‹ La rançon: comédie en trois actesChapitre 38 sur 63 · ACTE U W UlCTfc · texte numérisé non relu

ACTE U W UlCTfc

JIEHRlEmS.

Il ne Aut pas perdre, il faut gagner, Vtt^ ^ Ce n'est ^as à moi de te dire ce qu'il faut faire, j» ne suis pa\s employé dans une des premières banques de PaHs.

JEAN

11 n'y a rieîl à faire pour le moment, la Bourse est au calme plat, le Rio Tinto ne bouge pas.

HENRIETTE

Il n'y a pas que le Rio Tinto.

JEAN

Tu m'as déjà parlé de cela, ma chérie, je t'ai dit qu'il n'y fallait pa^ songer. Tu parles de la Bourse en femme qui ignore ce que c'est. On voit bien

- les fortunes qui s'y édifièrent, mais on ne voit pas celles qui y furent amoindries ou détruites. Quand on risque une partie de son avoir dans ce jeu-là, on ne peut jamais dire que le reste n'y passera pas, n'y sera pas dévoré. Car on y est gagné de la môme folie qu'à la roulette. Combien qui se croyaient très forts et qui y laissèrent leur fortune

i et leur raison. La Bourse 1 la Bourse autant dire le Baccarat< Ce que nous avons est solidement placé,

, ne nous cause au6un ennui, nous laisse nos nuits calmes. :Bn ajoutant à ce petit revenu ce que ma place me donne, nous avons une situation modeste.

HENRIETTE

Médiocre,

• JEAN

Mettons médiocre, si tu veux, mais suffisante. PQurquoi aller courir des hasards dont la majeure partie sera toujours contre nous?

HENRIETTE

Oui, tu as peur.

JEAN

Je n'ai pas peur. Mais je t'assure que nous serions dans une inquiétude perpétuelle, et c'est si bon la tranquillité d'esprit, et le sommeil h poings fermés qui en naît.

HENRIETTE

C'est bien, n'insistons pas. Je croîs, en effet, que pour ces batailles-là il ne faut pas être prédisposé à la colique. Il faut avoir de l'estomac, de l'audace, beaucoup de sang-froid, il est donc inutile que je te tourmente davantage. Parlons d'autre chose. ;-'

,'•. JEAN

Vois-tu, tu as un défaut parmi une foule de qualités charmantes, tu es trop ambitieuse. N'avonsnous pas réellement tout ce dont nous avons besoin : une bonne, un salon, le moyen de recevoir des amis, d'aller à la campagne, le dimanche, et de nous vêtir convenablement. Manquons-nous de quelque chose? si tu es juste, si peu que ce soit, tu conviendras que non. Autour^de nous on mène plus grand train, c'est vrai, mais est-ce que tu ne te laisses pas éblouir un peu trop par les surfaces, et ce train couvre-t-il du bonheur véritable?

HENRIETTE

Tu as raison, c'est moi qui ai tot»t, on a toujours tort de demander l'impossible. Si je t'ai fait de la peine, je te demande pardon.

JEAN

Oh ! ma chérie, que tu eà aimable. Tu n'as pas de pardon à me demander, je n'en ai pas à t'accorder.

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