Esprit , l'Amour Infini , s'y reproduit, s'y répète tout entière et sans partage, d'une manière infiniment plus réelle et plus parfaite. De sorte que le Père est tout Dieu, le Fils est tout Dieu, le Saint-Esprit est tout Dieu; mais cène sont pas trois Dieux, ce sont un seul Dieu, c'est la même nature divine du Père qui se reproduit dans le Fils et le Saint-Esprit.

Le Père en engendrant le Verbe, et le Père et le Verbe en produisant le Saint-Esprit, ne s'épuisent pas, ne s'usent pas, ne vieillissent pas; car la nature divine est incorruptible et inépuisable. Il en est de même en nous. C'est le corps qui nous fait défaut, ce sont les organes corporels par lesquels les mots et les fantômes des choses sensibles sont passés dans l'imagination, qui s'affaiblissent. Mais notre entendement, en engendrant la raison,

LA THIK '}n~

et notre raison et notre entendement en produisant la volonté, ne s'épuisent pas, ne s'usent pas, ne vieillissent pas; car notre intelligence est incorruptible, et, sous certains rapports, elle est aussi inépuisable.

Encore une autre analogie non moins merveilleuse. L'âme humaine n'est connue au dehors que par la parole parlée. C'est par cette parole, par ce verbe, devenu sensible au moyen de la voix, que l'intelligence, la raison, l'amour de l'homme, cette tiïnité créée, et rame tout entière, se manifeste. C'est ainsi que Dieu n'est connu de nous que par son Verbe incarné. C'est par cette Parole, par ce Verbe devenu sensible au moyen de l'incarnation, que le Père, le Fils et le Saint-Esprit, cette Trinité incréée, Dieu tout entier se fait connaître; de sorte qu'il y a ignorance de Dieu, de la perfection de son être , de l'auguste Trinité de ses personnes, là où n'est pas connu , cru, adoré, servi, aimé le Verbe de Dieu fait homme; Jésus-Christ lui-même ayant dit : «Personne ne connaît le Père, excepté le Fils et celui auquel le Fils voudra bien le révéler. Celui qui me voit, voit aussi mon Père: Nemo novit Fiiium9 nisi Pater et cui voluerit F Mus revelare. (Matth., xi, 27). Qui viclet me, videl et Patreni meum (Joan., xiv, 9).

7. Pour mieux comprendre ces ineffables analogies entre la Trinité divine et la trinitéde l'esprit hu-

l<>8 I \ 1T, IMT1.

main , il est nécessaire de rappeler ici les prineipes généraux sur lesquels le grand saint Thomas a établi l'exposition de ce grand mystère dont nous nous occupons maintenant.

«. Dans toutes les choses qui sont générées et qui se corrompent, la génération n'est que la mutation, le passage du non-être à l'être. Mais, dans les êtres vivants, la génération est bien autre chose. Elle est l'origine d'un être vivant, provenant d'un principe conjoint et vivant , lui aussi 9 par voie de ressemblance, dans la nature de la me/ne espèce : comme l'homme procède de l'homme, et le cheval du cheval. On ne dit pas des cheveux qu'ils sont engendrés, parce que, quoiqu'ils se produisent dans le corps vivant , ce ne sont pas des êtres vivants, m se produisant par voie de ressemblance. Les vers qui s'engendrent dans l'animal ne se disent pas non plus engendrés par lui, ni ses fils, parce que, tout en ayant le même genre, ils ne sont pas de la même espèce que l'animal où ils se produisent (1).»

(1) «Generatio in omnibus generabilibus et corruptibilibus , « nihil aliud est, nisi mutatio e non esse ad esse. In viventibus « est origo viventis a principio civente conjuncto, secundum « rationem similitudinis in natura ejusdem speciei, sicut « homo proceditabhomine,etequusabequo. Copillusnonhabet « rationem geniti, quia non procedit secundum rationem simi- « litudinis. Venues qui generantur in animalibus non habent « rationem generationis et filiationis, quia licet sit similitudo « secundum genus, non habent rationem similitudinis in natura « ejusdem speciei il, p. q. 27, a. 2 . »

la TRWITE. J09

« En Dieu , la procession du Verbe est une génération véritable. Le Verbe procède du Père par voie d'opération inlelligible,qui est une opération de vie accomplie par un principe vivant conjoint, et parvoie de ressemblance ; la conception de l'entendement étant une ressemblance de la chose entendue. Cette conception est de la même nature que le principe qui se la forme, parce que, en Dieu, V entendre est la même chose que Yétre. C'est donc bien à juste raison que la procession du Verbe de Dieu s'appelle une génération, et le Verbe lui-même s'appelle le Fils de Dieu (1). »

« Mais quant à nous, V entendre n'est pas la substance même de notre entendement. Le verbe donc, qui procède de nous aussi par la voie de l'opération intelligible , n'est pas de même nature que l'entendement d'où il procède , et le mode de génération ne convient à notre verbe que d'une manière impropre et imparfaite. Mais X entendre de Dieu est la substance même de Celui qui entend; le Verbe divin qui en sort en procède comme une chose réellement subsistante et de la même

(1) « Processio Verbi in divinis habetrationem generationis: « procedit enim per modum intelligibilis operationis , quae est « operatio vitae, et a principioconjuncto, etsecundum rationem * similitudinis. Quia oonceptio intellectus est similitudo rei in- ■ tellectae et in eadem natura existens, quia in Deo idem est « intelligere et esse. Unde processio Verbi in divinis dicitur « generatio, et ipsum Verbum proeedens dicitur Filius(/6fr/.).»

nature. C'est pour cela que le Verbe divin est dit, d'une manière propre et complète, engendré par Dieu et Fils de Dieu. C'est cependant à juste raison que, par rapport à notre entendement aussi, nous parlons de notre verbe comme d'une conception; car dans le verbe de notre entendement aussi se trouve la ressemblance de la chose entendue, quoique ne s'y trouve pas l'identité de nature (1). »

« Tout ce qui procède selon la procession au dehors est nécessairement différent du principe d'où il procède. Mais ce qui procède par la procession au dedans n'en doit pas être divers. Loin de là, il est même d'autant plus un avec le principe d'où il procède , qu'il en procède plus parfaitement; car il est manifeste que la conception intellectuelle est d'autant plus intime et plus une avec le principe intelligent , que l'acte de l'intellection est plus parfait ; l'entendement devenant plus un avec la chose entendue, par cela même qu'actuellement il entend. Par conséquent Yenten-

(1) « Intelligere, in nobis, non est ipsa substantia intellec- « tus. Unde verbum, quod, secundum intelligibilem operatio- « nem, procedit in nobis, non est ejusdem naturae cum eo a quo ■ procedit. Unde non proprie et complète competit sibi ratio « generationis. Sed intelligere divinum est ipsa substantia In- « telligentis; et Verbum procedens procedit, ut ejusdem naturae « subsistens; et propter hoc dicitur proprie Genitus et Fi- « lius. Sed, in intellectu nostro, utimur verbo concepiionis, « secundum quod, in verbo nostri intellectus, invenitur simili- « tudo rei intellects : licet non inveniatur naturae identitas « (I, p. q. 27, a. 2). »

dre de l'entendement divin étant le dernier degré de la perfection , il faut absolument admettre que le Verbe divin est un avec le Père, de qui il procède (1). Vous comprenez par là pourquoi Jésus- Christ a dit : Moi et le Père ne sommes qu'o ; Ego et Pater unum sumus (Joan., x, 30).

8. L'action immanente dans l'agent même n'est, dans la nature intellectuelle , que de l'entendement et de la volonté. Quant à la procession du Verbe, elle n'est l'effet que de l'action intelligible. Mais, par rapport à l'opération propre de la volonté, une autre espèce de procession se fait en nous, à savoir, la procession de l'amour en tant que la chose aimée est dans celui qui l'aime , tout comme , par la conception du Verbe, la chose dite ou entendue est dans celui qui la dit ou l'entend : c'est donc pour cela qu'en dehors de la procession du Verbe, on reconnaît en Dieu une autre procession , qui est celle de l'amour (2).

(1) « Quod procedit secundum processionem ad extra, oportet « esse diversum ab eo a quo procedit. Sed id quod procedit ad « Entra, non oportet esse diversum. Imo quanto perfectius pro- « cedit, tanto magis est unum cum eo a quo procedit. Manifes- « tum est enim quod quanto aliquid magis intelligit, tanto con- « ceptio intellectualis est magis intima intelligenti et magis « unum. Nam intellectus, secundum hoc quod actu intelligit , « fit magis unum cum intellecto. Unde cum divinum intellectum « intelligere sit in fine perfectionis, necesse est quod Verbum « divinum sit perfecte unum cum eoa quo procedit (/ô.,a. 2). »

(2ï « Actio manens in ipso agente, in intellectuali natura,

!\ \ 2 LA TRlIVITi:.

9. « Tout ce qui est dans la volonté, comme la chose aimée dans celui qui aime, a un certain rapport avec la conception intellectuelle par laquelle et dans laquelle l'entendement la contemple; et aussi un certain rapport avec l'entendement même , produisant la conception qui s'appelle « Verbe. » Car rien n'est aimé qui ne soit précédemment connu ; et ce qui est aimé Test , et en lui-même — parce qu'il est bon — et dans la connaissance qu'on a de sa bonté. C'est dire que tout acte delà volonté procède également et de l'entendement produisant la connaissance ou le verbe, et du verbe ou de la connaissance même qu'on a de la chose aimée. Il est donc de toute nécessité que l'amour par lequel Dieu est dans la volonté divine, comme l'aimé dans l'aimant, procède en même temps et du Verbe de Dieu, et du Dieu qui engendre le Verbe (1). Et

« est actio intellectus et voluntatis. Processio autem verbi « attenditur secundum actionem inteliigibilem. Secundum au- « tem operationem voluntatis, inveDitur in noMs quaedam alia « processio, scilicet, processio amoris. Secundum quod amatum « est in amante ; sicut, per conceptionem verbi, res dicta vel « intellecta est inintelligente. Unde, prseter processionem Verbi, « ponitur in divinis, alia processio, quaeest amo?Hs(Ib.,a. 3). » (1) «Quod aliquid sit in voluntate, sicut amatum in amante, « ordinem quemdam habet ad conceptionem qua ab intellectu « conspicitur, et ad ipsam rem cujus intellectualis conceptio « dicitur Verbum : non enim amaretur aliquid, nisi aliquo modo « cognosceretur. Nec solum amati cognitio amatur, sed se- « cundum quod in se bonum est. Necesse est ergo quod amor « quo Deus est in voluntate divina, ut amatum in amante, et <( a Verbo Dei, et a Deo! cujus est Verbum, procédât (fbid.). »

LA TK1JNITÉ. 41^

de Jà vous comprendrez pourquoi Jésus-Christ a dit que le Paraclet procède du Père, et qu'il est envoyé aussi par le Fils comme procédant aussi de lui : Paraclitus qui a Pâtre procedit, queni ego mittam vobis (Joan.i; et pourquoi, dans la croyance catholique, on proclame hautement que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils : Qui ex Paire, Filioque procedit.

Quant à la doctrine catholique touchant le Saint- Esprit, voilà encore ce qu'a remarqué le Docteur angélique : « L'entendement et la volonté opèrent d'une manière tout à fait différente. L'entendement est actuellement entendant, parce que la chose entendue s'y trouve selon sa ressemblance; mais la volonté n'est pas actuellement voulant, parce que la ressemblance de la chose voulue est dans la volonté , mais parce que la volonté a une certaine tendance à la chose voulue. La procession donc provenant de l'entendement se fait selon la raison de la ressemblance, et par cela même est une véritable génération ; car c'est par la génération que le générateur engendre une chose qui lui ressemble. Mais la procession provenant de la volonté n'a pas lieu selon la raison de la ressemblance, mais selon la raison d'une impulsion ou d'une motion de la volonté vers une chose. — C'est-à-dire que l'entendement engendre, la volonté s'incline. Ce que Ton entend est le fils de l'entendement ; mais ce que l'on veut n'est pas le tils de la volonté. — C'est donc

/j li i \ rni\iTh.

9. « Tout ce qui est dans la volonté, comme la chose aimée dans celui qui aime, a un certain rapport avec la conception intellectuelle par laquelle et dans laquelle l'entendement la contemple; et aussi un certain rapport avec l'entendement même , produisant la conception qui s'appelle «Verbe. » Car rien n'est aimé qui ne soit précédemment connu ; et ce qui est aimé l'est , et en lui-même — parce qu'il est bon — et dans la connaissance qu'on a de sa bonté. C'est dire que tout acte delà volonté procède également et de l'entendement produisant la connaissance ou le verbe, et du verbe ou de la connaissance même qu'on a de la chose aimée. 11 est donc de toute nécessité que l'amour par lequel Dieu est dans la volonté divine, comme l'aimé dans L'aimant, procède en même temps et du Verbe de Dieu, et du Dieu qui engendre le Verbe (1). Et

« est actio intellectus et voluntatis. Processio autem verbi « attenditur secundum actionem inteliigibilem. Secundum au- « tem operationem voluntatis, invenitur in nobis quaedam alia « processio, scilicet, processio amoris. Secundum quod amatum « est in amante ; sicut, per conceptionem verbi, res dicta tel « intellecta est inintelligente. Unde, praeter processionem Verbi, « ponitur in divinis, alia processio, quaeest amoris (Ib., a. 3). » (1) «Quod aliquid sit in voluntate, sicut amatum in amante, « ordinem quemdam habet ad conceptionem qua ab intellectu « conspicitur, et ad ipsam rem cujus intellectualis conceptio « dicitur Verbum : non enim amaretur aliquid, nisi aliquo modo « cognosceretur. Kec solum amati cognitio amatur, sed se- « cundum quod in se bonum est. îsecesse est ergo quod amor « quo Deus est in voluntate divina, ut amatum in amante, et « a Verbo Dei, et a Deo! cujus est Verbum, procédât ( Ibid.). »

LA TK1.MTÉ. 4IJ

de Jà vous comprendrez pourquoi Jésus-Christ a dit que le Paraclet procède du Père, et qu'il est envoyé aussi par le Fils comme procédant aussi de lui : Paraclitus qui a Pâtre procéda, que m ego mittam vobis (Joan. ; et pourquoi, dans la croyance catholique, on proclame hautement que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils : Qui ex Pâtre, Filioque procéda.

Quant à la doctrine catholique touchant le Saint- Esprit, voilà encore ce qu'a remarqué le Docteur angélique : « L'entendement et la volonté opèrent d'une manière tout à fait différente. L'entendement est actuellement entendant, parce que la chose entendue s'y trouve selon sa ressemblance; mais la volonté n'est pas actuellement voulant, parce que la ressemblance de la chose voulue est dans la volonté , mais parce que la volonté a une certaine tendance à la chose voulue. La procession donc provenant de l'entendement se fait selon la raison de la ressemblance, et par cela même est une véritable génération ; car c'est par la génération que le générateur engendre une chose qui lui ressemble. Mais la procession provenant de la volonté n'a pas lieu selon la raison de la ressemblance, mais selon la raison d'une impulsion ou d'une motion de la volonté vers une chose. — C'est-à-dire que l'entendement engendre, la volonté s'incline. Ce que Ton entend est le fils de l'entendement ; mais ce que l'on veut n'est pas le hls de la volonté. — C'est donc

4l4 LA TRINITÉ.

pour cela qu'un Dieu qui procède par voie d'amour ne procède pas en qualité de chose engendrée , en qualité de Fils , et ne peut pas se dire « Fils ; » mais il procède plus vraiment comme « Esprit;» car le mot esprit indique une certaine impulsion ou motion vitale, en tant qu'on est mû ou poussé par l'amour à faire quelque chose (1). Vous voyez donc pourquoi , dans la croyance catholique , le Verbe éternel s'appelle le Fils de Dieu ; mais ce nom de « Fils » n'est nullement donné au Saint- Esprit.

10. Mais par cela même que la chose aimée existe dans la volonté , laquelle incline et pousse en quelque manière celui qui aime vers cette même chose aimée; et que l'impulsion intérieure d'une chose vivante vers une autre chose, c'est « FEs-

(1) « Haec est differentia inter intellectum et voluntatem : « quod intellectus lit in actu , per hoc quod ros est in intellectu « secundum suam simiiitudinem. Voluntas fit in actu non per « hoc quod aliqua similitudo voliti fit in voluntate, sedex hoc « quod voluntas habet relationem quamdam in rem volitam. « Processio ergo secundum rationem intellectus est secundum « rationem similitudinis, et in tantum potest habere rationem « generationis,quiaomne générons générât sibi simile. Proces- « sio autem secundum rationem voluntatis non consideratur « secundum rationem similitudinis, sed magis secundum ratio- « tionem impellentis vel moventis in aliquid. Et ideo quod in « divinis procedit per modum amoris, non procedit ut genitus « vel filius, sed magis ut spiritus : quo nomine qusedam vitalis « motio et impulsiodesignatur, prout aliquis, examore, dicitur « moveri vel impelli ad aliquid faciendum (I, p. q. 27 ' , a. 4). »

prit, » il est de toute convenance d'appeler « Esprit » la personne divine procédant par voie d'amour (1). Voilà donc la raison pour laquelle la seconde personne de l'auguste Trinité s'appelant le Verbe, la troisième n'est appelée dans l'Écriture que « l'Esprit. » Et voilà aussi la raison des noms ineffables , des noms magnifiques que Jésus-Christ a donnés aujourd'hui aux personnes divines, en les appelant le Père , le Fils et le Saint-Esprit ; In nomme Patris, Filii et Spiritus Sancti. La première personne engendre vraiment; c'est donc un véritable père. La seconde est vraiment engendrée; c'est donc un fils véritable. Mais la troisième est produite, et non pas engendrée; elle résulte de la spiration\ c'est donc un véritable Saint-Esprit.

« Tout ce qui est en Dieu, est Dieu. Par toute procession donc qui arrive en Dieu , et qui n'est pas du nombre des processions du dehors, se communique tout entière la nature divine (2).

Aimer, c'est vouloir. Le vouloir de Dieu est son propre être, comme sa volonté est son être. L'être donc de Dieu dans sa volonté, par voie d'amour,

(1) « Sed quia amatum in voluntate existit, ut inclinans et « quodammodo impellens intriusecus amantem , in ipsam rem « amatam; impulsus autem rei viventis ab interiori ad spiritum « pertinet; convenit Deo, per modum amoris procedenti, ut « Spiritus dicatur {Sum. Cont. Gent.). »

(2) « Quidquid in Deo est, Deus est; et ideo per quamlibet « processionem, quee non est ad extra-, communicatur divina na- « tura (Ibid.). »

4lG LA TUJ.MTÉ.

n'est pas un être accidentel 9 comme en nous , mais un être essentiel ; et par cela même, en tant que Dieu est considéré comme existant dans sa volonté, il est vraiment et substantiellement Dieu (1) : tout comme il est aussi vraiment et substantiellement Dieu, en tant qu'il est considéré comme existant dans son entendement; et dès lors vous comprenez que le Verbe est Dieu, le Saint-Esprit est Dieu, tout comme le Père est Dieu; et que cependant ce ne sont pas trois dieux, mais un seul et même Dieu : Deus Pater, Deus ïï/ius, Deus Spiritus Sanctus;et lumen non très dii ', sed unus est Deus.

11. Par le moi personne on entend ce qu'il y a de plus parfait dans toute la nature, à savoir, une chose subsistante dans la nature rationnelle. Et puisqu'on doit attribuer à Dieu tout ce qui est parfait, il est de toute convenance qu'on reconnaisse qu'il y a des personnes en Dieu , et même d'une manière plus excellente que dans les créatures. La personne n'exprime en Dieu que ce qui ressort comme une chose subsistante dans la na-

(0 « Amare est aatem quoddam velle; velle Dei est ejus « esse, sicut et voluntas ejus est ejus esse. Esse igitur Dei in « voluntate sua per modum amoris , non est esse occidentale « sicut in nobis, sed essentiale;unde Deus, secundum quodcon- « sideratur in sua voluntate éiistens, est vere et substantialiter « Deus (Ibid.). »

ture divine. Et comme il y a plusieurs de ces choses subsistantes en Dieu , il faut de toute nécessité y admettre plusieurs personnes (1).

Les personnes en Dieu ne sont donc que les relations qui s'y trouvent, non pas comme des puissances réductibles en acte, à la manière dont ces relations se trouvent dans notre esprit, mais comme des réalités toujours eu acte, toujours mutuellement subsistantes, mais réellement distinctes l'une de l'autre. Ainsi la Paternité subsistante est la personne du Père; la Filiation subsistante est la personne du Fils ; et la Spiration subsistante est la personne du Saint-Esprit (2). Vous voyez donc pourquoi il est dit que « ce sont trois qui rendent au ciel témoignage de la Divinité: le Père, le Verbe, et le Saint-Esprit; Très sunt, qui tcstimoniurn dont in cœlo : Pater, Verburn, et Spiritus Sanclus (I Joan., \, 7).

Mais, dans cette Trinité ineffable, le nom de «personne» n'a pas précisément la même signifi-

(1) « Persona significat ici quod est perfectissimum in tota « natura, scilicet subsistens in natura rationali. Cum omne illud « quod e:>t perfectionis Deo sit attribuendum , conveniens est " ut hoc Domen personœ de Deo dicatur, et excelle; tiori modo. « In natura divipa sunt plures res subsistentes. Persona in « divinis signiOcat relationem ut rem subsistentem in natura « divina (I, p. q. 29, a. 3; et q. 50, a. 1).»

(2) « Plures personse sunt plures relationes subsistentes ab « invicem, sed realiter distinctœ. Paternitas subsistens est perso- <• na Patris. Filiatio subsistens est persona Filii (I, p. q. 30, a. 2).»

4l8 LA TRINITÉ.

cation qu'il a lorsqu'il s'agit de la substance intelligente créée. Dans ce dernier cas, le mot « personne » signifie un individu distinct d'un autre individu par rapport à sa nature; au lieu qu'en Dieu le mot « personne » n'indique qu'une chose subsistante dans la même nature (1). Gomme donc les personnes sont en Dieu réellement trois, la nature est toujours une. Et vous comprenez aussi pourquoi, dans le même passage des Livres Saints que je viens de citer, il est dit que le Père, le Verbe et le Saint-Esprit sont TROIS, et que ces trois ne sont cependant qu'uN : Très sunt... Pater, Verbum, etSpiritus Sanclus; et hi très unum sunt. Les actions qui s'exercent dans l'agent même, ne sont que deux dans la nature intelligente : Fentendre et le vouloir. Car le sentir est en dehors de la nature intellectuelle : les brutes sentent, et elles n'ont pas d'intelligence : Quibus non est intellectus> Le sentir n'est pas tout à fail séparé du nombre des actions du dehors , puisqu'on ne sent que par l'action de la chose sensible sur nos sens. Il n'y a donc d'autre procession en Dieu que celle du Verbe et de l'Amour (2). De là on comprend

(1) « Nom en .personae non est impositum ad signifîcandum « individuum ex parte natura?, sed ad significandam rem sub- « sistentem in toli natura (Ibicl. , a. 4).»

(2) « Actiones quae in agenie manent, in natura intellectuali « non sunt, nisi duas, iotetiigere et vellei Nam sentire est extra « nnturam intpllectuaUni, Bleque toNiter est remotum a génère

LA TIU.M I I . \ Ifj

pourquoi les personnes divines sont trois et ne sont que trois; car l'intelligence Unie, sa pensée et son amour, voilà toute l'âme; l'Intelligence Infinie, le Verbe éternel, l'Amour Infini, voilà tout Dieu : Très sunt, qui testimonium dant in cœlo : Pater, Verbum, et Spiritus Sanctus; et ht très unum sunt. Enfin, nous pouvons toujours comprendre, toujours vouloir; mais, actuellement , nous ne comprenons pas toujours, ne voulons pas toujours. On distingue en nous la puissance de Y acte; mais en Dieu cette distinction n'a pas lieu. Dieu est un acte pur; tout est en lui acte perpétuel et permanent. La génération du Verbe, aussi bien que la procession du Saint-Esprit, sont et ont été toujours, en Dieu, des opérations permanentes, subsistantes, éternelles. Tandis donc qu'en nous Y entendre, le vouloir sont des actes passagers et fugaces (1), en Dieu ce sont des réalités toujours existantes. Dans cette Trinité auguste il n'y a rien qui précède, rien qui suive dans l'ordre du temps. Aucune des personnes divines n'est plus parfaite que les autres ; mais elles sont également éternelles, comme elles sont

« actionum quae sunt ad extra ; nam sentire perficiturper actioi nem sensibilis in sensum. Nulla ergo alia processio est in Deo « nisi Verbi et amoris (I, p. q. 30, a. 2).»

(1) L'action n'est que V actualité de la faculté (ou la faculté réduite en acte), tout comme l'être n'est que Vactualité de la substance ou de L'essence (ou la substance ou l'essence réduites en acte). Or il est impossible que ce qui, comme toute

420 I A J Kl M ri.

parfaitement égales: Et in lutc Trinitate, nikil prias aut posterais, nihil rnajus aut minus; sed lotie très personœ coœternœ sibi sunt et coœquales (Sym. A th.).

Voilà, mes très-chers Frères, ce que, éclairée par l'enseignement de l'Église, la raison catholique admet, voila ce qu'elle croit touchant la Divine Trinité.

12. On conviendra donc que cette doctrine de la Trinité, tout incompréhensible qu'elle soit , est au fond infiniment harmonique, infiniment raisonnable ; elle est le fait nécessaire de la nature intelligente, infiniment parfaite et parfaitement infinie. On conviendra que cette doctrine est de la plus haute science, devant laquelle les théories creuses de nos philosophes éclectiques ou rationalistes ne sont que des mots d'enfant qui n'ont ni sens ni raison. On conviendra que cette doctrine est autant digne de la foi et de l'admiration du

intelligence créée, n'est pas un acte pur, mais a en lui quelque chose de la puissance, soit sa propre actualité; car l'actualité répugne à la potentialité. Dieu «eul est donc un acte pur ; et, partant , en Dieu seul sa substance est en même temps et son Être et son Opérer : Actio est actualitas virtutis, sicut Esse est actualitas substantiœ vel essentiœ. Impossibile est quod aliquid, quod non est purus actus, sed aliquid habet de potentia admixtum, sit sua actualitas ; quia actualitas potentialitati répugnât. Solus Deus est actus purus. inde, in solo Deo sua substantia est suum Esse et sinon Jgere. (I, p. q. 54, a. 1.)

I I l'RIMTK. /p. i

chrétien, que de l'étude sérieuse, de l'extase scientifique du philosophe.

Il y a deux espèces d'images : l'image naturelle et l'image artificielle. L'image naturelle est la ressemblance dans la même nature, comme l'image du roi, dit saint Thomas (1), est dans son fils qui loi est connaturel, parce que tout ce qui engendre produit un être qui lui ressemble selon sa forme : Omrie generans proclucit sibi si mile, secundum forma ni . L'image artificielle est hors de la même nature ; c'est l'image du roi sur ta monnaie d'argent.

L'image naturelle de la Nature infinie ne peut se trouver que dans cette même nature : ainsi, c'est le Verbe éternel qui est vraiment L'image naturelle du Père, comme la splendeur de sa gloire : Splendor gloriœ et imago substantiœ i psi us (Hebr.fï9 3).

(I) La voici cette belle doctrine de saint Thomas touchant l'image: «L'image ne se dit que d'une chose qui se fait à i'imitation d'une autre chose. Un œuf, tout semblable et égal qu'il soit à un autre œuf, ne s'en dit pas l'image, parce qu'il n'en est pas l'expression. L'égalité n'est pas absolument nécessaire pour constituer l'image; elle n'est demandée que lorsqu'il s'agit d'une image parfaite: Imago dicitur ex eo quod agitur ad similitudinem alterius. Ovum, quantumque sit alteri ovo simile et œquale . quia tamen non est èxpressum ex Ulo, non dicitur imago ejus. /Equalitas non eut de raiione imaginis ; est tamen de ratione peefect/e imaginis. »

Il se trouve dans l'homme une certaine ressemblance avec Dieu. Cette ressemblance est dans le rapport où la chose exemptée est avec son exemplaire. Mais il n'v a pns dp ressemblance

Dans notre esprit, l'image de Dieu et des personnes divines n'est en quelque sorte qu'une image artificielle. Elle les représente comme le portrait représente les traits de son prototype, sans en partager la nature. Dieu s'est plu à graver dans notre esprit les traits, les formes de sa grandeur et de sa beauté divine; mais il n'a pas fait l'homme de sa

adéquate entre Dieu et l'homme , parce qu'un tel exemplaire surpasse infiniment un tel exemple. C'est pour cela qu'on dit imparfaite et non pas parfaite l'image de Dieu dans l'homme. Cette différence est exprimée par la préposition à, qui indique une certaine accession d'une chose distante à une autre chose : In homme invenitur aliqua Dei simili tudo , quse deducitur a Deo sicut ab exemplari; non tamen est similitudo secundum œqualitatem : quia in in finition excedit Exemplar hoc taie exemplatum. Ideo dicitur in homine esse imago Dei non perfecta,sed imper fecta. Propositio ad significat accessum quemdam, qui competit rei distanti.

C'est Dieu lui-même qui a tracé dans l'homme son image spirituelle. Jésus-Christ est l'image parfaite du Père , et c'est pour cela qu'on le dit l'image , mais on ne le dit pas a l'image (comme on dit de l'homme qu'il a été fait à l'image de Dieu). La ressemblance parfaite de Dieu ne peut se trouver que dans l'identité de nature. L'image (parfaite) de Dieu n'est donc que dans son fils aîné, tout comme l'image du roi est dans sou fils connaturel. Dans l'homme, l'image de Dieu se trouve avec une nature différente , tout comme l'image du roi se trouve dans une monnaie d'argent : Deus ipse sibi in homine posuit spiritualem imaginem. Christus est perfecta imago Patris ; et ideo dicitur imago, et non ad imaginem. Similitudo perfecta Dei non potest esse, nisi in identitate naturas. Imago Dei est in filio suo primogenito, ut imago régis in filio sibi connaturali. In homine autem sicut in aliéna natura, sicut imago régis in nummo argenteo. ri, p. q. 93, art. 2.

f. \ I Hl M ! I | ! j I

propre substance. En se conservant tout entier en lui-même — la nature divine étant simple et indivisible — il s'est reflété seulement sur nous, comme l'objet se reflète sur un miroir ; et 9 selon la belle pensée de saint Thomas, il s'est répété et se répète toujours dans toutes les intelligences des hommes, comme un visage, en se regardant sur tous les morceaux d'un miroir cassé, y reproduit son image entière en tous, et en tous la même : Sicul apparent dwersœ faciès in specido fraeto. Ainsi les harmonies entre la trinité humaine et la Trinité divine, toutes réelles qu'elles sont, car c'est Dieu même qui les a créées, Faciamus hominem ad imaginera nos tram , sont bien loin de dénoter en nous, êtres créés, finis, et par cela même imparfaits, l'existence de la Trinité telle qu'elle est en Dieu, l'Être incréé, infini et parfait.

1 3. Mais, tout cela admis, il n'en est pas moins vrai que, en tant que portrait , nos intelligences représentent fidèlement l'auguste mystère de la Trinité.

Qu'il est beau pourtant de voir cette ineffable Trinité se peignant elle-même en nous d'une manière si admirable : Cujus imago expressias invenitur in /tontine! Notre gloire donc, notre grandeur , dont nous devons être saintement fiers, n'est pas de ce que nous man ■■>■ deux pieds,

de ce que notre regard plonge dane le ci< que nous dominons le . ef même de ce que

[\>f\ LA TRINITÉ.

nous avons une àme rationnelle. Notre grandeur, notre gloire est de ce que cette âme résume Dieu en elle-même, porte en elle-même Dieu en abrégé, Dieu en miniature, et qu'elle est l'image de l'unité et de la Trinité de Dieu. ISon distas a pécore, dit saint Augustin , ni si intellectu. Inde ergo melior es? Ex imagine Dei. JJbi imago? In mente, in intellect u. (In Joan., Tract. 3).

Au livre divin de la Sagesse, il est dit que Dieu dispose de l'homme avec une grande révérence : Cum magna reverentia disponis nos. Voyez donc la différence : l'homme hait l'homme , méprise l'homme, cherche à maîtriser 1 homme, à tyranniser l'homme, à exploiter l'homme. Mais Dieu, l'auteur, le créateur, le seigneur naturel de l'homme , aime l'homme, respecte l'homme, le traite avec la plus grande révérence : Cum magna reverentia disponis nos (S api eut ., xii, 18.)

Et lors même qu'il agit sur la volonté de l'homme de la manière efficace qui le fait passer de l'amour du vice à l'amour de la vertu, il ne fait cela quavec les plus grands égards, la plus grande délicatesse, la plus grande suavité, sans blesser sa liberté : Attingit a fine usque adfinem fortiter et disponitomnia suaviter (Sap., vin, 1). Et pourquoi cela? Parce que Dieu voit dans l'homme quelque chose de chéri, de divin; il y voit sa propre image qu'il y a dessinée lui-même : Ad imaginent quippe Dei foetus est homo (Gen., ix , 6).

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LA TRINITÉ. ^.Àj

Or cela seulement, qui concilie à l'homme le respect, la vénération de Dieu — c'est le mot de TÉcriture Sainte — peut aussi lui concilier le respect des hommes. Un portrait, quand on ignore le grand personnage qu'il représente, le grand artiste qui l'a tracé, n'a aucun prix. C'est ce qui arrive à l'homme lorsqu'on oublie qu'il est l'image de Dieu, tracée par Dieu lui-même. Il devient méprisable, il devient matière à être exploitée par la force brutale. Et, en effet, parcourez avec votre imagination la terre : partout où on ignore que l'homme est l'image de la Trinité de Dieu, il y a ignorance de l'homme, mépris de l'homme, oppression de Thomme.

Si parmi nous nous voyons des hommes qui respectent l'homme, qui aiment l'homme, qui se dévouent pour l'homme; si nous trouvons parmi nous la véritable civilisation, qui n'est autre chose que

L AMOUR ET LE RESPECT DE l'hOMME POUR L'HOMME ,

c'est que nous sommes chrétiens, c'est que nous savons, c'est que nous croyons que l'homme est l'image précieuse de Dieu même; et c'est ce Dieu, daignant se faire représenter dans l'homme, qui fait notre honneur, notre dignité comme notre bonheur.

Qu'elle soit donc remerciée , qu'elle soit bénie cette Trinité aimable, cette indivisible Unité qui a usé envers nous de sa miséricorde, de sa bonté, an point d'avoir voulu se refléchir, se peindre, se

4a6 LA TRINITÉ.

reproduire en nous comme dans un miroir, comme dans un portrait, dans toute sa magnificence, dans toute sa beauté; Benedicta sit sancta Tiinitas at- (juc indivisa (ni las , quia fecit nobiscum misaicardia m sua m (Offic. S. Trin.)

Nous venons de voir combien l'auguste mystère de la Trinité est admirable dans son image; voyons maintenant combien il est croyable même par ses inconipréhensibiiités. C'est le sujet de ma seconde partie.

SECONDE PARTIE

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