‹ La raison philosophique et la raison catholiqueChapitre 72 sur 98 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

fin, disait Aristote, est la règle de toutes

(les opérations: Finis est régula cœteroru/n.

Sur quoi Cicéron ajoutait que la question de la

L 11U31MI . j--

iin de l'homme, comme être moral , est la plus importante de toutes les questions , car toute la conduite de la vie en dépend ; In quibus Ma vitre ratio continetur.

Or dans cette importante question, comme dans toutes les autres, la philosophie purement rationnelle n'a fait que marcher à tâtons, trébucher; elle n'y a rien compris, rien décidé, et est restée dans la contradiction et dans le doute. Varron énumère par centaines les opinions diverses des philosophes sur la destinée de l'homme. Je n'ai ni le temps ni le courage de vous exposer ici toutes ces absurdités, ces délires de la raison humaine, voulant marcher seule et ne consultant qu'elle-même. Je vous dirai, en un mot, que toutes ces différentes opinions se réduisent à ne proposer à l'homme d'autre but, d'autre destinée que l'homme même.

Il en est de même des doctrines des philosophes de nos jours, qui font de la philosophie hors de la religion, hors de l'Église. L'homme, pour ces prétendus oracles de l'humanité, ne dépendant que de luimême, ira été placé au monde que pour jouir du monde autant qu'il lui est possible, en rapportant le tout à lui-même, en se faisant le centre et la fin de lui-même, en disputant aux brutes les restes de leur félicité, jusqu'à ce qu'il aille se perdre dans la nature panthée, dans la nature infinie, dans le néant, après avoir passé sur cette terre un petit nombre

478 l'homme.

de jours, jouel misérable tantôt de vaines jouissances , tantôt de regrets , de dégoûts réels et de cuisantes douleurs.

Mais , malheureux que vous êtes , disait saint Augustin aux philosophes de son temps qui ne proposaient à l'homme qu'une pareille destinée, si votre fin n'est que cela, avec une nature infiniment supérieure à celle de votre bête de somme, votre condition ne serait pas plus noble que la sienne : Si hic esse t finis tuus, quid amplius jumento haberes ?

L'homme n'a qu'à se regarder lui-même, à se considérer lui-même, pour se douter que sa destinée est bien tout autre, est bien différente, et surtout est bien plus noble et plus élevée.

N'est-il pas vrai que nous voulons tout connaître et pour toujours, jouir de tout et pour toujours? L'entendement humain est à tout, dit saint Thomas : Intellectus est ad omnia. Il en est de même de la volonté. Dans notre nature finie, nous avons donc des tendances, des dispositions, des désirs infinis. Rien pourtant de ce qui est mortel et fini ne peut être la fin d'un être ayant des conditions immortelles et infinies. Nous tendons donc à la vérité infinie et éternelle, au bien éternel et infini. Mais la vérité éternelle, le bien éternel, c'est Dieu.

Nous tendons donc naturellement à Dieu , et Dieu est notre fin naturelle , notre unique et der-

l'homme. 479

nière destinée. « Nous ne sommes sur cette terre , concluait saint Augustin , que pour connaître Dieu ; en le connaissant, l'aimer ; en l'aimant, le posséder ; en le possédant, être heureux en lui et avec lui : Creatus est homo ut Deum inteUigeret , intelligendo amaret, anuuido possideret , possidendo frueretur.v Oh! que cette tin est noble! elle est aussi noble que notre origine. Venant de Dieu, nous n'avons d'autre but que Dieu. Dieu, qui est notre principe , est aussi notre fin. Nous tenons à Dieu par les deux bouts de notre existence ; nous appartenons à Dieu par tout notre être ; tout ce qui est autour de nous est pour nous , nous seuls sommes pour Dieu, et ne sommes que pour lui et à lui.

11. Oh! qu'elle est noble cette fin! mais aussi qu'elle est heureuse , ravissante !

Dieu nous a révélé les dogmes ou les lois de notre intelligence, et la morale ou les lois du cœur. En nous soumettant à cette double série de lois, nous accomplissons ses volontés, nous lui obéissons, nous l'aimons , et par cela même nous entrons avec lui en société d'amour. La mort vient; elle ne détruit pas cette société, elle la perfectionne, dit saint Irénée. Nous passons du Dieu que nous croyons au Dieu que nous voyons; du Dieu espéré, attendu, au Dieu possédé , au Dieu qui se donne à nous , qui se met avec nous en communion intime de tout son être et de toutes ses perfections.

/|8u I IH» MM I -

Cette communion est la lumière et la vie et la jouissance de tous les biens dont Dieu est la source, et qu'il réunit en lui-même : Mis qui eus to (liant dilectionem, dabit communionem . Communia Dei est lux et vi ta et fruitio bonorum omnium qute sunt apud Deum. Nous serons donc, disait saint Paul, toujours avec le Seigneur: El sic semper cum Domino erimus (I Thess., iv, 16). Quel charme dans cette parole, mes Frères : «Nous serons toujours avec le Seigneur, et le Seigneur avec nous pour toujours : Semper* semper euni Domino erimus! » Ainsi, consolez-vous, ajoutait saint Paul, consolez-vous mutuellement dans cette parole : Itaque consolamini inviceni in verbis istis(Ibid.), Eh oui, consolons-nous, mes Frères, par ces espérances de la foi dans les ennuis , dans les peines de la vie, dans les contradictions du monde, dans les sacrifices qui nous sont demandés par nos devoirs.

La terre, songeons-y bien, est le lieu du combat; c'est au ciel qu'est le lieu du triomphe. La terre est le lieu du travail; c'est au ciel le lieu du repos. La terre est le lieu du mérite; c'est au ciel le lieu de la récompense. La terre est le lieu de l'exil ; c'est le ciel qui est notre véritable et éternelle patrie. Habitons donc dans le ciel par la foi , l'espérance , le désir, afin que nous ayons le bonheur d'y habiter un jour par nos personnes. Que Dieu l'accorde à tous, au nom du Père , du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soil-iL

Page 1