‹ La rançon: comédie en trois actesChapitre 42 sur 63 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

il semble résolu à ne pas céder, sMnstalle sur le divan et se met à lire son journal. Silence prolongé.

JEAN, après avoir regardé du côté d'Henriette.

Il ne hmge pas leBio Tinto. (Silence. Môme manège.) Encore une femme assassinée par son amant. (Silence.) Quand va-t-on servir le dîner ?

HENRIETTE

Dans une heure.

« Silence.

JEAN

Est-ce que nous allons rester comme ça, pendaiit une heure, à ne rien nous dire.

Je ne t'empêche pas de parler, moi, je compte mes points.

Jean se lève, remonte au fond du salon, puis descend à pas

de loup derrière Henriette et Tembrasse dans le cou. £lle

jette un petit cri de surprise, se lève.

HENRIETTE

Laisse-mol tranquille.

JEAN

Tu es fâchée?

' Oui.

Tout à fait?

Tout à fait.

HENRIETTE

JEAN

HENRIETTE

Raisonnons.

HENRIETTE

Je n'ai pas à raisonner. Tu veux me priver du premier plaisir que je te demande. Je te répète que tu.es le maître. Seulement, il m'est parfaitement permis de te montrer que je suis blessée du peu de cas que tu fais de mes désirs. Tu prétends que tu m'aimes, c'est possible, mais c'est pour toi, égoïstement. A tes yeux, je suis la servante de tes fantaisies et de tes désirs, pas autre chose. J'apprécie seulement aujourd'hui Ja qualité de cet amour. Il est regrettable que je n'aie pas pu l'apprécier un peu plus tôt. J'aurais agi en conséquence.

JEAN

Je t'aime égoïstement I

HENRIETTE

Il me semble que la preuve est à portée de main.

JEAN

Oh I quelle fausseté I quand je ne sais comment te faire plaisir ! C'est de Tégoïsme, quand je te paie des toilettes ?

HENRIETTE

Evidemment, tu me pares pour le plaisir de tes yeux, pour l'amour-propre d'avoir à ton bras, quand tu sors, une femme qui te fasse honneur. Est-ce moi qui jouis de mes robes? ce sont ceux qui me voient, toi le premier.

JEAN

Alors tu vas me bouder comme ça pendant longtemps.

HENRIETTE

Je ne sais pas pourquoi je serais aimable avec toi, puisque tu ne Tes pas avec moi.

JEAN

Tu ne me parleras pas durant le dîner ?

HENRIETTE

Non.

JEAN

Tu ne me laisseras pas t'embrasser?

HENRIETTE

Non plus.

Ce ne sera pais drôle.

HENRIETTE

Pendant ce temps-là, tu pourras réQéchir à la peine que tu me fais à moi-même.

JEAN

Mais enfin, ma chérie .

HENRIETTE

Je ne suis pas ta chérie.

JEAN

Si tu ne veux pas te raccommoder maintenant, nous nous raccommoderons ce soir.

HENRIETTE

Non, Monsieur.

Alors demain matin,

HENRIETTE

Pas davantage.

JEAN

Cependant, ma petite femme.

HENRIETTE

Je ne suis plus votre petite femme.

JEAN

C'est bien, (il s assied à la place où il était, reprend le journal.) Je vais lire Tarticle de fond. (Silence. Henriette qui avait repris sa tapisserie la quitte soudain, porte un mouchoir à ses yeux, et lait semblant de pleurer.) Tu pleures ! pourquoi pleures-tu ?

HENRIETTE

Je pleure parce que je suis encore toute jeune, et qu'il est affreux de passer le reste de sa vie avec un homme qui ne vous aime pas, qui vous tyrannise, qui vous refuse tout.

JEAN, se levant et allant vers elle •

^lors tu désires beaucoup y aller à Trouville?

HENRIETTE

Oui, ça m'aurait fait un grand plaisir.

JEAN

Eh bien! ma- chère enfant, tu iras. Je ne veux pas que tu sois malheureuse, je veux que tu sois contente d'être ma femme.

bfa.

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