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nature et leur condition d'existence, ont eu besoin, eux aussi , d'être élevés de l'état de nature à l'état de grâce , d'être sanctifiés , d'être transformés , et placés dans l'ordre surnaturel, afin de plaire à Dieu, et entrer en société d'amour, en communion de gloire et de bonheur avec Dieu ; et qu'ils n'ont obtenu tout cela que par Jésus-Christ, ce qui a fait dire à saint Bernard : « Le même Jésus-Christ qui a , par sa main charitable , relevé l'homme de sa chute, a empêché l'ange de tomber. Le même Jésus-Christ qui a brisé les liens de l'esclavage de l'homme , a soutenu l'ange , afin qu'il ne devînt pas esclave. Le même Jésus-Christ qui a délivré l'homme, a sauvé l'ange aussi; de sorte que l'ange aussi bien que l'homme, en différente manière, a eu part à la même rédemption : Qui erexît ho mi ne m laps uni, dédit angeio ne lober etur; sic il/ uni a captwitate eruens, sicut hune a coptivitale defendens, solvens illum, savons islum, et hoc rotione fuit œqua utrique redemptio (Serm.%%, in Can.).
12. Mais, dans cette rédemption unique, la plus large part a été faite à l'homme; c'est à l'homme qu'elle a été appliquée dans une plus grande abondance, avec un plus grand amour.
Qu'il soit donc vrai que , sans le péché de l'homme, Jésus-Christ, ainsi que l'enseigne l'école que je viens de citer, ne serait pas venu jusqu'à l'homme comme Rédempteur de l'homme : Si Adam
non pcccasset, Christus non venisset ut Redemptor; qu'il soit vrai qu'il serait venu seulement comme sanctificateur, comme divinisateur de toute la création, attendu qu'un médiateur divin était toujours nécessaire à toutes les intelligences créées, même innocentes , afin de pouvoir s'élever à l'état de grâce et mériter la gloire; il n'en sera pas moins vrai que le Fils de Dieu est devenu véritablement et d'une manière toute particulière le médiateur de l'homme , la victime du péché de l'homme, le rédempteur de l'homme, qui s'est uni à l'homme, s'est immolé à l'homme, et est mort pour l'homme, pour sauver l'homme.
D'abord parce que la condition de l'homme, relégué aux dernières limites de la création intellectuelle, exigeait que le Restaurateur universel vînt jusqu'à Thomme, afin de comprendre l'homme aussi dans son action restauratrice ; ensuite parce que, dans l'état déplorable où était tombé l'homme à cause de ses péchés, il avait besoin des humiliations, des souffrances, de la mort du Dieuliomme pour être racheté, réconcilié, sauvé. Les humiliations donc , les souffrances , la mort de Jésus-Christ, sont l'œuvre des péchés de l'homme et de la miséricorde de Dieu; et c'est à nous, hommes, à répéter toujours, dans les transports de notre admiration et de notre amour reconnaissant : que c'est pour l'homme que Jésus-Christ est mort, et que son sacrifice sanglant n'a été offert que pour
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le salut de l'homme 5 P/opter nos homines et profiter nostram salut cm descendit de cœtis... et ho/no factus est. Crucifuus , mortuus, et sepultus est.
Mais par le même mystère par lequel la nature humaine a été réconciliée , rachetée , parce qu'elle était coupable, la nature angélique et toutes les autres intelligences qui peuvent exister dans l'univers, ont été relevées, parce qu'elles étaient imparfaites.
Ainsi Jésus-Christ est tout ; tout est par Jésus- Christ ; rien de vrai , rien de bon , rien de saint , de divin, de parfait, que de lui et par lui; Ex ipso et per ipsum et in ipso sunt omnia. Les autres êtres intelligents, en différentes manières et selon les besoins qu'ils en avaient , ont tous participé à son action divinisatrice. Tout ayant été créé par lui comme cause exemplaire de tout, Omnia per ipsum fada sunt; tout a été restauré, élevé par lui comme cause efficiente de tout ; Instaurare omnia in Chris to.
Le mystère des opprobres, des peines, de la mort de Jésus-Christ , est notre mystère à nous , qui avions besoin d'un remède pareil. Mais quanta l'union du Verbe avec la nature humaine , et, par là, avec toute la création entière des esprits et des corps, qui a été résumée, représentée dans l'homme esprit et corps lui-même, le même mystère unique a compris toutes les natures créées dans l'étendue de ses effets divins ; a été le sacrifice de tous les
temps, de tous les lieux ; l'action immense , l'œuvre universelle; et le ciel et la terre, les étoiles et les mers, les anges et les hommes , l'univers entier, a été restauré, purifié, ennobli par le sang de Jésus-Christ : Paeiftcans per sangtànehi cruels ejuSySwe quœ in cœlis^siva quœ iri terra suat.Trrra,pontas, astra. mandas, hoc lamniur f/iuainr.
13. 0 grand et sublime mystère! o mystère immense, mystère infini! O la grande lumière qu'il reflète sur tout l'ordre universel! Oh! qu'il est facile , à l'aide de cette lumière , de saisir le lien entre l'ordre matériel et l'ordre spirituel , entre la nature et la grâce, entre la création et la rédemption, entre les créatures et le Créateur! C'est cette théologie sublime du mystère du Dieu incarné que saint Paul résumait en trois mots , comme dans une merveilleuse formule, en disant : « Tout esta vous, vous êtes à Jésus-Christ, Jésus- Christ est à Dieu : Omnia vestra sant, vos aatem Chrisîi, Christas autem Dei (I Corinth., m, 23,.
Comme l'homme, en résumant dans sa personnalité humaine tous les corps et tous les esprits , est, dans l'ordre naturel, le lien de tous les éléments, de tous les corps et de tous les esprits; de même Jésus-Christ, en résumant, dans sa personnalité divine unie à l'humanité, tous les corps, tous les esprits, et Dieu lui-même, est, dans Tordre surnaturel, le lien nécessaire entre tous les
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corps, les esprits et Dieu. Comme, dans l'homme et par l'homme, Dieu reçoit les hommages même de la nature corporelle; de même, en Jésus-Christ et par Jésus-Christ, il reçoit, mais d'une manière plus noble, plus sublime et plus parfaite, les hommages de toute la nature intelligente.
Par la création de l'homme , l'ordre matériel a été élevé à l'ordre spirituel. Par l'incarnation du Verbe, l'ordre matériel et spirituel est élevé à Tordre divin. Dans l'homme et par l'homme, la matière est élevée jusqu'à l'intelligence; en Jésus- Christ, l'intelligence et la matière sont élevées jusqu'à Dieu. Tout se spiritualise dans l'homme, tout se divinise en Jésus-Christ. L'homme est le médiateur entre la nature matérielle et la nature spirituelle ; Jésus-Christ est le médiateur entre la nature spirituelle et la nature divine. Dieu est la fin dernière de tous les êtres, pour les rendre heureux en lui et avec lui.
La nature sensible est ennoblie dans l'homme par la création : la nature spirituelle est haussée en Jésus-Christ par l'Incarnation; la nature sanctifiée est unie à Dieu par la béatitude. Ainsi , le monde de la nature élevé au monde de la grâce ; le monde de la nature et de la grâce absorbé dans le monde de la gloire; la création , la rédemption, la béatitude ; la nature, la grâce, la gloire : voilà les trois termes renfermant toute l'action divine; voilà les trois mystères résumant tous les mystères; voilà
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le lien de toutes les vérités, le but de toute la religion, les harmonies de tout l'univers : On a du vestra sont , vos autem Christi, Christus autan
Dei.
Il a eu donc raison, ce Fils de Dieu fait homme et mourant pour l'homme, au moment où il accomplissait ce grand mystère qui devait changer la condition du monde, de prononcer cette graude et profonde parole qui, en ébranlant l'univers, y a répandu l'espérance et la consolation : « Tout est consommé; Consummatum est (Joan., xix, 30).»
Oh! qu'il est non-seulement impie, mais encore insensé, stupide, l'homme qui rejette le mystère du Dieu fait homme, le mystère qui, seul, explique Dieu, l'homme, l'univers ; le mystère de la restauration de l'univers, de la gloire de Dieu, de la grandeur, du bonheur véritable de Thomme ! Qu'il est impie, insensé, stupide, l'homme qui, en repoussant ce mystère, s^sole du ciel et de la terre pour s'unir à l'enfer, et lance le blasphème contre Celui qui reçoit les hommages de toute la création î
Car en présence de Jésus-Christ, au nom de Jésus-Christ, dit saint Paul, dans le ciel, sur la terre et dans les profondeurs de l'abîme, toute hauteur s'abaisse, toute grandeur se rapetisse, toute science s'incline, tout front se courbe, tout genou fléchit, toute intelligence croit, tout esprit adore, toute àme espère, tout cœur aime, toute langue bénit, toute bouche confesse que notre Sei-
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gneur Jésus-Christ, tout en étant véritablement homme, n'en est pas moins le Fils de Dieu ; et, tout en étant venu sur la terre, n'en règne pas moins au plus haut de la gloire, à la droite de son divin Père dans le ciel : In nornine Jesu,om/ie gcnu fleçtàtur cœlestiu/n, terrestrium et injeriionun; et omnis liiigua conjitetur, quia Dominus Jésus Christus in glorm est Dei Patris (Philip., h, 10).
Voici, mes très-chers Frères, comment la raison catholique s'explique le mystère de l'Incarnation dans ses rapports avec la création tout entière. J'ose espérer que vous voudrez bien reconnaître, à cette dernière preuve, l'immense supériorité de celte raison catholique sur la raison philosophique, sa solidité, sa grandeur, sa gloire, dans tout ce qui touche à la religion. Je n'ai maintenant que deux mots à vous adresser, après un instant de repos. Encore quelques minutes donc de votre bienveillante attention.