ACTE PREMIER
HENRIETTE
Monsieur Jean ! (Il la porte à ses lèvres.) Monsieur, je vous en priel 11 est tard, mon père est couché, nous sommes par conséquent tout seuls, et ce que vous faites n'est pas gentil I
JEAN
Oh I vous voilà toute émue parce que je vous ai embrassé la main. Personne ne nous a vus, et cela ne vous a pas causé grand préjudice.
HENRIETTE
Je sais bien, mais je ne veux pas que vous recommenciez, ou je me plaindrai à mon père, et on vous défendra la porte.
Comme vous êtes sévère! Ce n*est cependant pas de ma faute, c'est de la vôtre, pourquoi me plaisezvous ?
HENRIETTE
Je vais vous renvoyer si vous n*ôtes pas sage.
JEAN
Vous ne ressentez donc rien pour moi ?
HENRIETTE
Oh ! monsieur Jean, vous me faites là une question...
JEAN
Bien naturelle... Voyons, répondez-moi franchement. (Elle lui donne la main.) C'est donc vrai, VOUS m'aimeriez?
HENRIETTE
Pourquoi pas?
26 LA RANÇOrï
JEAN
Comme vous me rendez heureux en disant cela! Moi je suis un timide, je ne sais pas exprimer mes sentiments ou je les exprime mal, avec gaucherie, sans cela il y aurait déjà longtemps que je vous aurais dit...
HENRIETTE
C'est comme moi. Je me suis aperçue que je vous aurais bien aimé au bal de madame Jolly. Nous avons presque toujours dansé ensemble, vous souvenez-vous?
JEAN
C'est vrai, je me rappelle.
HENRIETTE
• Vous me teniez serrée tout contre vous, et nous tournions, nous tournions à en être étourdis. Vous me regardiez avec vos beaux yeux, car vous avez de très beaux yeux, monsieur Jean.
JEAN
Ohl
HENRIETTE
Ne niez pas, ils sont superbes. Et je ne sais quel effet ce regard me produisit, mais mon cœur se mit à battre avec une force telle que je pensais que vous deviez le sentir. Pendant cinq minutes, j*ai été je ne sais où, mais bien loin, hors du bal, en un pays de rêve et d'extase, et certainement je serais tombée si vous ne m'aviez tenue. Je suis plusieurs fois retournée à des bals où vous n'étiez pas, et je n'ai jamais éprouvé depuis une pareille sensation.
JEAN
Vraiment! Et je ne m'en suis pas aperçu. J'étais