‹ La raison philosophique et la raison catholiqueChapitre 66 sur 98 · est un grand mot que celui par lequel Dieu · texte numérisé non relu

est un grand mot que celui par lequel Dieu

V^même, en créant l'homme, a révélé qu'il a

gravé son image et sa ressemblance dans l'homme :

Faciamus hominem adimaginem et similitudinern

nos tram. Ce sont les trois Personnes divines qui ont ainsi parlé, qui paraissent en quelque manière s'être entendues entre elles; qui ont conféré à l'esprit de l'homme chacune d'elles ce qui lui est propre, qui s'y sont peintes et s'y sont reproduites elles-mêmes : le Père en lui donnant l'entendement , le Fils la raison , le Saint-Esprit la volonté. De sorte que l'homme devint, dès le premier instant de sa création, l'image fidèle de la Trinité de Dieu , le portrait fini de son Créateur.

Mais l'homme ne sut pas garder longtemps cette haute noblesse de son origine, cette ineffable dignité de son être , que Dieu n'avait, d'après saint Augustin, accordée d'une manière toute particulière qu'à lui : /Jeu s nu'li alii creaturœ dédit quod sit ad imûginem suant , nisi homini. {Apud S. Thoni., loco cit.)

En se livrant au péché, son entendement devint impuissant à engendrer des pensées saintes et élevées ; et il ne représenta plus le Dieu Père. Sa raison , abusant de sa lumière contre Celui qui la lui avait donnée, au lieu de se plaire en Dieu,

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s'arrêta à se plaire, à s'enorgueillir en elle-même, et ne représenta plus le Dieu Fils. La volonté, corrompue et dégradée par la perversité avec laquelle elle s'attacha au mal , ne représenta plus le Dieu Saint-Esprit. L'homme était force,sagesse et amour ; et il devint faiblesse, déraison et égoïsme. L'auguste image de la Trinité, tout en conservant ses traits essentiels, fut en lui altérée, décolorée, détériorée. Le Dieu trine et un n'y fut plus reconnaissable ; et l'homme , dit le Prophète , au lieu de représenter Dieu , de s'unir à Dieu , de vivre de la vie de l'intelligence et de i'amour de Dieu, ne représenta que la brute, s'associa à la brute, partagea la vie , la condition de la brute , s'estima et devint une brute lui-même : Homo cum in honore essetnon intel/e.vif, comparatifs est jumentis insipienlihus , similis facius est illis (Psal,).

Or cette image auguste, ainsi déformée, ne pouvait être restaurée que par le même Artiste divin qui l'avait faite, aucune force, aucune sagesse créée ne pouvant rien pour réformer l'œuvre de la force et de la sagesse incréée. Voilà donc cette même sainte Trinité qui a compassion de l'homme, qui descend jusqu'à l'homme, et, au moyen du baptême, dans lequel , en révélant sa nature, elle manifesta son opération , renouvelle sa propre image dans l'homme , en efface tout ce qu'il y avait de vieux et d'étranger, et retouche son œuvre qu'une main ennemie avait altérée. Car le baptême adminis-

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tré, ainsi que Jésus-Christ l'a aujourd'hui ordonne , au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, Bapti* zantes eos in nomme Patris, et Filii , et Spiritus Sancti , nous dit assez que dans notre régénération , appelée par saint Paul une création nouvelle , Sed nova creatura(Gafcft.,xi, 15), les divines Personnes nous donnent quelque chose qui leur ressemble, pour la vie surnaturelle ; comme dans notre création elles nous avaient donné quelque chose qui leur ressemble, pour la vie naturelle.

Oh! qu'il est grand, qu'il est sublime, qu'il est beau , qu'il est touchant ce mystère de la bonté de Dieu dans la restauration de l'homme! Tâchons de le comprendre autant que possible, mes Frères, afin de mieux l'apprécier.

17. Jésus-Christ ayant dit : « Personne ne vient à moi, à moins que mon Père ne l'y attire : Nemo venit ad me, nisi Pater meus traxerit eum (Joan., vi, 44), » nous a révélé que la foi, le principe de toute vie spirituelle, de toute la religion, est le don particulier du Père. Saint Pierre ayant dit : « Jésus- Christ nous a régénérés dans l'espérance vivante : Oui regeneravit nos in spem vivant (I Petr., 1 , 3), » nous a appris que l'espérance est le don particulier du Fils. Saint Paul ayant dit : « La charité de Dieu est répandue dans nos cœurs par le Saint- Esprit qui nous a été donné, Charitas Dei diffusa in cordihus nostris pet Spiritum Sanctum

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qui datas est nobis (Rom.ryt 5;», nous a manifesté que la charité est le don particulier du Saint-Esprit- Or, puisque c'est par le baptême que nous recevoir la foi . l'espérance, la charité, et que l'habitude de chacune de ces vertus théologales, de ces \ ertus divines est le don particulier de chacune depersonnes divines ; les voici ces aimables personnes travaillant de concert, s'appliquant toutes les trois à notre régénération , comme elles concoururent jadis toutes les trois à notre création ; et comme le Père nous donna alors l'entendement, le Fils, la raison , le Saint-Esprit , la volonté ; les voici maintenant, le Père nous donnant la foi qui éclaire notre entendement; le Fils, l'espérance qui élève notre raison ; le Saint-Esprit, la charité qui purifie, qui dirige, qui coordonne notre volonté. Et par là les trois puissances formant l'intelligence de l'homme sont relevées, les trois traits principaux par lesquels les Personnes divines y sont représentées sont retouchés et même embellis. Car l'entendement est éclairé par la lumière de vérités plus sublimes ; la raison est relevée par la force de plus nobles espérances ; la volonté est dirigée par le secours de grâces plus abondantes, de lois plus parfaites; et l'image de Dieu dans l'homme est rendue à l'éclat de sa beauté, de sa perfection primitive, par la communication plus intime, par l'effusion plus large dans l'homme des dons particuliers de 1 auguste Trinité. C'est à cette restaura-

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lion ineffable qu'a fait allusion saint Paul lorsqu'il a dit : « Déposez-vous du vieil homme; revêtezvous de l'homme nouveau qui a été de nouveau créé selon Dieu, dans la justice et dans la sainteté de la vérité : Exfoliantes veterem kominem.et induentes novum, qui renovatur in imagine,» ejus oui cream illwn... in justifia et sanctitéfe veritatis(Col.,m- Eph.,n).

Et voyez aussi comment cette ineffahle Trinité de personnes est représentée en nous par cette tnmté de vertus dans Tordre surnaturel, comme elle a été représentée dans l'ordre naturel par les facultés de notre esprit. Dans l'Esprit Incréé , en Dieu, c'est par le Père qu'est engendré le Verbe, c'est du Père et du Verbe que procède le Saint- Ksprit : tout comme dans notre esprit créé c'est l'entendement qui engendre la raison, et c'est d* I entendement et de la raison que procède la volonté; et de même, dans l'esprit restauré, c'est de la foi que naît l'espérance, et c'est de la foi et de l'espérance que résulte la charité. De sorte que comme le Père, le Fils et le Saint-Esprit, trois personnes distinctes, ne sont qu'un seul et même Dieu; comme l'entendement, la raison, la volonté, trois facultés distinctes, ne sont qu'un seul et même homme; de même la foi, l'espérance, la charité, trois vertus distinctes, ne sont qu'un seul et même chrétien. Trois personnes, voilà Dieu; trois facultés, voilà l'homme; trois vertus, voila le chrétien.

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^t ainsi, mes Frères, que tout se coordonna s'harmonise dans l'enseignement catholique , parce qu'il n'est que l'expression fidèle de la même nature, de la même pensée divine se reflétant sur l'homme par la création , se reproduisant dans le chrétien , d'une manière encore plus élevée et plus parfaite, par la rédemption : voilà toute la doctrine catholique; voilà toute la croyance, toute la morale, tout le culte, toute la religion.

Et en effet , le mystère de la Trinité est aussi la base de tous les sacrements. C'est au nom de la très-sainte Trinité que non-seulement on baptise le catéchumène , mais qu'on confirme le chrétien , on absout le pécheur, on dispense l'Eucharistie , on oint le malade , on ordonne le prêtre, on resserre, on sanctifie les liens du mariage; afin que l'on sache , dit saint Augustin , que tout don , toute grâce , toute vertu ne nous vient que de la sainte Trinité. C'est la foi et la grâce de la, Trinité qui éclaire l'infidèle, convertit l'hérétique , justifie le méchant, sanctifie le juste. C'est cette foi et cette grâce qui encourage le timide , console le malheureux , soutient le tenté , réchauffe le tiède , et fait progresser le fervent. C'est cette foi et cette grâce qui donne le zèle à l'apôtre, la force au martyr, l'esprit de prière au solitaire , la ferveur au pénitent, la pureté à la vierge, la générosité du dévouement à l'âme charitable. C'est cette foi et cette grâce qui dirige l'homme voyageant sur cette terre.

qui console le mourant, qui soulage le mort , qui récompense l'élu , qui couronne le saini ,

0 sainte et aimable Trinité! nous ne comprenons pas bien ce que vous êtes ; mais nous voyons bien ce que vous opérez. Nous devinons donc bien l'excellence, la grandeur, l'amabilité de votre essence, par l'effusion de vos miséricordes, par la splendeur de vos œuvres. Nous vous reconnaissons trois fois divine, parce que vous éclairez tous vos croyants ; trois fois puissante, parce que vous fortifiez tous vos confesseurs; trois fois sainte, parce que vous améliorez , sanctifiez tous vos adorateurs.

Mais comment devons-nous honorer ce grand et ineffable mystère? Comment devons-nous témoigner à Dieu notre reconnaissance pour nous l'avoir révélé, pour l'avoir gravé dans notre esprit, pour nous l'avoir rendu si efficace? En trois manières correspondant à ces trois bienfaits.

18. Dieu a daigné nous révéler ce grand et ineffable mystère -, nous devons donc d'abord le croire avec une foi humble, soumise et généreuse. Comme, en témoignage que Dieu est le maître de notre temps, nous devons lui consacrer une partie du temps; et de là l'observance du dimanche : comme, en témoignage que Dieu est le dispensateur de nos aliments, nous devons lui consacrer une portion de ces aliments; et de là la pratique de l'abstinence

et du jeûne : de même, en témoignage que Dieu est l'auteur de notre raison, nous lui devons consacrer une portion de notre raison ; et de là le culte delà foi à sa parole, à ses doctrines, à ses mystères, et, avant tout, au mystère de l'auguste Trinité. Et pourquoi? Parce que c'est le premier des mystères chrétiens , dans lequel sont compris tous les autres; c'est la base du christianisme, le fondement de toute la religion : parce que, par cela même qu'il est le mystère le plus incompréhensible, par notre foi en ce mystère nous rendons à Dieu l'hommage le plus honorable. La raison, la pensée, c'est ce que l'homme a en lui de plus grand, de plus noble, de plus élevé; c'est ce qu'il aime le plus, et dont il est plus fier, dont il est plus jaloux. Par la foi donc humble et généreuse dans ce mystère, en immolant à Dieu cette raison et cette pensée, nous lui présentons la plus noble offrande, le plus grand sacrifice, l'holocauste le plus parfait, le culte le plus glorieux que la créature intelligente puisse présenter à son Créateur. Comme, dans l'application que Dieu fait de ce mystère à l'homme, il lui donne ce qu'il peut lui donner de plus grand; de même, par sa foi à ce mystère, l'homme rend à Dieu ce qu'il en a reçu de plus précieux. C'est Abraham offrant à Dieu ce qu'il aime le plus, ce qui forme ses délices et sa gloire, son propre fils. Ne me demandez donc pas, mes Frères, pourquoi Dieu aime tant

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l'Église. C'est parce que, par la foi de l'Église dans ce mystère, il reçoit le plus étonnant, le plus sublime hommage, et le plus cligne de sa majesté.

Dans ce jour donc, en particulier, consacré par l'Église au souvenir, au culte de ce grand mystère , unissons-nous à tous les chrétiens répandus sur la surface de la terre; et , dans l'unité de la même foi et du même amour, prosternés au pied du trône de la Majesté infinie, disons avec une profonde humilité d'esprit, avec une grande générosité de cœur : Nous vous croyons, nous vous adorons , ô Trinité une et véritable, ô Déité souveraine, ô sainte, une et ineffable Unité ! Honneur, gloire, louange, bénédiction, actions de grâce vous soient rendus par tous les siècles des siècles !

19. Dieu a bien voulu aussi graver le mystère de la Trinité dans notre esprit. Nous ne devons donc pas nous contenter de l'honorer par l'humilité de notre foi, nous devons le respecter, lui rendre hommage en nous par la sainteté de nos mœurs. Après que la foi dans ce mystère lui a soumis notre raison, elle doit aussi lui soumettre notre cœur. Après l'avoir confessé par nos paroles, nous devons le confesser aussi par nos œuvres, et nous montrer ses dignes adorateurs. Nous ne pouvons mieux ressembler à Dieu, dit saint Ambroise, que par la fuite du mal. L'image de Dieu ne se rétablit en nous que par la pratique du bien, parce qu'en

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fois par jour n'engage-t-elle pas ses ministres à confesser, à invoquer, à louer les trois divines Personnes; et toute son officiature, tout son culte n'est-il pas une confession, une invocation, une louange continuelle, affectueuse, confiante de la très-sainte Trinité? C'est parce qu'elle sait bien, l'Église, que nous ne pouvons rien dire qui soit plus agréable à Dieu, rien qui soit plus utile à nous-mêmes; c'est parce qu'elle sait bien que cette prière, en honorant Dieu, sanctifie l'homme ; parce qu'elle sait bien que tout ce qu'on fait sans l'invocation de cette Trinité auguste, lors même que ce n'est pas vicieux et coupable, est vain et stérile pour l'homme et pour la société.

En effet , si dans l'ordre politique et civil on est actuellement en Europe dans un état de malaise, d'embarras, d'incertitude, de frayeur, c'est parce qu'on a depuis longtemps commencé et poursuivi toute action civile et politique au nom de i'égoïsme , au nom des intérêts matériels, au nom d'un progrès absurde dans ses principes, menteur dans ses promesses, inefficace dans ses opérations, nul ou même funeste dans ses résultats ; mais on n'a pas pensé à commencer cette immense action au nom du Père, du Fi/s et du Saint- Esprit; on ne s'est appuyé que sur l'homme, on n'a consulté que l'homme, on ne s'est pas rappelé Dieu : Non proposuerunt Deutn ante conspectum suwn. On a oublié d'invoquer cette Trinité puis-

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>ante, au nom de laquelle seulement tout commence bien, tout se maintient, tout s'affermit , tout prospère , tout a de la consistance et de la durée.

N'imitons pas, mes Frères, cet oubli, insensé aux yeux mêmes du vrai philosophe, scandaleux aux yeux du chrétien. Que l'invocation de la très-sainte Trinité préside à tous nos desseins, à tous nos projets , à toutes nos actions. Rappelons- nous que cette confession, cette invocation fréquente, pendant la vie, sera notre espérance, notre consolation au moment suprême de la mort; car le ministre de l'Église, parlant au nom de l'Église, s'inspirant de la charité de l'Église pour nous , afin de fléchir la justice de Dieu et attirer sur nous ses miséricordes, dira alors à Dieu : Seigneur, répandez sur cette àme chrétienne vos bontés, parce que, si elle a eu le malheur de pécher, elle n'a au moins jamais nié, mais cru et honoré le Père, le Fils et le Saint-Esprit : Qui licet peccaverit , tamen Patretn, Filium et Spiritum Sanctum non negavit, sed credidit ( Ordo commendat. anim. ) ; et c'est après avoir adressé à Dieu une si touchante prière, qu'en se tournant vers nous, il nous dira avec confiance : «Ame chrétienne, partez de ce monde; au nom du Père qui vous a créée, du Fils qui vous a rachetée, du Saint-Esprit qui vous a sanctifiée : Projîciscere, anima christiana, de hoc mundo ; in nomine Patris qui te creavit, in nomine Filii qui te redemit , in nomine Spiritus

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Sanctiqui ië sanciificavit (Ibid.). Et si notre dernier départ a lieu dans ces dispositions, notre salut éternel n'est pas douteux; Jésus-Christ ayant dit aujourd'hui : « Heureux ceux qui auront cru sans avoir vu : Beatiqui non videront et errdiderunt (Èvang. du dimanche de Quasimodo). »

Doux et amoureux Jésus, divin Sauveur de nos âmes, nous vous prenons au mot. C'est vous qui avez prononcé cette grande et consolante parole ; vous ne pouvez pas la rétracter. Nous croyons, nous aimons à croire le grand mystère de l'auguste Trinité, et tous les mystères de votre religion sainte, quoiqu'ils soient au-dessus de notre raison. Nous croyons, nous aimons à croire sans comprendre, nous voulons nous y soumettre sans voir. Oui, nous croyons, nous aimons à croire comme il faut croire, en traduisant notre foi par la confession de la langue et par la pratique des bonnes œuvres, et alors vous ne pouvez pas nous exclure de votre béatitude; elle nous appartient, elle est à nous d'après votre promesse, et personne ne saurait nous en enlever le droit, ni nous en entraver la possession : Beau qui non videront et crediderunt. Ah ! accordez-nous la grâce d'y vivre et d'y mourir. Ne permettez pas que nous sortions jamais de cette foi; au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

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